Mourir pour une douche

Natacha Bouchart est maire de Calais-en-Sarkozie
mardi 23 juin 2009
popularité : 1%

Par Olivier Bonnet

Dans le film Welcome, le migrant meurt noyé en tentant de rallier l’Angleterre à la nage. La semaine dernière, c’est bêtement en voulant se laver qu’un autre déraciné a connu le même sort. C’est d’abord le blog des Suiveur(s) des choses qui nous a alertés.

Ensuite nous avons déroulé la pelote, de lien en lien, à commencer par l’article de LibéLille sur lequel s’appuyait le billet des Suiveur(s) : "Un homme de 20 ans s’est noyé à Calais samedi soir. Il voulait se laver, explique Céline Dallery, infirmière à la permanence d’accès aux soins de santé. Il n’y a plus de douches pour les quelque 500 migrants sans-abri de Calais, qui tentent de passer en Angleterre. Du coup, la permanence est assaillie par ceux qui doivent soigner leur gale, et il n’y a plus de temps pour bien s’occuper des autres malades : tuberculeux, femmes enceintes, blessés. La jeune femme lance un appel au secours."

Ce qu’elle explique soulève le cœur : "Ça fait six mois que ça dure. Il n’y a plus d’endroit pour se laver, à part à la permanence d’accès aux soins, qui dépend de l’hôpital. Une seule douche pour 500 migrants. Ils se bousculent, certains entrent par la fenêtre. Le Secours catholique a déposé un permis de construire, mais la mairie a dit non. Elle veut bien des douches du côté de Marck, ce qui implique des allers et retours en camionnette (à 14 km de là, ndlr). La mairie de Calais voudrait rendre les migrants invisibles. En attendant, on ne prend pas en compte un grave problème sanitaire. On n’écoute pas les soignants. (...) Les Érythréens se lavent dans le port, avec cette mort absurde. Les Afghans, dans les rejets de l’usine Tioxide (classée Seveso, ndlr), ils me disent que c’est une eau blanche et chaude. On ne sait pas ce qu’il y a dedans. Il y a un réel problème sanitaire. On ne peut pas laisser les gens se laver dans les flaques d’eau, se baigner dans des endroits dégueulasses. Tout le monde s’en fout, chacun voit midi à sa porte. (...) Ça coûte quoi de fabriquer des douches ? On a peur d’attirer du monde ? Venez les gars, y’a des douches à Calais, ça va être bien ! Les gens ne quittent pas l’Afghanistan pour venir se doucher à Calais."

Si l’on aborde la situation des migrants de Calais, il faut remonter la chaîne des responsabilités et l’on tombe alors évidemment sur Nicolas Sarkozy (maudit soit son nom) : c’est lui qui a ordonné la fermeture du camp de Sangatte. "Aussitôt après la fermeture de Sangatte en décembre 2002, Nicolas Sarkozy paradait : « Le problème est réglé ». Six ans après, il n’y a vraiment pas de quoi être fier. Mais aujourd’hui, on a fini par presque s’habituer à ce qui constitue la base du sarkozysme : l’effet d’annonce et puis plus rien", résume Marianne2. Même son de cloche du côté du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) : "À Calais, en novembre 2002, M. Sarkozy fait fermer le camp de Sangatte et déclare illico que «  le problème est réglé ». Grossier effet d’annonce médiatique, la fermeture ne fait que rejeter à la rue des centaines de réfugiés qu’alors la police du ministre de l’Intérieur pourchasse, traque, brutalise et humilie quotidiennement depuis. Des personnes membres ou pas du Collectif C’sur décident, face à cette situation humainement insupportable, de leur apporter une aide humanitaire en leurs fournissant des repas, des vêtements, des douches et un hébergement pour une ou deux nuits. Alors que ces actions déclarées publiquement se déroulent depuis plusieurs mois, et malgré les menaces sans cesse réitérées de la part de la police du ministre de l’Intérieur, le 22 avril 2003, la police débarque au petit matin chez l’un d’eux, Charles Frammezelle, dit Moustache, pour le placer en garde à vue. Puis il est mis en examen pour « aide à l’entrée ou au séjour irrégulier d’un étranger, en bande organisée » (article 21), un délit puni de 10 ans de prison."

