Le poids des mots, la vie des prolos

jeudi 23 avril 2009
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Par Isabelle Alonso

C’est une pacifiste convaincue qui écrit ces lignes. Tout conflit résolu par la violence débouche sur un conflit plus grave. La violence est le terrain de nos défaites. Encore faut-il s’entendre sur le mot violence. Les mots sont la première arme idéologique.

Ainsi parle-t-on de "kidnapping" *, de "prise d’otage" quand des salariés finissent par imposer à leur dirigeant des négociations refusées auparavant. Où est la violence ? Dans les heures passées dans un bureau contre son gré ? Ou dans ce qui a précédé cette action ?

Les mois et les années de galère, de détresse, de dépression, de vie de merde, après une "restructuration", un "plan social", une "délocalisation", une "chute d’activité" ou un "dégraissage d’effectifs" constituent une violence muette, distillée, cynique, cachée derrière des mots anodins qu’il faut décoder pour en découvrir la malfaisance, les conséquences désastreuses sur l’existence des gens et la destructuration sociale.

Désincarnation du pouvoir (c’est la faute à personne, c’est la conjoncture) et déshumanisation des salariés (on les jette après usage) vont de pair. La lecture politique cède à la psychologisation des rapports sociaux. C’est la loi du plus fort, qui vous tient la main en même temps qu’il vous poignarde. La misère des pauvres n’est ni un scoop ni un centre d’intérêt. Les sévices sur les perdants font partie du jeu.

Affecter des mots plus faibles au chômage qu’aux désagréments de négociations sous la contrainte, c’est comparer un cancer social à une entorse au règlement. Et trouver que c’est l’entorse qui fait le plus mal. C’est de l’idéologie à l’état pur.

In Siné hebdo N° 32 du 15 avril 2009


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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info