L’espoir d’une gauche ni « nouvelle », ni vraiment « à gauche »

mardi 25 août 2009
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Par Michel Soudais

La droite du PS a planté son drapeau à Marseille : « Le moment est venu de dire les choses sans arrière-pensées. » À l’intention de ceux qui ne l’avaient pas encore compris (peut-être parce qu’ils étaient un peu trop en vacances), Vincent Peillon a enfoncé le clou, dimanche, en marge de l’ouverture de la réunion du courant qu’il dirige au sein du PS. Une semaine avant l’université d’été du PS à La Rochelle, « L’espoir à gauche » [1] (un tiers du parti) tenait à Marseille son université d’été. Ou plus exactement ses « premiers ateliers d’été », selon l’appellation officielle choisie à dessein en référence à la Fabrica de Romano Prodi. Objectif : « Accoucher d’une nouvelle gauche. » Pas moins ! Une nouvelle gauche qui inclurait... le MoDem.

Cette question des alliances , que l’on croyait tranchée depuis le congrès de Reims [2], faisait l’objet d’un débat. Y participaient Daniel Cohn-Bendit, la vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez, Robert Hue, qui a récemment créé le Nouvel Espace Progressiste pour retrouver enfin une présidence, et Christine Taubira qui représente plus elle-même que le PRG.

Débat ! Le mot paraît toutefois (à cette heure) inapproprié tant les positions des organisateurs et des intervenants les plus remuants sont voisines. En tout cas, les responsables de « L’espoir à gauche » ont déjà largement exposé leur position.

C’est le 15 août que Vincent Peillon a ouvert le feu, dans un entretien au Parisien : « Toutes les grandes victoires politiques ont supposé l’invention d’un nouveau système d’alliance », y déclarait-il. « Aujourd’hui, nous devons construire avec tous les républicains de progrès une nouvelle alliance majoritaire qui va des communistes au MoDem. »

Pour justifier ce rapprochement avec le MoDem, Peillon a avancé depuis trois arguments :
Le MoDem « a très nettement dit ne pas soutenir la vision de la France de Nicolas Sarkozy ». Il n’a toutefois pas dit soutenir une vision de gauche. En marge des travaux, un des vice-président du MoDem, Jean-Luc Bennahmias, qui participait à un atelier, a d’ailleurs tenu à préciser que son parti « ne fait pas parti de l’union de la gauche ».
« Il a voté la motion de censure avec nous. » Et même plutôt trois fois qu’une. Et alors, est-ce que c’est vraiment un critère ? Entre 1986 et 1988, le FN, qui avait 35 députés, a voté aussi des motions de censure contre le gouvernement de Jacques Chirac avec le PS, le PCF et les radicaux ; nul à gauche n’en avait conclu que l’extrême droite pouvait être utile pour former une alternative au chiraquisme. Aujourd’hui, le MoDem c’est combien de députés à l’Assemblée nationale ? Une demi main devrait vous suffire à trouver la réponse [3].
« Il dirige certaines municipalités avec nous. » Hélàs oui... Et les autres avec l’UMP, il ne faudrait pas l’oublier car c’est même la majorité des communes dans lesquels le MoDem est aux commandes.

Un autre argument plus délicat à manier perce dans le discours de Vincent Peillon et de ses amis royalistes : ce large rassemblement serait « indispensable aux réformes profondes et difficiles » que le PS aurait à « conduire demain » s’il arrivait au pouvoir. Parmi ces « réformes structurelles très importantes à faire », M. Peillon cite naturellement la protection sociale et l’école. Mais n’en dit pas plus.

De l’avenir des retraites, il était justement question dans un atelier, à Marseille. Et la tonalité des propos tenus par les animateurs, notamment le député de l’Ardèche Pascal Terrasse, était assez en phase avec l’expert Jean-Michel Charpin qui avait ouvert la discussion par cette injonction : « Il faut dire clairement et sans état d’âme qu’il faudra travailler plus longtemps. »

S’agissant de l’école, Vincent Peillon s’est prononcé dans le Parisien pour « une refondation républicaine » de celle-ci. Avec Bayrou qui, quand il était ministre de l’Éducation nationale, voulait réhabiliter la loi Falloux, le pari est osé.

Mais à « L’Espoir à gauche » on n’est pas trop regardant sur ce genre de détail.

politis.fr


[1C’est le nom de ce courant issu de la motion de Ségolène Royal au congrès de Reims

[2Benoît Hamon le rappellait lundi matin dans un entretien au Parisien

[3Deux !! François Bayrou et Jean Lassalle


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