El Salvador : L’espérance a vaincu la peur

jeudi 26 mars 2009
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L’élection de Mauricio Funes à la présidence du Salvador est une victoire retentissante du grand mouvement social concentré autour du désir majoritaire, longtemps retardé, de justice sociale et de liberté. Son grand mérite a consisté à faire fléchir le bunker de la droite oligarchique qui détient le pouvoir au Salvador depuis le XIXè siècle et qui a été un des régimes le plus réactionnaires, corrompus et répressifs de l’Amérique Latine. Celui-là même qui a noyé dans le sang le soulèvement paysan de 1932 et négligé la substance, social et politique, des accords de paix. Il convient de rappeler qu’il les a paraphés car il n’a pas pu vaincre la rébellion armée des années quatre-vingt, en dépit de l’aide militaire massive qu’il a reçu des USA. Composé par les huit groupes patronaux qui contrôlent le pouvoir réel, ce régime a essayé de barrer la route au candidat populaire en se servant des nombreuses ressources financières, publiques et privées, et de la coercition économique et politique soutenue par une féroce campagne de terrorisme médiatique. Mais cette fois-ci, comme Funes l’a affirmé en proclamant sa victoire, « l’espérance a vaincu la peur ».

Par Ángel Guerra Cabrera

Le président élu est un prestigieux journaliste critique des gouvernements conservateurs d’extrême droite de l’ARENA, il a été nommé candidat par le Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale (FMLN), qui regroupe des combattants et des sympathisants des ex-organisations de guérilla ainsi que de nombreux militants sociaux de générations récentes. Le FMLN s’est constitué comme parti politique dès la signature des accords de paix de 1992. Depuis, il a traversé la difficile période de sa reconversion en une organisation capable de disputer le gouvernement à l’oligarchie par la voie électorale tandis qu’il faisait face à la confusion idéologique favorisée par l’effondrement de ce que l’on nommait le socialisme réel et l’impact psychologique de la fin de conflit négociée sans avoir pu atteindre les objectifs de la guérilla.

Dans cette étape il a réussi à être une référence dans la lutte contre la politique néolibérale, la défense des causes populaires et la solidarité latino-américaine sous la conduite du défunt Schafik Handal [1]. C’est la quatrième occasion dans laquelle il concourt à la présidence, un processus dans lequel, son capital électoral et ses postes électifs augmenteront de plus en plus. Funes a un excellent programme de gouvernement constitué grâce à une consultation nationale avec les bases populaires et d’autres secteurs . Il souligne que la responsabilité de l’État est d’assurer le droit du peuple à l’éducation, à la santé, à la culture, à la science, au sport, à la nourriture, l’égalité des sexes ainsi que l’orientation de l’économie. Il revendique les droits des peuples indigènes, donne la priorité à la création de d’emplois et insiste sur l’unité et l’intégration de l’Amérique Centrale et des Caraïbes à l’intérieur du processus d’unification de l’Amérique latine. Il cherche à sortir du champ de l’immobilisme et de promouvoir l’économie en stimulant les entreprises privées nationales, surtout petites et moyennes, et il assure qu’il empêchera de nouvelles privatisations des services publics. Il promet de former un gouvernement attentif aux besoins populaires et de combattre la corruption.

Accomplir ces objectifs exigera un extraordinaire effort de mobilisation populaire et de négociation avec les autres forces politiques et le patronat car le nouveau président n’a pas de majorité parlementaire ni de représentation dans le système de la justice, contrôlé par la droite tout comme les commandements de l’Armée, les forces de sécurité et une grande partie de l’appareil d’État. En outre, l’économie dépend beaucoup de celle des USA, à laquelle elle est liée par un Traité de libre échange [TLC], et des aides financières envoyées par les émigrés aux USA, qui constituent presque la moitié de la population.

Le peuple salvadorien s’était levé en armes à cause de l’iniquité sociale intolérable et de l’oppression politique dont il souffrait. Après la signature de la paix, il a été enfoncé encore plus dans la pauvreté et la misère par le néolibéralisme et les séquelles du conflit armé. Les accords de paix avaient fourni un espace politique qui, aussi restreint qu’il fût, n’avait jamais existé avant. Le FMLN a accepté le défi et il arrive aujourd’hui à la présidence, comme Funes l’a proclamé, avec au cœur l’option préférentielle pour les pauvres de « notre évêque martyr » Arnulfo Romero [2]. Il mérite et il recevra certainement la solidarité des gouvernements progressistes et des peuples d’Amérique latine.

Source : La Jornada - El Salvador : la esperanza venció al miedo
Traduction : Esteban G., revisée par Fausto Giudice
tlaxcala.es


[1Schafik Jorge Handal est né le 14 octobre 1930. Homme politique salvadorien, membre du Frente Farabundo Martí para la Liberacion Nacional (Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale [FMLN]), ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2004 face à Elias Antonio Saca.De 1959 à 1994, Handal est le secrétaire général du Parti communiste salvadorien. Ancien membre de la guérilla, Handal participe à l’unification des cinq mouvements d’opposition armée sous le nom de Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional. Après les accords de paix de Chapultepec en 1992, le FMLN se transforme en parti politique et Handal en assume le rôle de coordonnateur général. En 1997, Handal est élu à l’Assemblée nationale et y prend la tête du groupe FMLN. Il se présente à l’élection présidentielle salvadorienne du 21 juin 2004 et perd au second tour face à Elías Antonio ("Tony") Saca de l’Alianza Republicana Nacionalista (ARENA) par 36% contre 58%. Handal est le descendant d’émigrés palestiniens tout comme Saca. Schafik Jorge Handal décèdera le 24 janvier 2006.
Source :wikipedia

[2Oscar Arnulfo Romero Galdámez est né à Ciudad Barrios, dans le Département de San Miguel, au Salvador en août 1917. Romero a été ordonné prêtre le 4 avril 1942, et nommé évêque suppléant de San Salvador en 1970 ; quatre ans après, il est envoyé comme évêque dans la région cafetière de Santiago de María. En 1977 il est nommé archevêque de San Salvador pour son profil studieux et calme à l’intérieur de l’église. C’est de là que viendra sa conversion vers le peuple, réaffirmant sa condition prophétique. De cette rencontre, disons du choc de cette rencontre, avec la réalité conflictuelle salvadorienne et la proximité avec les fils conducteurs du pouvoir économique et politique, émergera l’homme qui sut interpréter son époque sociale et se mettre du côté des exclus et des oubliés de son pays. Le point crucial de cette conversion fut l’assassinat de son ami le Père Rutilio Grande en mars 1977 par la Garde Nationale, qui l’avait étiqueté "communiste subversif". La conscience de Romero fut ébranlée ainsi que son rôle devant la dure réalité du peuple salvadorien vers la fin des années 70, dont on distinguait les prémisses de la guerre civile qui sévira dans ce pays pendant plus de douze ans avec des centaines de milliers de morts. L’injustice et l’abus des militaires, alliés avec la classe politique et le pouvoir économique national, ainsi que les « sympathies » avec des groupes usaméricains, soulèveront la mobilisation de groupes armés contre l’ordre établi par le mauvais gouvernement. Il résultera des disparitions et des assassinats de paysans, d’étudiants, de dirigeants populaires, d’hommes, de femmes et d’enfants dont le principal délit aura été d’être pauvre. Face à la réalité Monseigneur Romero décide alors d’accompagner son peuple, en répondant par la dénonciation de ce qu’il considère humainement injuste, en réaffirmant son option pour les pauvres et la cohabitation en société. Le peuple trouve là une voix et une main amie, qui va lui donner non pas des dons pour supporter la douleur, mais plutôt l’espoir d’un mieux vivre. C’était Arnulfo Romero qui dénonçait les abus du pouvoir et rien de moins qu’à partir du pupitre de la cathédrale de San Salvador. Cette option le mènera à la mort, le 24 mars 1980, durant l’eucharistie dans la chapelle de l’hôpital de la Divina Providencia. Un tueur à gages lui tire dessus en pleine poitrine. Il meurt sur le coup. Les groupes de pouvoir auront payé pour ce meurtre de peur des dénonciations de l’évêque. Plus tard on saura que le commanditaire était Roberto D’Aubuisson, militaire et leader des escadrons de la mort


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