Ils vont finir par nous faire détester le rugby ? L’actualité regorge de détails trop désolants à répéter sans pouvoir agir.
Cette période fait irrésistiblement songer au diagnostic de la comtesse et journaliste américaine Rosie Goldschmidt-Graefenberg-Ullstein, de son nom de plume Rosie Waldeck, qui se trouvait à Bucarest quand survint l’inconcevable : L’écroulement en quelque jours seulement de la Grande nation, de l’armée réputée alors la meilleure du monde, de la « nation par excellence » et patrie des Droits de l’Homme, envahie et avilie brutalement au printemps 1940 :
« La chute de la France marqua l’apogée d’une période de vingt ans au cours desquels la démocratie manqua aux promesses qu’elle avait faites de s’attaquer à la question du chômage, de l’inflation, des déflations, des conflits sociaux, de l’égoïsme des partis, que sais-je encore… L’Europe, fatiguée d’elle même, et doutant des principes qui l’avait fait exister, se sentait presque soulagée maintenant que tout était réglé, non qu’elle fut satisfaite, mais parce qu’elle était, en quelque sorte, dégagée de toute responsabilité. »
On a l’impression que la situation est revenue aujourd’hui presque au même point, même s’il faut ajouter au constat particulier de l’égoïsme des partis, l’égoïsme actuel des appareils syndicaux et associatifs.
(Citation de Rosie Waldeck, « Athene Palace », Robert M. Mcbride and Co, 1942, p. 124, citée par Geert Mak, « Voyage d’un européen à travers le XXe siècle », traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Gallimard, 2007.)
Par Sébastien Fontenelle
C’est ce qu’au fond j’aime, dans le journalisme : tu auras toujours des gros théoriciens de l’éthique pour te (et se) raconter que c’est un métier incroyablement exigeant, mais la vérité, je crains, est que c’est un boulot plutôt peinard, plutôt facile, où n’importe qui peut tranquillement raconter à peu près n’importe quoi, sans redouter, ou si peu, de se faire pécho en pleine désinvolture.
Prenons, si tu le veux, l’hebdomadaire Faleurs Agduelles, comme l’appellent nos ami(e)s teuton(ne)s, qui promet cette semaine, à la une et à son lectorat (que cet engagement appâte, n’en doutons pas), avec une photo bien flippante, un « reportage choc » sur la « burqa » - en page 28.
Tu vois ça, n’est-ce pas : tu songes aussitôt qu’en effet, ça doit être quelque chose d’assez consistant que ce « reportage choc », merde alors, ça doit au moins être un truc du genre qui te fait changer ton regard sur les mahométan(e)s (et qui du coup te fait passer de la franche hostilité où tu as toujours tenu ces misérables obscurantistes à quelque chose de (beaucoup) moins accomodant, du style, vade retro, Muslimas, nous n’avons pas (du tout) les mêmes valeurs).
Du coup, bien naturellement, qu’est-ce tu fais ?
Tu te précipites sur la page 28 - en espérant que le « choc » sera, tout de même, supportable.
Et là, sur quoi tu tombes (de haut) ?
Tu tombes sur un reportage - cela, du moins, est parfaitement exact - d’un certain Vladimir de Gmeline, qui est allé « un vendredi matin au marché de Trappes », dans les Yvelines, où tombait ce jour-là une « petite pluie fine entre les allées » [1], et où les arboreuses de « burqa » sont, de l’avis de nombreux experts (de gros niveau), probablement plus nombreuses que dans les rues adjacentes à l’église d’Auteuil (75016, Paris).
Au reste, Vladimir le confirme, dès le début de son « reportage choc » : ce « marché populaire » a bel et bien « [la réputation d’attirer une forte population d’origine musulmane ».
De sorte qu’on a bel et bien, je suppose que tu l’as deviné, de fortes chances d’y croiser, parmi « [des étals de vêtements, des fruits et des légumes, des boucheries et des poissonneries » [2] et (aussi) « quelques dames chic venues de Versailles pour profiter de prix défiant toute concurrence », mainte et mainte meuf emburqée.
Or.
Surprise.
Vladimir a beau scruter velu chaque recoin du folklorique « marché populaire » : nulle part il ne voit de Kaboulies d’importation.
Il y a bien (le gars est tout de même dans les Yvelines, en terre, donc, de جهاد (djihad)) « des marchands spécialisés dans la littérature et la musique islamiques », chez qui le chaland innocent (je me comprends) peut trouver « différentes éditions du Coran, des livres de conseils aux parents, aux enfants, aux jeunes époux, des traités de morale, d’hygiène, d’éducation sexuelle, des explications sur la prière » - voire, plus inquiétants encore, « des DVD, comme celui-ci, À quand le hijab, ma soeur ? »
D’ailleurs, puisqu’on en parle, Vladimir note que : « Des femmes en hijab, le voile qui ne couvre que les cheveux et le cou, on en voit partout, des jeunes et des moins jeunes, des Maghrébines, des Africaines, des Européennes converties. »
Ces voiles, précise Gmeline : « Il y en a de toutes les couleurs, de tous les motifs, et dans les boutiques qui en font commerce, les visages des mannequins en plastique sont outrageusement maquillés ». [3]
Car, note le Rouletabille de Valeurs Actuelles : « Le voile n’empêche pas la coquetterie et il y a foule chez le marchand de sous-vêtements, où l’on hésite entre un string et un soutien-gorge en dentelle ».