Sarkozy est donc clairement le premier coupable de la situation. Ce qui ne l’empêche pas de déclarer, dans une interview du 27 janvier 2005 : "Cachez ce sein que je ne saurais voir » était la théorie en vigueur quand je me suis saisi de ce dossier. Et je m’en suis saisi parce qu’il y avait la souffrance de ces malheureux dans le hangar et des gens de Sangatte et de sa région qui n’avaient pas à supporter ce que les autres ne voulaient pas supporter. D’ailleurs, si nous n’avons pas eu d’incidents trop graves c’est parce que les gens du Calaisis ont été remarquables de calme et d’ouverture. Quand j’ai fermé le hangar, on a dit que ce serait la catastrophe. C’était faux ! L’immigration clandestine a été divisée par dix. Bien sûr tout n’est pas résolu, en raison notamment de l’attractivité du marché du travail anglais. Cependant, nous avons supprimé cet abcès de fixation et soulagé les habitants de Sangatte et de la région. Qui pourrait me reprocher d’avoir agi ?" Ignoble d’hypocrisie et de mensonge. La Voix du Nord rétablit la vérité : "Fin 2002, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ferme le centre de Sangatte créé trois ans plus tôt. Il pense régler cette omniprésence de migrants, les rixes, et les dégradations qui exaspèrent les riverains. Les candidats à l’immigration, une poignée après cette décision, errent dans les rues de Calais. Sept ans plus tard, ils sont plus de 800 à squatter, construire des cabanes."

L’article du Gisti que nous citions plus haut date de mai 2003. Le délit de solidarité, déjà. Qu’est-il advenu de Moustache ? Il a été condamné et dispensé de peine. Pour le ministre de la Persécution des étrangers, le vil Éric Besson, "le délit de solidarité est un mythe". Le militant humanitaire, même dispensé de peine, a pourtant bel et bien été condamné. Et Jean-Claude Lenoir, vice-président de l’association Salam, qui aide elle aussi les migrants, a connu le même sort. Alors Besson calomnie : "Deux bénévoles humanitaires ont été condamnés avec dispense de peine en 65 ans pour être entrés dans la chaîne des passeurs : en clair, ils avaient transporté des fonds, pris de l’argent à des étrangers en situation irrégulière qu’ils avaient apporté à des passeurs". Lenoir et Moustache ont annoncé en avril qu’ils portaient plainte pour diffamation. Il sera intéressant de suivre les suites données à leur action en justice. Comment Besson, en digne représentant de l’indigne de l’Élysée, compte-t-il gérer l’explosive situation de Calais ? "Le problème calaisien relève de la psychanalyse politique, analyse Olivier Berger dans La Voix du Nord. Côté français, le nom de Sangatte est tabou. Sans qu’on sache vraiment pourquoi sinon que c’est le patron qui l’avait fermé en 2002. Comme Berlusconi qui avait parlé de vacances en camping pour les réfugiés du tremblement de terre de L’Aquila, les Afghans seraient aussi bien dans la « jungle ». Cet accueil rude (censé dégoûter les candidats) relève de l’absurde. Comme si dans les montagnes afghanes, on disait à un jeune fuyant un taliban qui veut en faire un kamikaze : « Va pas à Calais, c’est trop dur. » Résultat, les migrants sont de plus en plus nombreux. Malgré tout, fidèle à la ligne « pas de nouveau Sangatte », Éric Besson annoncera aujourd’hui à Calais « des mesures légères, des mesures qui permettent de mieux traiter les personnes, sans installer quoi que ce soit en dur ». Pour des bungalows de douches ou de distributions des repas OK, pour un préau d’accord mais surtout pas plus, pas mieux." Seule erreur, on l’a vu, les douches ne sont toujours pas là. Après Sarkozy, après Besson, venons-en à l’échelle locale

