Christophe Beau, un amoureux du vivant

vendredi 10 avril 2009
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Par Marie Ernoult


À travers la vigne qu’il cultive en biodynamie et le vin biologique qu’il produit, Christophe Beau, curieux de la nature et des expérimentations végétales, revisite la conception des rapports humains et du commerce qui prévaut aujourd’hui. Il invite à la prise de risque, car un beau projet ne s’en affranchit jamais… Une belle tranche de vie.

Christophe Beau est un alchimiste, un humaniste, une forte personnalité pour qui travailler la matière vivante est une passion de toujours. Agronome de formation, tout commence le jour où un vieux paysan se prend d’affection pour lui et lui propose de racheter quelques ares de vignes près de Corconne, un petit village de garigue, dans le sud de la France. « Un agronome connaît le végétal mais ne sait pas cultiver la moindre chose » confie Christophe qui a du quasiment tout apprendre sur le tas. « J’ai connu tous les petits échecs dont on a besoin pour arriver à comprendre les choses, et le paysan avec lequel j’ai travaillé m’a appris beaucoup de bon sens. » Petit à petit, sa surface de vignes augmente, et c’est tout naturellement qu’il pratique la viticulture biologique : « Je ne savais pas faire autrement. Je n’ai même jamais pensé à utiliser des produits chimiques ».

La biodynamie, c’est quoi ?

Dix ans plus tard, il se lance dans la biodynamie, de « manière un peu champêtre ». Souvent moquée, voire même montrée du doigt par méconnaissance, la biodynamie consiste simplement en « des gestes pleins de bon sens et une observation attentive de la nature ». Il s’agit de « stimuler les différences naturelles des sols, afin de libérer et de permettre les apports endogènes. Cela vient en complément de l’agriculture biologique qui se cramponne à la possibilité d’avoir recourt aux produits pesticides organiques ». Christophe considère chaque parcelle de terrain comme une personne à laquelle il faudrait s’adapter et ajuster sa démarche agricole. Quitte à avoir des rendements légèrement moins importants : « Les rendements sont un peu moins bons qu’en agriculture classique mais restent tout à fait raisonnables. Et ce n’est pas plus contraignant. Il faut simplement avoir un regard plus affûté sur les plantes, les sols. C’est de l’expérimentation, mais ce n’est pas sorcier. Il y a aussi la question des positions cosmiques et des constellations, mais ça, c’est secondaire… c’est la cerise sur le gâteau en dehors de la vinification, où là, c’est indispensable ».

Vin bio versus vin classique

A ceux qui douteraient encore de la qualité des vins bios, Christophe répond qu’ « il n’y a pas de différence majeure entre le vin biologique et le vin classique dans la mesure où tous deux sont des produits organiques. » Petite différence cependant, et pas des moindres : « un produit de viticulture traditionnelle aura plus de résidus pesticides qu’un produit bio. Il y en aura aussi et toujours dans un produit bio parce que nous sommes sur terre et que même en haut de l’Everest il y a des reliquats de pesticides. » Le vin bio est également plus vivant, poursuit Christophe : « ils sont un peu lunatiques, ils peuvent varier du jour au lendemain. Si j’ai transporté du vin dans un sac, il sera un peu comme un chien battu, il se mettra dans un coin. Il est vivant parce qu’il sent les coups. »

Clients, collègues et tiers

L’engagement écologique de Christophe Beau ne l’empêche pas d’entretenir d’excellentes relations avec les autres vignerons qui pratiquent de la viticulture traditionnelle. « Ce sont tous des potes et des collègues. Parce que je n’ai jamais aboyé qu’il fallait faire du bio, je n’ai jamais été casse-pied. Ce serait contre-productif. C’est l’air du temps qui fait avancer les choses. Avoir raison avant l’heure ce n’est pas ça qui compte, chacun à son chemin à parcourir. Bourrer le crâne des gens avec cela, je n’y tiens pas du tout. » En revanche, il n’hésite pas à s’insurger contre les pratiques irresponsables comme l’utilisation d’OGM, et en redoute les conséquences : « ce sont des chimères. Il y aura des effets boomerang sur les acteurs économiques qui font appel à ces pratiques. » Et, ce qu’il redoute plus encore, c’est la participation de la viticulture à la monoculture comme pratiquée avec le coton, le cacao et le maïs. « Cette tendance à la monoculture est dramatique, les paysage et la biodiversité disparaissent et derrière tout ça, ce sont les guerres économiques qui en profitent. Car les sanctions passent par l’économique, pas seulement par l’environnemental. »

Économie associante

Ce n’est pas parce qu’il a les mains dans la terre et les yeux rivés sur ses lianes arbustives, que Christophe Beau ne s’intéresse pas à l’économie qui est, selon lui, un véritable moteur : « la question environnementale passe par la résolution de la question économique. La solution n’est pas de repeindre en vert le quotidien mais de recréer l’économie de marché qui a disparue. » Rétablir la loi de l’offre et de la demande. Et c’est en l’économie associante que Christophe croit. « C’est une économie de partenariat où il y a une transparence sur les prix, des complicités et des accorts qui peuvent s’exercer sur la façon d’être payé, d’être solidaire. » Il l’a d’ailleurs mise en œuvre dans sa propre vie, et dans son exploitation. « Mon capital vient des contrats de location des ceps de vignes, et de mes négociations avec les cavistes. C’est un capital en subsidiarité. Je n’ai pas recours au banque j’utilise de l’argent qui a de la couleur et de l’odeur. Ce qui compte dans mon entreprise viticole, ce n’est pas le vin, c’est qu’il y ait un collectif de travail. Je fais du développement territorial, de l’expérimentation sociale et technique, du partage des ressources, notamment en participant au réseau Repas (Réseau d’entreprise et de pratiques alternatives et solidaires) qui organise pour les jeunes un compagnonage afin de leur apprendre à développer des projets. »

Du lien social

Dans sa vie privée aussi, le lien social guide ses choix et son mode de consommation. « Je ne mange pas forcément bio tous les jours, mais je troque beaucoup de produits. J’ai des copains qui ont de la viande, des voisins qui font des chaussures et du chanvre, donc nous échangeons contre du vin. Je ne prends pas ma voiture pour faire trente kilomètres et aller à la coopérative bio, et encore moins pour aller au rayon bio de Carrefour, avec tous ces emballages… le geste ne m’intéresse pas. Je préfère aller à l’épicier du coin, même s’il ne vend pas bio. C’est le rapport humain qui compte. »
Mais Christophe Beau n’est pas un donneur de leçon. Ça lui est bien égal qu’en ne fasse pas comme lui, il en a fini avec le militantisme mais il aime à se décrire comme « un radical ». Et s’il devait donner un seul conseil aux jeunes qui ont envie d’entreprendre, ce serait « de prendre des risques ! Il faut apprendre à se jeter sans filet. C’est le premier pas qui compte, les autres suivent… »

Pour aller plus loin :
beauthorey.com
reseaurepas.free.fr

À lire :
La danse des ceps : chronique de vignes en partage Christophe Beau. Editions Repas 2004, 145 pages. 14 euros.
En Méditerranée… Les jardiniers de l’Avenir C. Beau, M. Léger. Préface de Pierre Rabhi, Éditions trois Spirales 2005, 144 pages. 24euros.

toogezer.com


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