La SNCF, les fantômes et Harry Potter

jeudi 25 juin 2009
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Par Charles Hoareau

Au fond les dirigeants de la SNCF (au moins certains d’entre eux) sont de grands enfants.
Et nous ne l’avions pas compris.
On se demandait pourquoi, avec obstination, ils choisissaient pour assurer la surveillance et la sécurité de la gare St Charles à Marseille, des sociétés qui avaient toutes en commun d’être des sociétés fantômes qui se succédaient les unes aux autres en restant à peine quelques mois et puis repartaient en laissant les salariés en plan…et sans salaire. L’explication était donc là et le samedi 13 juin nous en a donné une confirmation éclatante !

Pendant des années une société, AIPS, a employé sur le site de la gare, une centaine d’agents de sécurité (ADS) plus communément appelés vigiles. Hormis le fait que ceux-ci accomplissaient un travail qu’ils auraient tout aussi bien pu faire en ayant le statut de cheminot (et les droits qui y sont associés) tout allait bien. Ils étaient un peu moins payés, ils restaient toute la journée debout sur place, mais bon on ne va pas se plaindre le travail est si rare de nos jours…

Puis AIPS fit faillite et en août 2006 un administrateur judiciaire fut nommé. En bon administrateur celui-ci remit de l’ordre dans les comptes en particulier dans les salaires puisqu’au passage évidemment les salariés étaient restés deux mois sans être payés.

En février 2008 l’administrateur confia les clefs de l’entreprise à SECURANCE, une entreprise de la région parisienne « sûre et efficace »… qui fit faillite à son tour quelques mois plus tard… et laissa les salariés sans salaire pendant les deux mois d’octobre et novembre 2008.

On aurait pu penser que la SNCF, donneuse d’ordre, avait tiré les leçons de la première fois et que, suite à cette nouvelle défection, aurait fait appel à sa filiale EFFIA ou mieux aurait étudié sérieusement les possibilités d’intégration des ADS dans les effectifs cheminots ce que demandaient d’ailleurs nos salariés qui commençaient à en avoir marre (on se demande bien pourquoi !) de ces changements. Eh bien non !

C’est une nouvelle société, DEFENDER qui reprenait le marché. Nos ADS faisaient bien remarquer que curieusement DEFENDER était une toute petite société ayant seulement 8 salariés et qui passait donc d’un seul coup de 8 à 108 !, qu’elle avait le même avocat que SECURANCE, la même adresse en région parisienne, le même « directeur régional » et que celui-ci disait n’avoir aucun pouvoir, ni bureau à Marseille, ni délégation de signature, bref que cela ressemblait fort à une société fantôme…
Qu’à cela ne tienne, la SNCF n’en démordait pas DEFENDER était « sûre et efficace » et les ADS seraient mal venus de faire la fine bouche… un accord était donc signé le 24 décembre au matin… et bien sûr dès janvier celui-ci n’était pas respecté...

Avril 2009, donc à peine 4 mois plus tard, la très sure DEFENDER… faisait faillite à son tour et était reprise le 1er mai par la « sûre et efficace » ISS (Inter Sécurité Service) qui faisait faillite à peine un mois plus tard, le 31 mai : record battu ! Pour sa défense nos grands enfants Sncéfiens expliqueront qu’ils avaient pensé qu’ISS était sûre car ils avaient confondu cette société avec ISS le groupe international de nettoyage… Une fable dont on vous laisse juge !

Donc depuis avril, les salariés sont à nouveau sans salaire et la SNCF les plaint très sincèrement. Tellement sincèrement que, une fois de plus, EFFIA ne veut pas se positionner sur le marché et que bien sûr, comme il est hors de question que la SNCF les embauche, depuis le début juin est entamée une nouvelle recherche d’entreprise : si jamais un lecteur de Rouge Midi a une idée qu’il ne se prive pas...

Coïncidence, mais alors vraiment pur hasard, on apprenait dans le même temps que l’entreprise Derichebourg, titulaire du marché du nettoyage de la gare, annonçait son départ anticipé au 30 juin prochain… évidemment sans que l’on connaisse le nom d’un nouvel arrivant à part le fait que des rumeurs insistantes faisaient état du fait que l’on avait vu un cadre de la SNCF, manger avec un directeur de régie de quartier (celui-là même qui a pris une part du marché du nettoyage des locaux d’ADOMA) et que personne n’arrive à croire que c’est un amour commun de la cuisine qui les a fait se retrouver à la même table. D’autant que dans l’appel d’offres nettoyage (que la CGT de l’entreprise s’est procuré), à l’article 2, la SNCF envisage explicitement le recours à une entreprise d’insertion ce qui par un tour de magie appelé RSA, permettrait de se débarrasser des salariés en place au profit de rmistes payés moitié moins cher… etc voir ADOMA…

Si vous ajoutez à cela qu’il y a peu, sur le même site, les salariés de la restauration à bord des TGV étaient en grève, suite à l’appel d’offres pour des raisons similaires à leurs collègues ADS ou nettoyeurs cela commence à faire beaucoup et une question se pose : comment la SNCF, entreprise nationale qui a encore des missions de service public et en principe l’éthique qui va avec (même si elle persiste à nous traiter de clients nous qui nous considérons comme des usagers des transports), comment donc cette société nationale peut elle faire appel à des margoulins pareils dont en plus on s’aperçoit à chacun de leurs départs qu’en plus des salariés, ils ont aussi allègrement truandé l’URSSAF et autres organismes collecteurs ?

Pourquoi un tel manque de rigueur ? Pourquoi persister à refuser une réinternalisation voire une filialisation des emplois ?

La réponse nous a été donnée le 13 juin au matin quand l’un des grands enfants Sénécéfiens de l’entreprise-avec-laquelle-tout-est-possible est venu voir les ADS installés en bout de quai pour leur demander de partir et surtout d’enlever leurs drapeaux syndicaux et en particulier un qui – horreur ! – arborait le portrait du Che. Et vous savez pourquoi ? Parce que ce même 13 juin devait arriver en gare le train d’Harry Potter, véritable évènement culturel et social comme chacun sait…

Evidemment les ADS qui n’ont aucun sens de la culture et ont perdu leur âme d’enfant, n’ont pas voulu bouger en disant qu’ils en avaient soupé des fantômes qu’ils se nomment DEFENDER, ISS ou SECURANCE, qu’ils ne croyaient pas à la magie et qu’ils resteraient là tant qu’ils n’auraient pas retrouvé leur emploi et leur salaire.

Bien sûr nos grands enfants ont été déçus ! Ils ont bien envisagé de faire appel au gendarme de Guignol, mais un tel jour cela faisait désordre...

Ils tentent bien depuis d’expliquer à ces ADS qui décidément ne comprennent rien que le problème vient qu’ils sont 15 de trop et qu’il faudrait faire disparaître ces 15 là par magie (tout en restant social bien sûr !) pour qu’une nouvelle entreprise « sûre et efficace » reprenne le marché, en vain.

N’en déplaise à nos grands enfants de la SNCF, les ADS, (comme les agents de propreté) ne croient ni aux fantômes, ni à Harry Potter, mais à une autre histoire qu’ils écrivent tous les matins à partir de 5h sur le quai et qu’ils appellent lutte des classes…

rougemidi.org


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