"Le Secours Catholique a déposé un permis de construire, mais la mairie a dit non", expliquait donc, à propos du manque de douche, l’infirmière interrogée par LibéLille. La maire de Calais, UMP, se nomme Natacha Bouchart. C’est elle qui refuse les douches aux migrants. Et qui a indirectement la mort de l’Érythréen de 20 ans sur la conscience. À l’image de Besson, aux côtés duquel elle est photographiée ci-contre, elle incarne parfaitement l’ignominie sarkozyste : "Vous ne pouvez pas comprendre la situation. Pour cela, il faudrait que vous preniez un appartement et restiez six mois à Calais. Vous verrez la difficulté économique lourde de la ville. Que personne ne prend en compte la population calaisienne qui, elle, n’a pas droit à quatre repas par jour. Notre population se sent lésée, car elle est en plus grande difficulté que les migrants. J’en ai croisé aujourd’hui, ils sont bien habillés, ils ont le téléphone, ils ont quatre repas. Et je rappelle qu’ils sont là volontairement, c’est leur choix de vivre dans la rue", a-t-elle osé déclarer le 20 février 2009. Offrons-lui un rappel visuel des conditions dans lesquelles (sur)vivent les migrants, emprunté à l’album photo de l’association Salam.

Qu’il doit faire bon habiter ces luxueux bungalows, si bien chauffés en hiver ! "Ils sont là volontairement, c’est leur choix de vivre dans la rue" ! On plaint de tout cœur les habitants de Calais qui sont, selon leur maire, "en plus grande difficulté que les migrants"... Reproduisons un communiqué de la Ligue des droits de l’Homme Nord-Pas de Calais : "Vendredi 10 avril, Jean-Pierre Dubois, président national de la Ligue des droits de l’Homme, était venu à Calais à la rencontre des migrants vivant au milieu de tas d’ordures, sans eau ni électricité et s’était indigné : « On ne laisserait pas vivre des chiens comme ça… Nous sommes face à une politique inhumaine." Suit un résumé chronologique édifiant de l’évolution de la situation : "21 avril : A la veille du retour à Calais d’Éric Besson, 200 migrants, essentiellement des Érythréens et des Afghans, sont interpellés. Ils seront libérés dès le lendemain de la visite du ministre. Natacha Bouchart, maire de Calais, déclare qu’il faut une intervention de l’armée. 23 avril : Monsieur Besson annonce le démantèlement de la jungle et la destruction des réseaux de passeurs. « Le problème de Calais, ce n’est pas qu’il y a trop de répression policière, c’est qu’il n’y en a pas assez. Nous allons mettre en place une opération conjointe de police sur les réseaux ferroviaires et autoroutiers avec l’Allemagne et l’Italie et élaborer un plan complet pour assurer l’étanchéité du port et du tunnel. » Coût : 10 millions d’euros pour les 5 machines de détection ! Depuis lors, les opérations coups de poing se multiplient. Elles visent en principe les passeurs mais frappent en réalité les migrants eux-mêmes. 6 mai : 39 Afghans et Pakistanais sont interpellés par la PAF (police de l’air et des frontières, NdA), 9 sont placés en garde à vue à Coquelles et leur camp est démantelé. 11 mai : la PAF intervient à Steenvoorde avec brutalité. « Ils ont tout brûlé, les tentes, les vêtements, la nourriture, s’indigne un militant, c’est abominable, inadmissible… » (...) le site Eurotunnel est enclos de 17 kilomètres de clôtures à très haute sécurité et rien qu’en 2008, 6 millions d’euros ont été affectés à la sécurité des lieux. Mais ce n’est pas assez pour monsieur Besson qui veut faire plus encore : sans doute est-ce ce qu’il appelle « humaniser une politique de fermeté » ! Il envisage avec son collègue britannique un échange de compétences avec notamment la mise en place de vols communs pour des retours forcés à destination de l’Afghanistan, feignant d’oublier que ces migrants risquent la mort dans ce pays en guerre. Alors, bien sûr, maintenant à Calais, outre le dispositif pour demander l’asile en France et informer sur l’aide au retour volontaire, il y a un point d’eau, et on concède même quelques douches… mais à condition que le point d’accueil existant soit reculé à dix kilomètres à l’intérieur des terres ! Lamentable alibi et pitoyable cache-misère de cette honteuse politique ! Il est intolérable qu’une telle politique soit mise en œuvre au nom de la République française, c’est-à-dire en notre nom à tous, dans la patrie des (...) Emile Zola, Jean Moulin et René Cassin !"

