Manifeste pour une alternative (4/4)

Contribution à une critique du système marchand et à l’élaboration d’une stratégie pour son dépassement
mardi 18 septembre 2007
par  Patrick Mignard
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LES PARTIS, MOUVEMENTS ET AUTRES ORGANISATIONS

La contestation et la critique du système marchand a donné naissance à une galaxie d’organisations,
partis, mouvements qui ont tous un trait commun : en un siècle et demi de domination de ce système,

aucune de ces organisations n’a su faire une analyse suffisamment pertinente de la dynamique
historique de l’évolution de celui-ci pour produire une stratégie permettant d’envisager une alternative
crédible et viable. Toutes, sans exception, ont échoué dans leurs projets ce qui, par voie de
conséquence, prouve que leurs analyses étaient erronées.

Quasiment aucune n’a tiré les conséquence de leurs échecs respectifs. Constituées en bureaucraties
jalouses de leurs intérêts, parfois de leurs privilèges, rançon, pour certaines, de leur collaboration
avec le « système abhorré », elles persistent et signent dans l’erreur, verrouillant efficacement jusqu’à
présent la prise de conscience collective nécessitée par la décadence du système marchand qui
conduit l’humanité à sa perte.

Passons rapidement en revue cette sinistre et dérisoire cohorte.

La social démocratie

Après des débuts prometteurs et une rapide dégénérescence politique, elle se confond aujourd’hui
avec la catégorie des gestionnaires du système marchand. Ayant parfaitement épousé, très tôt, les
principes de l’économie de marché, les partis sociaux démocrates ont brillamment prouvé qu’ils
étaient tout à fait capables de garantir économiquement, idéologiquement et politiquement le
fonctionnement du système marchand. Les meilleurs alliés du Capital ils ont su, à toutes les époques,
et dans tous les pays, quand le besoin s’en faisait sentir, et grâce à une rhétorique sociale trompeuse,
faire passer les réformes allant dans le sens des intérêts du Capital, voire avoir recours à une féroce
répression pour faire entrer les salariés dans le droit chemin de la soumission.

Au pouvoir, les réformes qu’ils ont initiés, quand elles sont allées parfois, indubitablement dans le
sens de l’amélioration des conditions des salariés, n’en sont pas moins demeurées des formes
d’intégration de ceux-ci dans la logique du Capital… et sont aujourd’hui en voie de liquidation avec
leur tacite accord.

On peut dire, qu’en ce début du 21e siècle, la social démocratie, au sens du 19e-début et du 20e a
disparu, les partis et leurs membres s’interchangeant sans états d’âmes politiques avec les forces
dites « conservatrices ».

Le mouvement communiste

Forme radicale la plus opérationnelle de la contestation du Capital, il fondait, du moins à ses débuts,
sa stratégie sur le « rôle d’avant-garde de la classe ouvrière » et la « nécessaire conquête du pouvoir
par celle-ci pour édifier une société sans classe
 ».

Après la révolution bolchevique russe de 1917 les communistes « officiels » ont été totalement
inféodés à la politique et à la diplomatie soviétiques. Epousant les moindres méandres de celle-ci, ils
ont perdu une partie de leur crédibilité tout en bénéficiant du mythe de la« patrie des travailleurs »,
mythe qu’ils ont largement contribué à diffuser dans les couches populaires crédules.

A la chute du « bloc soviétique » (chute du Mur de Berlin) et de la dégénérescence marchande du
reste du « bloc » (Chine) ou sectaire (Corée du Nord) il a vu son fond de commerce fondre, se
raccrochant désespérément et affectivement à un dernier avatar du système soviétique, le
« socialisme Cubain » à l’agonie et à bout de souffle.

Certains ont su anticiper la catastrophe à venir du mouvement communiste et à rejoindre le giron
d’une social démocratie de plus en plus participationniste. D’autres, particulièrement sclérosés sont

demeurés des organisations d’abord mi-sectaires, mi-opportunistes, participant avec les sociaux
démocrates à des gouvernements de coalition de gestion du système pour finalement sombrer,
étriqués et marginalisés par leurs alliés sociaux démocrates, dans un état crépusculaire et
groupusculaire, et quémander une unité impossible à d’anciens adversaires politiques en passe, et à
leur grand désespoir, de prendre leur place sur l’échiquier politique.

Les « organisations révolutionnaires »

Issues de l’opposition critique aux partis communistes, dont elles disputent le terme « communiste »,
elles se sont dégagées de l’emprise soviétique pour en faire une critique qui s’est finalement avérée
en grande partie erronée – l’Histoire montrant que la thèse du « système socialiste
bureaucratiquement dégénéré et pouvant retrouver la juste voie du socialisme par une révolution
politique
 » était tout à fait fausse.

Certaines de ces organisations sont devenues des officines théorico militantes plus soucieuses d’être
fidèles à de vieux dogmes et grimoires poussiéreux qu’à des analyses novatrices sur le
développement du capitalisme. D’autres plus pragmatiques, et finalement plus opportunistes, ont
insensiblement abandonné leurs stratégies insurrectionnelles tout en gardant une rhétorique radicale.
Leur participation au processus électoral, au nom d’un réalisme politique ambigu, les a définitivement
placé dans une logique classique d’expression politique dans laquelle le marketing politique tient lieu
de mode essentiel d’expression et d’existence.

Les anarchistes

Opposition radicale au système marchand à ses débuts, elle a souvent sombré dans la violence stérile
quoique produisant des analyses intéressantes et fertiles. Victimes d’une féroce répression, largement
aidée en cela par la violence qu’ils théorisaient et pratiquaient, et l’intransigeance politiquement
impuissante des actions entreprises, ils demeurent à part sur l’échiquier des forces politiques.

