Chine : Les révoltés du Xinjiang

vendredi 10 juillet 2009
popularité : 1%

Par Ursula Gauthier

Les violences dans la province musulmane relancent la question des minorités

Malgré l’intervention rapide et musclée des forces de l’ordre, la flambée de violence qui a ensanglanté dimanche la capitale régionale Urumqi est en train de se propager aux autres grandes villes du Xinjiang. Depuis l’annexion, il y a soixante ans, de cette province excentrée grande comme trois fois la France, Pékin surveille comme le lait sur le feu ses remuants habitants, les Ouïgours, turcophones et musulmans.

Les attentats réalisés par des groupuscules extrémistes sont monnaie courante dans ces terres désolées aux confins de l’Afghanistan, du Pakistan et des républiques musulmanes d’Asie centrale. Les autorités chinoises ont d’ailleurs profité du 11-Septembre pour inscrire sur la liste des organisations terroristes les groupes islamistes militarisés qui luttent pour l’indépendance de ce qu’ils appellent le Turkestan oriental.

Avec les émeutes d’Urumqi, c’est le pire cauchemar de Pékin qui se réalise. Car pour la première fois l’exaspération qui fermente depuis des décennies s’est emparée de la rue ouïgoure. Comme en 2008, quand le soulèvement de Lhassa a gâché l’apothéose des JO de Pékin, le ras-le-bol ouïgour risque d’assombrir les festivités qui doivent célébrer dans trois mois la "libération pacifique du Xinjiang" ainsi que le 60ème anniversaire de la fondation du régime communiste.

Le Tibet et le Xinjiang présentent de nombreux points communs : territoires frontaliers immenses en voie de colonisation accélérée par l’afflux massif d’immigrants chinois ; sous-sol fabuleusement riche (le bassin du Tarim, au cœur du Xinjiang, est considéré comme le prochain Golfe) ; provinces "autonomes" peuplées de minorités ethniques qui se sentent religieusement, culturellement et politiquement discriminées ; rejet du modèle chinois de développement.

Confronté à la contagion des protestations, Pékin a le choix entre deux options. Soit, comme on le constate sur le terrain, noyer le pays sous les troupes, contrôler l’information et incriminer les "forces hostiles" extérieures – en l’occurrence Rebiya Kadeer, femme d’affaires qui fut députée en Chine, emprisonnée pour subversion et qui dirige à Washington le Congrès mondial des Ouïgours. Soit se poser enfin la question de l’intégration de ces espaces non han – ce qui suppose d’abandonner les politiques répressives et d’associer les minorités ethniques à une mise en valeur équitable de leurs régions.

Ursula gauthier a vécu dix ans en Chine. elle est écrivaine, journaliste, Grand Reporter au service étranger du Nouvel Observateur, auteure entre autres de "Le Volcan Chinois" , 1998, chez Denoël, collection Documents


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois