La nouvelle phase du nettoyage social

samedi 11 avril 2009
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Dans plus de 100 communes et 20 des principales villes du pays sont apparus des tracts dans lesquels on annonce le retour du « nettoyage social » contre les jeunes, les prostituées, les toxicomanes, les délinquants et les homosexuels.

Par Iván Cepeda Castro

La liste des gens menacés augmente progressivement. Elle comprend maintenant également les membres des barras bravas (équivalent sudaméricain des hooligans, ultras et tifosi européens), les étudiants et les enseignants, de même que les leaders d’organisations de jeunesse. Les communiqués affriment : « Nous demandons pardon à la société si des innocents sont touchés ». Bien que le directeur de la police, le général Oscar Naranjo, considère qu’il s’agit de bandes criminelles éparpillées, on reconnaît, au premier coup d’œil, dans le cadre de cette opération nationale, les méthodes utilisées dans le passé par les structures paramilitaires, déguisées aujourd’hui avec de nouveaux noms et symboles. Le procédé se développe spécialement dans les quartiers populaires des grandes villes et dans les zones où les AUC [Unités d’Autodéfense de Colombie (paramilitaires)] ont exercé leur contrôle. Le plan vise à semer la peur collective au moyen d’actions en plusieurs phases. Dans un premier temps, les groupes lancent la rumeur que des actes de "nettoyage" vont commencer, ensuite ils distribuent les tracts, le couvre-feu est imposé à partir de 22 heures, et on passe alors aux assassinats. C’est ainsi que de nombreuses zones des principales villes du pays vivent déjà soumises à cette nouvelle phase de la terreur sociale.

À Bogotá, les habitants de neuf localités ont reçu les communiqués de menaces. 30 jeunes ont été assassinés durant cette campagne au cours des mois de février et mars. La semaine dernière il y a eu deux coupures d’électricité dans plusieurs endroits de Ciudad Bolivar. Au premier rétablissement de la lumière, on pouvait trouver les tracts dans les entrées de toutes les maisons, et pendant la deuxième coupure a eu lieu un massacre dans lequel sept jeunes gens sont morts. Les dirigeants locaux assurent que des agissements semblables ont lieu dans un grand nombre de quartiers de la capitale. Leur conclusion est que ce type d’actions ne peut être fait par une bande de voleurs, mais plutôt par un groupe organisé qui dispose de nombreux moyens.

Depuis plusieurs mois, les services du Défenseur du Peuple [1] ont signalé la gravité de cette situation à l’aide de rapports sur le risque. Toutefois, puisque ces rapports ne peuvent être rendus publics on leur a donné un caractère confidentiel, certaines autorités empêchent que l’alerte soit décrétée rapidement afin de prévenir les crimes. Face à cette situation de négligence et d’inopérabilité, le Défenseur du Peuple devrait prendre la décision de communiquer ses rapports de risque directement à l’opinion publique pour permettre au moins de faire connaître plus largement ce qui se passe dans beaucoup de parties du pays.

Le mal nommé « nettoyage social » fait partie des opérations violentes à grande échelle propres aux sociétés qui sont enfermées dans des processus totalitaires, ce qui est particulièrement visé chez les gens c’est d’éveiller leur peur à outrance, celle qui conduit à toute sorte de réactions primaires. Dans le cas de la Colombie, cette atmosphère « d’épuration » criminelle est bien articulée avec le renforcement progressif d’une institutionnalisation chaque fois plus perverse dans laquelle toutes les dépendances du pouvoir public fusionnent dans la volonté de l’Exécutif. La fascination de la main de fer d’un dirigeant arbitraire associée à l’atmosphère de terreur, correspond bien à l’état d’anémie que recherchent ceux qui défendent la réélection [d’Uribe, NdR]. C’est l’atmosphère qui rend propice l’appui irréfléchi des majorités à un pouvoir décadent en temps de crise éthique et économique profondes.

Source : ivan-cepeda.blogspot.com
Traduction : Esteban G révisé par Fausto Giudice
tlaxcala.es


[1La Defensoría del Pueblo, créée en 1991 sur le modèle suédois de l’ombudsman, est un des organismes de contrôle de l’État colombien. Sa fonction est de « garantir, promouvoir, divulguer, défendre et protéger les droits humains au sein de l’État social de droit, démocratique, participatif et pluraliste » ainsi que la divulgation et la promotion du droit international humanitaire. Administrativement dépendant du procureur général de la République, le Défenseur du peuple est élu tous les quatre ans par la Cambre des représentants sur proposition du président de la République. Le Défenseur du Peuple actuellement en fonction est l’avocat Volmar Antonio Pérez Ortiz. [NdR]


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