Chirac, je te revois...

lundi 24 août 2009
par  Michel Berthelot
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Mais qu’est donc devenue la belle époque de vos douze glorieuses et le temps béni de vos visites si tactilement inquisitrices pour nos accortes laitières des salons agricoles ! Et où est passée, Cher Jacques, cette impayable période où vous nous faisiez les poches avec une certaine retenue et une maîtrise consommée de l’espièglerie politicarde... Vous qui saviez si délicatement jusqu’où ne jamais aller trop loin.

On appréciait le rythme tempéré auquel vous réformiez : aujourd’hui peut-être ou alors demain. Pas trop vite le matin et doucement l’après-midi... voire seulement à la rentrée suivante, pendant la semaine des quatre jeudis ou carrément quand Giscard aura à nouveau des dents. Ceci contrairement à votre ennemi personnel et faux ami professionnel qui n’a de cesse de s’agiter toujours plus pour tromper encore plus le pauvre monde, comme vous ne l’avez jamais osé en dépit de votre proverbiale malice.

C’est bien simple, nous en sommes réduits à presque regretter vos dérisoires frais de bouche et votre modeste compte bancaire nippon que dissimulait à peine l’inénarrable mascarade sumotori. Et puis franchement, entre le classieux et très rimbaldien « abracadabrantesque » et le méprisable « casse-toi, pauv’con ! », Y a pas photo ! Car c’est une véritable insulte à l’éminente fonction dans l’exercice de laquelle on peut, à la rigueur, manquer de grandeur mais sans aller jusqu’à descendre forcément aussi bas ! Tout comme on tolérait mieux l’affectation très chattemite des ineffables raffarinades qu’on ne supporte actuellement les imprécations intégristes et cassantes du monseigneur Lefebvre de l’honoraire, mais peu honorable, Chanoine de Latran.

Et puis, par l’expression d’un inattendu retour d’affection, vous voici soudainement promu, en cet an disgracieux de vache maigre, grande star estivale, véritable people de saison, le plus salué, le plus sollicité lors de vos apparitions et le plus visé des objectifs de paparazzi. Vous voilà quasiment devenu en ces temps incertains de grippe A, la coqueluche des nostalgiques de ces instants de notre histoire où vous vous gobergiez avec décontraction les mains dans les fouilles à nos frais et à nos dépens, peut-être, mais simplement et modérément en regard du comportement impudent, arrogant et dispendieux de ce funeste hyperactif et sa malencontreuse bande à bonus qui vous ont, à notre grand dam, désavantageusement succédé ! À tel point que nous avons même finalement été bien plus sensibles à votre furtif incident vasculaire cérébral qu’au lourdingue malaise vagal de l’autre surmené du jogging.

Depuis votre retraite, délicieusement azuréenne l’été, grâce à l’accueillant François Pinault et bourgeoisement parisienne l’hiver à la faveur de l’amitié grâcieuse de la famille Hariri, nous autres citoyens modestes et très éloignés de toute embellie sociétale, ne savons plus vraiment où nous habitons, à quel saint nous vouer ni à quel vin nous saouler tellement notre désespoir est profond, notre dépression forte, notre récession abyssale et notre crise majeure.

Et dire que vous nous aimiez ! Hélas, vous ne nous l’avouâtes, et donc nous ne l’appréhendâmes, que lors de vos touchants adieux télévisés. Quel abominable gâchis sentimental ! Pourtant tout au long de votre romantique douzain présidentiel, vous n’en aviez strictement rien laissé transparaître. En effet, comment aurions-nous pu subodorer ce noble sentiment à notre endroit alors que d’évidence vous nous estimiez timorés et couards de voter en majorité non à cette Europe libérale que vous aviez pourtant vous-même si méchamment vilipendée lors de votre fameux discours de Cochin, au cours duquel vous poussiez le bouchon suffisamment loin pour accuser les pro-européens d’être du parti de l’étranger !

Enfin comme je n’ai pas la mémoire aussi sélective et défaillante que ces veaux hexagonaux à l’origine du fameux tracassin gaullien, j’aime à me souvenir que vous avez voté la suppression de la peine de mort et, bien avant cela, créé l’Agence Nationale Pour l’Emploi tellement plus efficace à l’époque du plein emploi d’alors, que notre rutilant mais propre-à-rien Pôle Emploi, dernier cri d’agonie d’aujourd’hui !

Bref, tandis que vous vous désaltérez avec gourmandise d’une rafraîchissante Corona dans une brasserie proche de votre sinécure du Conseil Constitutionnel, flanqué de votre plus fidèle animal domestique, Jean-Louis Debré, nous on boit la tasse et le calice jusqu’à la lie !

Michel Berthelot le 24 août 2009


Commentaires

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lundi 24 août 2009 à 15h12 - par  LOTY

Très beau texte. Quoique étranger, je sens ton désenchantement, cher Michel.

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