1er Mai : un enterrement de première classe

mardi 28 avril 2009
par  Patrick Mignard
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Je rappelle incidemment aux lecteurs qui seraient enclins à penser ou estimer que Patrick Mignard se contente de critiquer et décrier sans proposer d’alternative, qu’il élabore également des formes et des modes différenciés d’évolution sociétale, dans nombre d’articles constructifs passés et cela depuis déjà pas mal de temps. Ne serait-ce que dans Manifeste pour une alternative 1, (2), (3), (4), à titre de simple exemple. (Michel Berthelot)



AVERTISSEMENT - Ce texte est particulièrement déconseillé, pour raisons médicales, à celles et ceux qui vivent le rêve éveillé d’une victoire imminente d’une « insurrection générale » et de la « mise à mort – tout aussi imminente - du capitalisme par les masses exploitées  »… Par contre il leur est tout à fait conseillé pour l’amélioration de leur conscience politique.

Depuis des mois, pour ne pas dire des années, la logorrhée verbale des organisations politico-syndicales nous joue la pièce éculée et mystificatrice de la « lutte finale ».

L’arrivée au pouvoir de la bande de néo conservateurs libéraux qui nous détruisent peu à peu tous nos acquis sociaux n’a rien changé à la stratégie ridicule de celles-ci…. Ce n’est plus une retraite, c’est une débandade.

LE SYMBOLE D’UN SYMBOLE...

...ou le syndrome du « serpent qui se mord la queue »

Le 1er Mai qui arrive est un peu différent des précédents : en pleine crise économique, sociale, après des mois de liquidation des services publics, des licenciements, délocalisations, des suppressions de postes dans l’Éducation Nationale, privatisations massives, écroulement du pouvoir d’achat, progression de la pauvreté, répression du mouvement social, atteintes aux libertés,…

Le 1er Mai, se veut une fête, il le demeure, mais comme un enterrement qui est aussi une forme de « fête », de cérémonie au cours de laquelle on rend hommage au défunt et où l’on signifie que « la vie continue »...

Il est vrai que, comme dans une fête, ou un enterrement, on va sortir, en ce 1er Mai son plus beau costume, ses plus belles banderoles et drapeaux, comme on exhibe de magnifiques couronnes... les cortèges auront de la classe.

La « fête du travail » ? Mais de quel travail parle-t-on ?

S’il s’agit des droits des salariés, de leurs conditions de travail, de leurs rémunérations, de leur protection sociale, de leurs retraites, de l’avenir de leurs enfants... alors ce n’est pas une fête qu’il faut. Ce n’est pas la joie qui doit dominer, mais la rage et le désespoir.

Tous ces acquis sont actuellement en perdition... Dans une génération ils auront quasiment disparus.

Le 1er Mai, nous nous trompons de fête. Nous fêtons des acquis que nous sommes incapables de défendre... à fortiori d’en gagner de nouveaux.

Nous fêtons un symbole qui n’a plus aujourd’hui de sens dans la mesure où le capital n’est plus prêt à lâcher quoi que ce soit et que nous sommes bien incapables de lui imposer un rapport de force qui nous serait favorable. Nos formes de luttes sont aujourd’hui obsolètes et nous nous donnons l’illusion de la puissance avec un symbole qui ne correspond plus, ni à la situation économique actuelle, ni aux exigences qui devraient être les nôtres pour nous imposer face aux profiteurs et à leurs souteneurs.

La mobilisation dans la rue n’a aucun sens, elle n’est qu’un spectacle de plus auquel nous participons et qui fait les choux gras des bureaucraties syndicales et des journaux télévisés… le lendemain rien n’a changé. Elle permet juste de faire patienter.

Le 1er Mai devient l’expression des fantasmes des frustrés que nous sommes du fait de notre impuissance politique.

LA TENDANCE GÉNÉRALE EST À LA... CAPITULATION

Les voleurs d’espoir frappent à nouveau, en toute impunité, sur tous les écrans, sûrs de leur reconnaissance par les maîtres du Capital qu’ils rassurent,… et assuré d’une fidélité, par défaut, de la part d’un peuple en manque d’autonomie, d’imagination et de perspectives concrètes.

Les débris de la Gauche, qui n’a d’ailleurs jamais été capable de renverser le système en place... et n’en a jamais eu l’intention, se dispersent aux quatre vents des débats stériles et des conflits de personnes.