Et tout cela, n’est-ce pas, nous renseigne utilement sur la coquinerie des musulmanes hijabées, ziiiiiva comment qu’elle est chaude sous son voile, mais ne fait pas vraiment les affaires du reporter, parce que bon, d’un seul coup : « Il est 10 h30 », et il n’y a toujours « pas une burqa à l’horizon ».
(Bordel !
On m’aurait donc menti ?)
Mais grâce à Dieu, Allahouuuuu akbar, voilà que finalement « deux formes vêtues de noir des pieds à la tête s’engagent dans les allées avec une poussette, sans la moindre parcelle de peau apparente », et il est positivement « impossible de les rater » - puisque, rappelle-toi, sur ce « marché populaire » bourré jusqu’à la gueule de mahométanes (en strings), elles ne sont que deux, ce matin-là, en tout et pour tout, à porter, non la « burqa », on va le voir, mais le niqab.
(Mais bon, faute de grives, hein...)
L’une d’elles, Géraldine, « est Française, mariée et, contrairement à son amie, musulmane de naissance, convertie depuis dix ans ».
L’amie en question reste mutique, mais Géraldine répond (gentiment) aux questions de Vladimir.
« Pourquoi porte-t-elle le niqab, ce voile qui ne permet de voir que les yeux » - et qui par conséquent n’est pas exactement une burqa, car de burqa, tu l’as compris, il n’y a point, sur ce marché de Trappes ?
« C’est un choix », explique Géraldine.
Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, précise-telle.
Et d’ajouter : « Mon mari est content, bien sûr, mais les femmes qui portent le niqab aujourd’hui le font d’elles-mêmes. On a fait des études, on est allé à la fac... »
Nanti de ce témoignage dont la formidable puissance, à elle seule, justifierait amplement, je suppose que tu en seras d’accord, l’appel de une de Valeurs Actuelles annonçant un « reportage choc » sur la « burqa », notre fringant Vlad, que sa conscience professionnelle honore, prend tout de même la décision de pousser plus avant son investigation, et tombe sur « Omar », qui est (notamment) « titulaire d’une licence en charia, obtenue à l’Institut d’études islamiques de Saint-Ouen », et dont la femme porte le niqab, « vient du bled », et ne parle pas français » - mais qui affirme être d’« une école du juste milieu », plutôt que de chez Ben Laden.
(Bon, le gars n’est pas non plus un libre penseur débridé.)
Puis Vladimir papote avec « l’imam Youssef », qui le reçoit « dans le grand bureau de la mosquée de Trappes » pour lui annoncer que « sur six cents femmes qui viennent assister à la prière du vendredi, une dizaine portent le niqab ».
Puis enfin, Gmeline mentionne le témoignage d’« Aïcha, Anglaise convertie il y a cinq ans », et qu’il a « rencontrée la veille à Paris, dans le quartier de la Goutte d’or ».
Elle a « porté la burqa à Kaboul en 2005, avant de revenir au hijab ».
Elle explique : « La burqa, je ne la porterais plus pour rien au monde ».
Fin du « reportage choc ».
Je résume : parti sur les traces de la « burqa » dans une banlieue massivement trustée par des adorateurs d’Allah, l’envoyé spécial de Valeurs Actuelles trouve, en tout et pour tout, deux musulmanes qui portent, non la burqa, mais le niqab, et qui affirment avoir fait librement ce choix, puis un mahométan tièdement progressiste mais plutôt (beaucoup) moins crispé que le mollah Omar, puis un imam qui observe que les porteuses de niqab sont très largement minoritaires dans sa mosquée, puis enfin une Anglaise qui, elle, a, pour de bon, été sous la burqa, mais qui en est carrément revenue.
(Et le papier de Gmeline, pour le coup, n’est pas en cause.)
Et, certes : cela n’empêche pas du tout Valeurs Actuelles d’annoncer à la une, au prix d’une miiiiinuscule torsion de la réalité de ce papier, un « reportage choc » sur la « burqa ».
Mais il est vrai aussi que la nécessité de vendre du papier vaut bien qu’on triche un peu avec les musulmans : s’ils viennent se plaindre, n’est-ce pas ?
On leur conseillera de s’offusquer plutôt de la banalisation de la burqa.
[1] Je n’ai pas dit non plus que le journalisme était complètement exempt de véritables périls, hein ?
[2] J’aime assez, pour ma part, cette description fouillée d’un « marché populaire » islamo-compatible
[3] Ça fait, tu t’en doutes, un saisissant contraste avec les dames chics venues de Versailles, où l’on se défie de l’outrage dans le fard.
A Trappes il n’en a vu que deux.. Ailleurs il y en a peut être deux également..et deux la-bas, et deux ici et deux que sais-je où ?
Mais qu’il y en ait mille ou dix mille peu importe du moment que c’est leur choix..n’est ce pas ? Et s’il s’en trouvait une un jour qui ose dire : Je porte le niqab sinon mon bon musulman de mari me casse la gueule.. Comment réagirez vous ? Hélas aucune ne le dira et vous continuerez innocemment à tourner ce genre d’article en dérision. Deux pour moi c’est déjà trop et je suis franchement hostile au port de ces machins. La France s’enrichira t-elle de ce moyen-âge importé ? Est ce que notre culture, nos traditions, notre façon de vivre gagneront quelque chose à voir proliférer ces êtres humains emballés ?? Y a t-il un avis dans la salle ?