Requiem pour 16 928 espèces

dimanche 2 août 2009
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Par Jean-Luc Porquet

On préférerait ne pas savoir, alors on fait comme si on ne savait pas. Tous les quatre ans, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) pond un état des lieux de la biodiversité. Cet organisme n’est pas une petite association folklo d’amis allumés des animaux, mais une très sérieuse institution qui compte parmi ses membres 80 États et encore plus d’ONG. Son rapport quadriannuel sert notamment d’outil de référence aux États, auxquels il permet de hiérarchiser les espèces à sauver en priorité, en mettant en place des "pôles de conservation", par exemple. Certes, c’est mieux que rien, mais "tout reste à faire pour atteindre l’objectif que s’est fixé la communauté internationale, qui est de freiner le recul de la biodiversité en 2010", dit Florian Kirchner, de l’UICN.

"Freiner le recul". On remarque qu’il ne s’agit pas de le stopper, juste de le ralentir. Or, même cela, on n’y arrive pas. Au contraire, l’effondrement s’accélère. Les chiffres du dernier rapport, publié début juillet, sont accablants : ce sont exactement 16 928 espèces d’animaux et de plantes qui sont, aujourd’hui, menacées d’extinction par la pollution, les nuisances industrielles, l’urbanisation, sans compter le réchauffement climatique. Un primate sur deux, un amphibien sur trois, un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, etc. Les autres espèces inscrites sur la "liste rouge" , régulièrement remise à jour par l’UICN (et qui en compte 44 838), voient simplement leur existence "menacée"…

Dans ce rapport, on apprend aussi ce que cela coûterait si cette extinction massive arrivait à son terme : depuis quelques années, les spécialistes de la protection de la nature se rabattent sur l’argument comptable pour essayer de se faire entendre. Vous vous rendez compte, la perte de la biodiversité coûterait 3 100 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale ! Oui, la biodiversité rend des services gratuits à l’homme, voyez l’industrieuse abeille pollinisatrice, voyez les herbes à usage pharmaceutique, etc. Mais cet argument n’impressionne guère, et la disparition de milliers d’espèce passionne moins les médias que celle de Michael Jackson…

Et en France, comment ça se passe ? Pire qu’ailleurs : disposant, outre-mer, de zones très riches et très menacées comme les Antilles, la Polynésie, Mayotte, la Réunion, la Nouvelle-Calédonie, le pays devrait être en pointe. Mais, alors que la Commission Européenne se rend aujourd’hui à l’évidence, et avoue franchement que son objectif pour 2010, non seulement de freiner mais de stopper la chute ne sera pas atteint, les autorités françaises, elles, en rajoutent dans les promesses fumeuses. En mai dernier, Borloo a présenté pas moins de "10 plans d’actions", aux moyens flous, censés parmettre à la France de montrer une fois de plus l’exemple au monde entier, en stoppant chez elle la disparition des espèces d’ici à 2010. Les mouettes se fendent la pêche !

lecanardenchaine.fr N° 4629 du 15 juillet 2009


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