Ces professionnels de la politique, de gauche, comme d’extrême gauche, nous « en mettent plein la vue » de part le monopole de fait et de droit qu’ils ont ; confortés par les gestionnaires du Capital, pour « organiser la fête »... Le Pouvoir ne veut-il pas des syndicats « forts et respectés » ?

La création avec tambours, trompettes et médias du NPA qui nous promettait de « voir ce que l’on allait voir » n’a en rien bouleversé, ni les luttes, ni les perspectives, ni même les consciences... pas même les gestionnaires du Capital qui, au contraire, jouent habilement de cette péripétie « à gauche »... Cette organisation, qui ressemble comme une sœur jumelle à l’ex-LCR, prend peu à peu ses quartiers dans la « niche politique » laissée par le PCF en voie de disparition.

Quant au PCF justement, il s’estompe lentement, lâche prise en glissant dans les poubelles de l’Histoire, en produisant un compost qui alimente, malgré lui, les organisations et ambitions nouvelles pressées de prendre sa place.

Ne parlons même pas des élucubrations bureaucratico-électoralistes des écologistes et autres « refondateurs »(sic) de la « Gauche... »

Toutes ces organisations, aux discours radicaux, à la gestuelle de tribune et aux leaders médiatico-pipolisés, sont sagement rentrées dans le rang et vivent au rythme des invitations de leurs leaders dans les émissions « de stars » de télévision, des sondages d’opinion et des résultats électoraux.

Les syndicats quant à eux ont depuis longtemps démissionné. Ils organisent les plans sociaux, tapent du poing sur la table, appellent au réalisme ( ?) et à la responsabilité ( ?) en organisant des manifestations, et promettant… de « nouvelles mobilisations »... autrement dit, rien.

Tout ce joli monde va appeler à un 1er mai « U-NI-TAI-RE », persuadé, ou le faisant croire, qu’il « va faire trembler le Gouvernement  ».

AUX URNES CITOYENS !

À l’approche du gâteau électoral en perspective, en juin, toutes et tous se ruent, se bousculent, s’interpellent, s’invectivent... espérant, par des promesses mirobolantes convaincre le chaland et le naïf qu’avec lui «  les choses vont évidemment changer ».

Lors de ce 1er Mai, l’image, le look, de chaque organisation va compter énormément... ça va être un défilé de mode autant pour conclure « glorieusement » ( ?) une année sociale de mobilisation, qu’en vue du prochain scrutin le mois suivant.

La société du spectacle tant décriée concernant le capitalisme, déborde généreusement dans les manifestations de celles et ceux qui croient le combattre... c’est d’ailleurs à cela que l’on peut mesurer leur degré de capitulation et d’intégration à celui-ci.

Ainsi ce 1er Mai, va être non seulement l’enterrement de toutes les mobilisations de ces derniers mois, mais aussi le prélude à la farce électorale des Européennes.

Au terme d’une année sociale dramatique – au cours de laquelle toutes les luttes ont échoué - et au seuil d’une nouvelle encore plus dramatique, ce 1er Mai, aux yeux des gestionnaires du Capital va être notre « chant du cygne », le dernier soupir des sacrifiés avant la capitulation dans les urnes et dans la torpeur de l’été.

Les politiciens et syndicats ne manqueront pas de « crier victoire » ( ?), et de promettre, comme chaque année, « une rentrée sociale agitée » ( ?).

Patrick MIGNARD
avril 2009

Voir aussi les articles :
« ILS NE CÈDERONT PLUS RIEN ! »
« CES LUTTES... À BOUT DE SOUFFLE »
« ILS N’ONT RIEN LACHÉ ! »
« LA RÉVOLTE… ET APRES ? »
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE » (1,2,3,4)


Commentaires

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1er Mai : un enterrement de première classe
mercredi 29 avril 2009 à 22h23 - par  camille sardon

Bonjour
Enfin une analyse qui dénonce la collusion des chiens de gardes du capital.
En effet,sans la complicité des syndicats et des dépouilles marxiennes du stalinisme et de son négatif le trotskisme
le système aurait beaucoup de mal à se maintenir en place.Nous avançons dans cette analyse depuis déjà plusieurs années et cela fait plaisir de voir que notre démarche trouve des échos dans divers milieux. Notre site internet est le suivant : Les Amis de L’égalité (Blois)
Il faut continuer,ce combat est fondamental.

