Negroponte a encore frappé.

vendredi 3 juillet 2009
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John Negroponte est un diplomate US connu. Il a effectué une carrière brillante qui l’a conduit aux postes les plus élevés.

Par COMAGUER

S’il n’occupe plus de poste officiel depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration OBAMA, il a été au sommet de sa puissance pendant les deux mandats de BUSH II qui a fait de lui successivement :
- Le représentant US à l’ONU en 2001 chargé de manipuler l’institution pour lui faire accepter l’invasion de l’Irak en utilisant les écoutes téléphoniques, le vol et le charcutage de documents en particulier les rapports d’inspection des installations nucléaires de l’Irak
- Le second ambassadeur US dans l’Irak occupé à la tête de la plus grosse « ambassade » du monde, en fait le quartier général de l’armée d’occupation et des bandes de mercenaires annexes
- Le premier directeur national du renseignement poste créé spécialement pour lui par BUSH pour chapeauter toutes les institutions étasuniennes du renseignement et de l’espionnage pour pouvoir à l’occasion interdire la diffusion de vraies nouvelles par la CIA – un service de renseignement est conçu pour fournir des données exactes à son gouvernement - et leur substituer des mensonges d’État pour finir au poste de vice-ministre des Affaires Etrangères (Département d’État) comme second de Condolezza Rice

Mais ce reaganien pur jus, fils d’un riche armateur grec et apparenté par sa femme à la famille royale d’Angleterre s’était fait connaitre comme diplomate meurtrier, adepte de la politique du « gros bâton » appliquée par les USA en Amérique latine depuis deux siècles lorsqu’il a occupé de 1981 à 1985 le poste d’ambassadeur des États-Unis au Honduras.

C’est depuis Tegucigalpa, la capitale de ce petit pays, où le pouvoir était occupé par une dictature militaire mise en place par les États-Unis qu’il a organisé la contre-révolution au Nicaragua voisin qui devait aboutir à la chute du régime sandiniste à Managua. C’est là également qu’il a mis au point l’Irangate opération secrète consistant à fournir clandestinement des armes à l’Iran pour que la République Islamique, ennemi officiel des États-Unis, ne perde pas la guerre contre l’Irak, soutenu lui officiellement et à armer avec l’argent touché des iraniens – hors budget officiel bien entendu - les contre révolutionnaires (Contras) nicaraguayens formés, entrainés et stationnés entre deux expéditions sanglantes sur le territoire hondurien où ils sévissaient également.

Autant dire qu’il a laissé un très mauvais souvenir dans la région et la condamnation des États-Unis en 1986 par la Cour Internationale de Justice de La Haye pour violation du territoire nicaraguayen concernait directement les activités de John Negroponte. On sait que les États-Unis n’ont jamais payé l’amende de 17 millions de dollars qui leur avait été infligée par la CIJ.

Pour la mise au point de l’Irangate, Negroponte a négocié secrètement avec le premier ministre iranien de l’époque, un certain Moussavi candidat malheureux aux élections présidentielles iraniennes dont il a été beaucoup parlé ces dernières semaines

John Negroponte a effectué l’an dernier en Juin un voyage officiel sur les lieux de ses crimes et a rendu visite aux dirigeants du Salvador, du Guatemala et du Honduras. Il n’a pas été accueilli au Nicaragua où il est persona non grata depuis le retour au pouvoir du leader sandiniste Daniel Ortega.

Le motif officiel de la visite était la lutte contre la drogue, laquelle on le sait est le nouveau « faux nez » des ingérences étasuniennes en Amérique Centrale et fait écho aux plans « Colombia » et « Merida » mis en œuvre en Colombie et au Mexique.

Negroponte et le Président Hondurien Zelaya se sont alors rencontrés mais ce dernier a refusé au dernier moment de tenir une conférence de presse commune et a fait ses propres commentaires sur la visite de l’ancien ambassadeur :
« Ce pays n’est plus celui des années 80 car aujourd’hui nous avons appris une nouvelle tolérance à une ouverture du système démocratique. »

Dans cette phrase Zelaya homme politique conservateur annonçait un tournant à gauche de sa politique qui allait se concrétiser par une alliance avec le seul parti de gauche organisé au Honduras le parti de l’unification démocratique.

(Il a été annoncé que César Ham, leader de ce parti aurait été assassiné par les putschistes le lendemain de l’éviction de Zelaya, mais aux dernières nouvelles il semblerait que lui et les autres responsables et élus de ce parti se soient cachés pour échapper aux tueurs.)

Zelaya déclarait également à l’attention de Negroponte : « Cette Amérique Centrale que vous visitez n’est pas la même que celle du temps de la guerre froide, quand des troupes étaient entrainées pour violer les droits du peuple au nom d’une idéologie » et il ajoutait « Aujourd’hui nous mettons l’accent sur la paix et la démocratie et plus du tout sur le business lié à la doctrine sécuritaire »

Ayant ainsi très officiellement et très explicitement desserré le carcan idéologique impérialiste, Zelaya allait continuer sur le chemin d’une indépendance politique accrue par rapport à Washington. Il y était encouragé par un environnement régional favorable marqué par : le processus bolivarien en cours, l’arrivée au pouvoir des anciens guérilleros du FMLN au Salvador venant après celle des sandinistes au Nicaragua, le développement de l’ALBA, la critique du boycott de Cuba par l’OEA …

C’en était trop pour l’appareil terroriste clandestin des États-Unis et Negroponte ne pouvait que rêver de vengeance.

Aujourd’hui Negroponte n’occupe plus de fonctions officielles Il se contente de faire des cours à l’Université de Yale dont il est diplômé (comme Georges W. Bush et John Kerry). Il fait également des conférences et au cours de l’une d’elles il a récemment déclaré que la politique étrangère de l’administration Obama lui convenait.

Le putsch hondurien vient donc éclairer très précisément les rapports de force et de pouvoir au sein de la classe dirigeante US.

Les républicains néoconservateurs se sont organisés pour contraindre l’équipe OBAMA à exécuter leur politique extérieure. Pour le contraindre ils utilisent la tactique du bon flic et du mauvais flic.

Dick Cheney, le mauvais flic, cogne médiatiquement sur OBAMA comme une brute tandis que le bon flic Negroponte trouve lui sa politique étrangère satisfaisante mais tient en même temps dans sa main tous les fils des évènements extérieurs récents (services de renseignement dont il a été le maitre pendant deux ans, anciens élèves de l’École des Amériques, dirigeants iraniens corrompus …) qui font partie de la contre-révolution qu’ils ont programmée et que Barack Janus Obama, l’homme qui parle toujours deux langages doit «  couvrir ».

Janus Obama a été choisi par la grande bourgeoisie US pour tenir un discours moins primaire (et volontairement ambigu) sur une politique de domination mondiale qui n’a pas changé mais qui prend des formes de plus en plus caricaturales – le putsch hondurien est la réédition pitoyable d’un scénario déjà joué des dizaines de fois - et qui, heureusement, rencontre des oppositions internationales de plus en plus vives.

Les jours à venir le confirmeront.

legrandsoir.info


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