Devenus dans quelques rares cas (l’Espagne dans les années 1930) une véritable force politique
opérationnelle, ils ont su mettre localement et temporellement en pratique leurs théories vites
balayées par les communistes et les forces réactionnaires. Politiquement marginalisés du fait de leur
refus du processus électoral, et souvent se complaisant dans celle-ci, ils théorisent des pratiques
individualistes, ou plus ou moins communautaires, dans lesquelles des principes nouveaux de
relations sociales sont mis en pratique. Ils constituent incontestablement, dans le contexte actuel de
décomposition de la pensée politique, un élément de la renaissance de celle-ci.

Le mouvement écologiste

Issu d’une prise de conscience dès la fin des années 1960, des causes et conséquences
catastrophiques du développement des forces productives dans le cadre des lois du développement
du Capital, il a fait une irruption remarquée, à défaut de remarquable, dans le champ politique.
L’originalité et la pertinence de sa pensée pouvaient laisser espérer un souffle nouveau dans le
concert classique de la contestation politique du système.

Hésitant à ses débuts entre une autonomie politique à l’égard des autres formations politiques et son
alliance avec elles, il n’a pas su, ou pu, résister aux sollicitations et pressions exercées par celles-ci.
Elles voyaient en lui un renouveau avantageux sur le plan électoral afin de dynamiser un discours
routinier et insipide et de récupérer de nouveaux électeurs déçus par le discours politique traditionnel.
Elles ont phagocyté ses idées et les ont réduites à l’état de bouillie théorique, mises au service de
leurs intérêts politiques et à celles des intérêts du Capital.

L’écologisme est devenu aujourd’hui une mode dont se sont emparés toutes les forces politiques,
même les plus réactionnaires, pour attirer à elles un électorat inquiet des prospectives écologiques.

Les partis qui, explicitement, se réclament de l’écologie sont devenus des officines bureaucratiques de
promotion politique de leurs membres dirigeants, percluses de conflits de pouvoir et incapables
d’imaginer la moindre stratégie politique, donnant par exemple crédit à des fables aussi grotesques
que le« développement durable », concept inventé par le système pour, à la fois sauver son modèle
de croissance et donner des gages à celles et ceux qui s’inquiètent des conséquences de la
généralisation de la marchandise pour le devenir de la planète.

Les altermondialistes

Derniers nés des mouvements de contestation anti capitaliste, sur le terreau de la décomposition plus
ou moins avancée des précédents, il ont représentés dans de nombreux pays, et en particulier en
Europe et aux Etats-Unis, un espoir réel de renouveau de la pensée et de l’action politique.
Largement infiltrés par les organisations politiques friandes de nouveaux militants, la cour assidue
dont ils ont fait l’objet les a largement affaiblis. Ils n’ont pas su résister aux dérives bureaucratiques et
à la pression des médias qui a fait de leurs leaders de nouvelles vedettes médiatiques qui ont
complètement perdu le sens de ce que devrait être une stratégie politique alternative.

Les analyses et projets pertinents du début ont laissé place à une routine bureaucratico-pédagogique
répétitive qui a déçu et lassé nombre de militants qui sont retournés dans le milieu associatif, voire les
limbes du non engagement politique.

C’est dans cette mouvance que se situe le mouvement des alternatifs qui peinent à trouver une voie
originale et se perd en pratiques « bureaucratico-militantes » à forte connotation de psychodrame
collectif.

Toutes ces organisations, tous ces mouvements ont, aux différentes époques, aux différents stades
de leur évolution, été les victimes, plus ou moins consentantes à la fois d’une bureaucratisation, de
conflits internes de pouvoir, justifiés par de plus ou moins sérieuses divergences théoriques, et pour la
plupart (les anarchistes exclus) été victimes des sirènes électorales et/ou médiatiques qui les a fait
entrer dans la logique mortifère de la notoriété institutionnelle. Toutes y ont perdu, aux regards des
valeurs et principes initiaux qui les animaient, leur « âme politique » et surtout le sens de la praxis.

C’est cette dernière qu’il s’agit de retrouver.

L’alternative n’est pas une exigence intellectuelle, produit phantasmatique de cerveaux fiévreux et
éternellement insatisfaits. Elle est à la fois une exigence et une possibilité historiques.

- exigence, car le système marchand, du fait des principes de son fonctionnement, est
incapable de procéder à une utilisation des ressources naturelles compatibles avec une
sauvegarde des conditions de vie sur la planète ; mais aussi du fait que le principe inégalitaire
qui le fonde, quant aux conditions de production et de répartition des richesses, ne peut être
que source de conflits toujours plus destructeurs ;

- possibilité, car l’esprit humain, quoiqu’il n’y a aucune certitude en la matière, peut concevoir la
mise place d’un système de relations sociales rendant compatibles ses désirs d’innovation
permanente, de justice et de préservation de notre environnement

La question du temps demeure cependant une question, sinon la question, essentielle. Les dégâts
considérables infligés à l’éco système par le développement du système marchand sont sans
commune mesure avec les dégâts infligés à la Nature par les systèmes du passé. Les échéances,
pour mettre en place des relations sociales compatibles avec cet équilibre, sont aujourd’hui très
courtes

Prenons dès à présent conscience que le temps ne s’écoule plus de manière linéaire et illimitée, mais
qu’au contraire le compte à rebours de la mise en place de conditions d’existence sociale compatibles
avec notre survie est enclenché. Tout retard pris nous rapproche de la catastrophe.

Berlebek – Juillet 2007


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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info