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1er Mai : un enterrement de première classe
mardi 28 avril 2009 à 21h48 - par  lapeyre

Ta réflexion sur le 1er mai repose sur une apparente réalité et sur le fait d’une immuabilité des comportements humains.
Je suis persuadé que tu es un Citoyen de Gauche mais tes prises de position ne contribue pas à faire changer ces comportements, bien au contraire. Tu es démobilisateur alors que je pense que ton objectif est autre.
Certes, il y a un manque réel de vraie démocratie mais c’est de la responsabilité de chacun(e). Je ne peux pas, et la grande majorité des gens ne peut accepter de qualifier tous les dirigeants syndicaux ou politiques (bien que ce soit vrai pour certains) s’approprient, confisquent le pouvoir de décision, manipulent les "foules", collaborent avec le Capital. Pour parler du syndicat dans lequel je milite,la CGT, cette dernière ne peut plus faire aujourd’hui comme elle faisait avant les années 80. Tu ne peux plus faire la même chose avec 600.000 adhérents que lorsqu’elle avait 2.500.000 adhérents.Assumer son devoir envers le droit à la liberté de parole n’est pas chose facile. Encore trop de gens (je ne peux dire citoyens car ils n’assument pas ce rôle) osent exprimer leur différence, leur désaccord parfois ou émettre d’autres propositions. Je ne porte pas de jugement. Je constate, je mesure où ils en sont et j’essaie de les motiver pour qu’ils décident eux mêmes d’évoluer. Je leur dis qu’ils sont capables, que c’est leur droit et leur devoir, qu’ils peuvent s’appuyer sur des textes légaux et universels, qu’ils représentent la vraie force sociale créatrice de richesses ..... et qu’ils doivent se réapproprier le droit de participer aux choix de gestion à titre délibératif.
Quand au changement politique, cela passe par les élections mais il faut aussi assurer un suivi des élus pour qu’ils fassent ce que les électeurs ont décidé et veulent.
Cela passe par le rassemblement des forces syndicales et politiques dans les conditions actuelles. Nous ne sommes pas tous au même niveau de conscience, nous n’avons aps tous la même connaissance du système économique, nous n’avons pas tous la même conception de la lutte et cela peut paraître long d’autant plus que le Capital mesure le danger et fait feu sur tout ce qui bouge pour se sauver.
C’est cela qu’il nous faut prendre en compte pour encourager les salariés à s’engager dans différentes actions, y compris les plus dures au regard des coups très durs que portent la Droite et le Capital.
Alors, Patrick, change ta stratégie de communication, soit plus positif et concentre ton énergie sur la motivation, sur le rassemblement et la mobilisation au lieu de dénigrer les syndicats et les partis de Gauche.

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mercredi 29 avril 2009 à 17h59 - par  Patrick Mignard

Ma réflexion repose sur « une apparente réalité » … ah bon !,… il faudra que tu m’expliques un peu ce qu’est cette « apparente réalité »… autrement dit je serais victime d’un « mirage »…faudra que je fasse attention ! ! ! !

Ma réflexion repose aussi sur le « fait d’une immuabilité des comportements humains »… ah bon ! je vois que tu as lu avec attention les textes (présents sur ce site) que j’ai écris sur le changement social.

Je suis « démobilisateur » ! Oui, absolument, si c’est pour faire le pantin dans la rue face à des crapules qui ne nous regardent et ne nous écoutent pas,… bien sûr que je suis démobilisateur. Il y a beaucoup plus et mieux à faire qu’à recommencer indéfiniment les mêmes actions qui ne mènent à rien.

Sur la CGT tu n’as qu’une vision quantitative, autrement dit « avec plus on ferait mieux ». Pas du tout ! je suis même sûr du contraire. Pourquoi ? Parce que la situation aujourd’hui est différente d’autrefois… revois mes textes sur le syndicalisme. On n’est plus à l’époque où le Capital s’achète la paix sociale et où l’on conquière des acquis sociaux… aujourd’hui le Capital ne lâchera plus rien… mondialisation oblige ! La CGT est dont dépassée, d’ailleurs, elle et les autres syndicats sont incapables de conserver les acquis sociaux et ne font que gérer passivement les « plan sociaux ». Quand aux « gros yeux » syndicaux et aux rodomontades, ils n’impressionnent plus personne,… surtout pas le Capital et le Pouvoir en place.

