Le pouvoir enrichit les enfants d’Uribe

samedi 11 juillet 2009
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Tomás et Jéronimo, les enfants mineurs de trente ans du président colombien Uribe Velez, se sont enrichis grâce aux décisions prises par un maire et par des hauts fonctionnaires sous l’autorité directe de leur père. Les favoritismes et l’illégalité sont évidents dans ce cas. Et ce n’est pas quelque chose d’insignifiant, ce sont des milliards de pesos : depuis 2006, ils possèdent le 15% d’un terrain à Mosquera, une municipalité près de Bogota, qui coûtait 8.600 millions de pesos ; après quelques petits travaux d’urbanisme, il coûte actuellement 138.000 millions de pesos.

Par Jorge Enrique Robledo

Le terrain a été vendu aux enfants du président par la compagnie multinationale Bavaria Sab Miller et d’après l’acte de vente il mesurait 34 hectares. Mais en fait, il y avait une curieuse et gigantesque erreur : le terrain mesurait en réalité 53 hectares. De cette façon le prix du m² est d’à peine 13.000 pesos, un prix extrêmement bas pour le secteur. De plus, la même compagnie multinationale, leur a vendu un autre terrain de 100 hectares à Tocancipa, une autre municipalité près de Bogota, pour seulement 22.000 millions de pesos. Dans cette affaire ils sont associés avec quelques amis de leur père, qui ont la réputation, justifiée, d’être parmi les colombiens les plus riches. D’après les jeunes Uribe, dans ce cas : « nous n’avons rien investi en argent pour obtenir cette participation (12%), elle nous a été donnée en paiement de la promotion que nous avons fait du projet. »

Si les enfants du président ont fait de si bonnes affaires avec la compagnie multinationale Bavaria Sab Miller, celle-ci en a fait de bien meilleures avec le chef de l’état. Le gouvernement lui donna une zone Franche spéciale et un contrat de stabilité juridique pour leur nouvelle usine à Yumbo, près de Cali, qui a coûté 175 millions de dollars. Un cadeau, parmi tant d’autres obtenus avec l’attribution de cette zone franche, c’est une baisse de l’impôt sur le revenu de 30 à 15% pendant 30 ans. Et le contrat de stabilité juridique spécifie que pendant les prochaines 20 années on ne pourra lui imposer des normes qui nuisent aux conditions économiques actuelles, ce qui va l’épargner, par exemple, du nouveau impôt de guerre qui va sûrement être approuvé en 2010.

En plus du caractère anticonstitutionnel du décret 383/07 qui autorisa les zones franches spéciales sans se baser sur la loi 1004/05 qui réglemente ces zones, et des vices de procédure flagrants dans l’expédition de celle donnée à Bavaria Sab Miller, celle-ci ne répond pas à la condition première pour octroyer des zones franches : induire de nouveaux investissements. Nous pouvons dire la même chose du contrat de stabilité juridique, qui manque de justification morale et légale. En effet, le décret 383 et l’octroi de la stabilité juridique datent de février 2007 et déjà dans le bilan annuel de Bavaria de 2003, 4 ans auparavant, il était question de : « commencer les activités en vue de la construction d’une usine qui remplacerait celle de Cali, avec une capacité de production deux fois plus importante pour couvrir des marchés très importants alimentés par des unités de production qui ont fermé dans le cadre du processus de rationalisation de l’outil industriel du groupe. » Il est évident que l’entreprise avait décidé ces investissements avant même que le gouvernement, sans aucune raison d’Etat, lui ait fait tous ces cadeaux qui pour l’année 2008 uniquement, avec la réduction de l’impôt sur le revenu, équivalent à 11.707 millions de pesos.

La maire de Mosquera, M. Alvaro Rozo, a valorisé le terrain des enfants du président en augmentant de 50 à 70% l’aire constructible au sol. Mais aussi lorsqu’il adopta un Plan Partiel qui dans la pratique transforma le sol rural en urbain et a permis de faire des lotissements industriels. Ce Plan Partiel viola la loi 388 de 1997 qui demande un impôt de plus value aux terrains qui bénéficient de ces changements de statut.

Peu de temps après, les enfants du président ont vendu, à un prix dérisoire, une partie de ce terrain à Inversiones ALC, entreprise créée par le maire de Mosquera et dont les propriétaires actuels son ses enfants et ses frères. Le prix de vente était de 19.000 pesos le m². Deux jours plus tard ils ont vendu un autre bout de terrain à d’autres gens à… 53.000 pesos le m². Une investigation de la part des organismes de contrôle de l’État est nécessaire dans ce cas de favoritisme réciproque et illégal de tout point de vue.