Voilà comment, depuis la fermeture de Sangatte ordonnée par Sarkozy et assumée par Besson - "La fermeture de Sangatte était nécessaire. Elle était même indispensable", déclarait-il le 27 janvier 2009 - , la France, feue patrie des droits de l’Homme, traite ses migrants à Calais.

Et son maire qui les décrit comme "bien habillés, ils ont le téléphone, ils ont quatre repas" ! Natacha Bouchart, vous nous donnez envie de vomir.

plumedepresse.com


Commentaires

Logo de madalton
Mourir pour une douche
jeudi 25 juin 2009 à 23h54 - par  madalton

Merci, oui, merci infiniment pour cet article. C’est clair et plein d’humanité. MAIS, maintenant, moi, pauvre citoyenne bien malheureuse de voir tout ça, que puis-je faire ? A part envoyer quelques sous à telle ou telle association ? On est sans moyens à part la parole ou le clavier. Je sais, faire savoir ce qui se passe, que de plus en plus de gens soient informés. Mais, en attendant, des gens meurent et souffrent au-delà de ce qui est endurable.
Que faire ?

Agenda

<<

2019

 

<<

Octobre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Sans papiers

mardi 3 juillet 2007

Selon le quotidien O Globo, les autorités brésiliennes ont infligé une amende à la compagnie Alitalia pour avoir transporté deux voyageurs sans papiers, arrivés à Sao Paolo le 9 mai dernier.

Le premier, connu sous le nom de Benoît XVI, s’appelle Joseph Ratzinger.
Le second, Tarcisio Bertone, est secrétaire d’Etat du Vatican.
Ni l’un ni l’autre n’avait songé à emporter son passeport.
O Globo ne précise pas si les deux clients d’Alitalia avaient subi le contrôle de sécurité au départ de Rome.

Les photos montrent pourtant, très distinctement, un objet métallique assez volumineux, en forme de croix, sur la poitrine de l’un et de l’autre.
Il serait étonnant qu’à leur passage le portique n’ait pas sonné.
A-t-on procédé alors à une fouille manuelle ?
Les longues robes des deux voyageurs - blanche pour le premier, noire avec une ceinture rouge pour le deuxième - devaient bien cacher quelque livre subversif.

Peut-être même le plus subversif de tous : celui qui invite à aimer ses ennemis, tendre l’autre joue et accueillir l’étranger, même sans papiers.

Transmis par Linsay

rougemidi.org

Martin Hirsch a des absences...

mercredi 27 juin 2007

Reçu de Daniel Deriot

Mercredi après midi, près d’une centaine de familles de mal logés de PARIS ont envahi un amphithéatre du Conservatoire National des Arts et Métiers,ou se déroulait un colloque intitulé "travailleurs pauvres et action sociale : nouvelle question sociale ? de l’impensé vers l’action..."Le Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, M.Martin HIRSCH aurait dû conclure cette rencontre, mais il ne s’est pas déplacé.

Alors que se terminait le quatrième mini forum de ce colloque organisé par l’École Supérieure de travail Social de PARIS, près d’une centaine de familles ont envahi un amphithéatre du C.N.AM (Paris 3éme) et ont déployé une banderole sur laquelle l’on pouvait lire "Mal logés en colère, non aux expulsions ". Les manifestants souhaitaient attirer l’attention de M.HIRSCH qui n’est autre que l’ancien président d’EMMAUS FRANCE sur les conditions de logement que rencontrent un nombre croissant d’habitants de l’Ile de France.

Le tout nouveau haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté ne s’est pas déplacé, il devait conclure ce colloque de deux jours qui a regroupé des étudiants, des chercheurs et acteurs de l’action sociale autour des thèmes de la nouvelle pauvreté, de la valeur travail et de la construction du lien social... Les participants ont néanmoins mis à profit la fin de ces deux jours pour nouer des liens avec les familles en difficultés qui entendaient faire droit à leurs revendications avec une certaine détermination.