« Quand au changement politique, cela passe par les élections… » Et tu y crois vraiment à cette fable… Combien faudra-t-il de temps, d’élections, de discours démagogiques des politiciens pour comprendre que tu te fais chaque fois gruger ?

« … encourager les salariés à s’engager dans différentes actions, y compris les plus dures… » J’aimerai que tu précises ce que tu entend par là ? je t’avoue que je crains, je suis même sûr, qu’il ne s’agisse que d’un discours que l’on entend aujourd’hui dans la bouche des « révolutionnaires » dans les meetings-messes et les émissions télé« pipeules ».

Ta conclusion est, à mes yeux, affligeante de banalité… ça fait un demi siècle que j’entends la même rengaine… « Mobilisation des syndicats et des partis de gauche »… et c’est avec ça que tu veux le changement social ? Entrer dans des « actions, y compris dures » ?… Mais tu rêves complètement.

Allez, bon défilé,… et regarde le bien à la télé le soir,… tu pourrais t’y voir avec tes copains !

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1er Mai : un enterrement de première classe
mardi 28 avril 2009 à 09h30 - par  toto

Globalement d’accord avec ce qui est dit. La capitulation, la farce électorale...

Je ne crois pas cependant que l’extrême gauche (LO/NPA) ait dit qu’on allait voir ce qu’on allait voir, mais plutôt ce qu’elle pensait nécessaire : un mouvement d’ensemble, type LKP. En ayant tout à fait conscience qu’en l’absence de partenaires, politiques ou syndicaux, c’est impossible.

Sur la capitulation j’apporte aussi un bémol : la capitulation est évidente si l’on regarde les centrales syndicales et les organisations politiques électoralistes (normal, c’est leur intérêt), mais beaucoup moins évidente, si l’on regarde la situation d’un certain nombre de travailleurs à la base, et leur radicalisation dans les conflits (Caterpillar, Continental, Molex...).

Quelle analyse fais-tu de cette radicalisation ?

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mardi 28 avril 2009 à 15h04 - par  Patrick Mignard

Il est exact que l’extrême gauche (NPA, pas LO qui a virtuellement disparu), n’a pas dit exactement « on va voir ce que l’on va voir »… mais dans le fond, en entendant les discours d’OB et les prévisions des militants du nouveau parti, c’est du pareil au même. C’est ce que j’ai entendu implicitement.

Partenaires ou pas partenaires ? Ce n’est pas aussi clair… sur le plan électoral, certes, mais sur le plan des luttes, le NPA est beaucoup moins consensuel… et tient le discours – et seulement le discours – de la « radicalisation sociale ».

Les évènements de Guadeloupe ont d’ailleurs plus ranimé des fantasmes que permis d’élaborer une nouvelle stratégie... alors qu’en plus, il n’y a rien pour fantasmer dans une lutte qui n’a rien réglé sur le fond.

On s’agite sur le spectacle de la violence et de la mobilisation,... un point c’est tout.

Sur la radicalisation et la capitulation.

Ce que l’on appelle la radicalisation actuelle des luttes n’est, c’est du moins l’analyse que je fais, qu’une poussée d’exaspération et de colère, d’ailleurs tout à fait légitimes et justifiées… Mais ne rêvons pas, une colère, voire une révolte –affrontement, violence, séquestrations,… ne fait pas, et n’a jamais fait, une stratégie politique de changement… D’ailleurs le pouvoir sait faire face à cela : répression et menaces judiciaires,… et ça marche… et ce d’autant plus que les organisations politiques et syndicales ne suivront pas sur ce terrain, bien au contraire, et feront tout pour contenir cette révolte et l’orienter vers des débouchés des plus classiques : renforcement des syndicats pour les uns et élections pour les autres,… avec bien sûr – comme chaque fois – la promesse de « la rentrée sociale va être chaude »... vieille rengaine qui permet de faire patienter les plus impatients !

Tant que nous resterons sur cette problématique sociale et politique et nous ferons confiance volontairement, ou par dépit, aux organisations traditionnelles, aucune issue n’est à envisager.

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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info