Tomás Uribe a été pris en photo avec le ministre d’infrastructures et transports dans une réunion où il était question de créer une voie pour automobiles qui passerait au milieu des dits terrains. Il a été aussi invité à la proclamation de la candidature au Sénat de l’ancien maire de Mosquera, M. Alvaro Rozo, qu’il a de bien de raisons d’aimer.

D’un autre côté, les terrains en question ont augmenté encore leur prix suite à la décision du Comité Interministériel des Zones Franches d’y développer la Zone Franche d’Occident, décision entachée de favoritisme et d’illégalité. Cet organisme dépend du ministère du Commerce, du ministère du Budget et d’autres hauts fonctionnaires qui dépendent directement du président. Cette décision donne aux grandes entreprises qui s’y installent, entre autres avantages, des abattements d’impôts sur le revenu de 33% à 15%.

Les ministres en question ont déclaré qu’ils ne savaient pas à qui appartenait cette terre et qu’ils n’avaient pas à le savoir. Et donc, en conséquence ils ne pouvaient pas se déclarer inhabilités dans la création de la dite zone franche qui a enrichi les fils de leur patron, le Président, comme la loi leur demande. Cette ignorance est peu crédible d’autant plus que le 7 décembre 2007 il est apparu dans le journal El Espectador, deuxième journal circulant dans le pays, un article d’une analyste qui dénonce l’implication des fils du président dans cette affaire. L’article 209 de la constitution, le décret 2685 de 1999 et la résolution 001 de la commission intersectorielle des Zones Franches les oblige à connaître les propriétaires des terrains incriminés. Ou alors, comme dit une éditorialiste amie du gouvernement ; si le terrain avait appartenu à un narcotrafiquant, auraient-t-ils également approuvé la zone franche ?

En violant la Constitution et la loi, le chef de l’administration fiscale n’a pas communiqué les documents publics qui ont été requis par l’enquête sénatoriale ; il n’a pas répondu non plus si les fils du président ont payé les impôts correspondant aux plus-values énormes obtenues dans cette affaire jusqu’à la fin 2008. Et ceci malgré les déclarations consignées dans un document public fait, selon toute vraisemblance, pour ne pas payer d’impôts et où ils déclarent avoir eu une valorisation de 100 fois des terrains de Mosquera, et des profits de 10.000%.

Le président Uribe a aussi violé la loi quand il n’a pas répondu au droit de pétition que j’ai interposé, à savoir : "saviez-vous que vos fils étaient actionnaires de la Zone Franche d’Occident ?" S’il le savait, tel que ses fils l’ont dit, "pourquoi n’avez-vous pas informé vos ministres et subordonnés afin qu’ils puissent se déclarer inhabilités dans cette affaire ?"

Le fait que Bavaria et d’autres grands groupes industriels aient donné à Residuos Ecoeficiencia, une autre entreprise où les fils du président sont associés, le traitement de leurs déchets est aussi un motif de scandale. En effet, ce travail était fait jusqu’à présent par des gens très pauvres. Ana Isabel Martínez, présidente d’une des associations de « recycleurs », exprimait son amertume au Sénat : « ils sont comme une plaie qui enlève les déchets aux pauvres. »

C’est le manque de moral d’un gouvernement qui veut reformer la Constitution pour permettre à Alvaro Uribe de se faire élire pour la troisième fois consécutive et ainsi ouvrir la possibilité d’une réélection à vie. La théorie impudique selon la quelle les fils du président peuvent faire n’importe quelle affaire du moment que celle-ci n’est pas illégale n’a, dans ce cadre, rien d’étonnant. Cette posture cherche à ignorer tous les contrôles éthiques et moraux de la société et qui plus est dévoile une volonté de cacher toutes les illégalités survenues.

Celui qui ne tombe pas dans les manipulations dont le président est si habile, pourra se rendre compte que, parmi tant d’autres horreurs, ce sont des affaires comme celles du fils du Président qui vont se poursuivre si la réélection a lieu : ce sont ces affaires-là qui vont être réélues.

Jorge Enrique Robledo est sénateur colombien du Pôle Démocratique Alternatif

Source : asocamerlat.org
michelcollon.info


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