Rédaction en ligne
vendredi 26 septembre 2008
Le Parlement européen a rejeté l’idée de mettre de l’ordre dans le statut juridique des blogs, qui avait suscité un certain émoi chez les internautes.
Mais voulant tout de même vous présenter quelque chose, j’ai jeté mon dévolu sur un personnage emblématique de la gauche caviardisée au champagne ! J’ai donc pris l’éditorial de Serge July daté du 31 mai 2005. Aux dernières nouvelles, il a quelques problèmes avec ses lecteurs... Tant pis pour lui et tant mieux pour nous !
Il faut tout de même rappeler son parcours... de façon succinct, rassurez-vous...
Serge July était un homme de gauche très engagé qui est devenu en 1965 vice-président de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France). Il a participé aux mouvements de mai 68 et ensuite il a fait partie des fondateurs de la Gauche Prolétarienne qui fut dissoute en 1972. Par la suite, il est devenu directeur de la rédaction de Libération. Depuis quelques années, il a ses entrées régulières à la télévision...
On peut rapprocher ce parcours de celui de Daniel Cohn-Bendit. Qui ignore le rôle que ce dernier joua en 1968 ? Il était parmi les plus violents pourfendeurs de la société de consommation. Un peu plus tard, il dut s’exiler en Allemagne, notamment pour échapper au service militaire, ce que je ne lui reprocherais certes pas. Mais depuis 2004, il est député au Parlement européen pour les Verts. Mon reproche concerne ses options économiques nettement libérales... (lu dans l’une de ses biographies sur internet).
On peut, on doit se demander comment ces deux hommes (à l’exemple d’une grande partie des soixante-huitards) ont totalement tourné leur veste et pourquoi... C’est inquiétant et laisse songeur... Inquiétant chemin en effet que celui de gens considérés d’extrême gauche devenus des extrémistes libéraux... Ce n’est sans doute pas le charme de l’idéologie néolibérale qui les a convaincus ! Alors quoi ? Je vous laisse répondre... une petite piste néanmoins, les charmes de la télévision...
Mais revenons à l’éditorial de Serge July. Je n’en commenterai bien sûr qu’une partie si je ne veux pas risquer d’être poursuivi en raison des droits d’auteurs. Le site de Libération fonctionne sur un principe très libéral et marchand puisqu’il place ses articles en archives payantes très, très vite... busines is busines...
Editorial - Illusions en perdition
Par Serge JULY - mardi 31 mai 2005 (Libération)
(...) « La question portait en effet sur un traité constitutionnel. On finirait par l’oublier. Elle a intéressé un tiers des électeurs favorables au non, ce n’était de toute évidence pas la motivation principale. »
Combien de réunions publiques Serge July a-t-il suivi ? Combien de sites internet a-t-il fréquentés ? Que connaît-il de notre combat ? Probablement rien de tout cela ! Pourtant, ce monsieur, aurait du savoir que jamais un traité n’aura été un tel succès d’édition ; jamais le peuple français ne s’est intéressé d’aussi près à un texte, parfaitement imbuvable en l’occurrence.
Sans doute Serge July est-il un « expert » et comme eux tous, ne connaît-il rien (ou si peu) à l’affaire dont il s’occupe... Il est vrai, qu’aujourd’hui, être journaliste de ce niveau ne consiste plus à « savoir pour expliquer » mais à délivrer la propagande officielle. A nous d’en tirer les conclusions qui s’imposent !
« Les autres électeurs ont transformé cette consultation en émeute électorale. »
C’est très distingué et semble être proche de l’insulte. En tout cas, cela sonne comme un reproche, et du coup, c’est très comique venant de la part d’un soixante-huitard ayant oublié ses idéaux de jeunesse... Comment ne pas comprendre les jeunes d’aujourd’hui, notamment ces masses d’étudiants qui, avec un bac +5 en poche, sont au chômage et m’affirment dans leur courrier : Les soixante-huitards nous les détestons (et encore, j’adoucis la formule...) Ils ont tout accaparé, ils ont volé notre avenir...
« Une révolte qui va croissant depuis dix ans, quel que soit l’objet du scrutin (...) Ce sont les électeurs de gauche qui, à chaque fois, ont pris la tête de la fronde, qui ont fait la décision, dans un sens ou dans un autre, sans distinction partidaire, pour ou contre les dirigeants de gauche. »
Il y a deux reproches lourds dans cette phrase : La révolte, la fronde et le « sans distinction partidaire ». Pour cet ancien révolté de 68, il n’est pas concevable que le peuple se révolte régulièrement contre le pouvoir. C’est choquant, quoi ! En outre, faute aggravée, nous ne tiendrions aucun compte de l’avis des partis politiques de gauche ! Evidemment, ce n’est pas bien de la part de gens qui se disent de gauche de ne pas obéir aveuglément aux ordres du parti. Hollande a dit de voter Oui, mais nous avons décidé de voter NON... Le peuple ne comprend décidément rien !
« Le substrat de ce soulèvement électoral est connu : depuis 1986, le taux de chômage est plus ou moins au-dessus ou en dessous des 10 % de la population active. Au cours des dix dernières années, un actif sur trois aura été confronté au chômage. Un Français sur cinq reste sans formation. »
Ici, les insinuations sont clairement insultantes. Nous aurions voté NON parce qu’un grand nombre d’entre nous est passé par le chômage (forcément, ça rend stupide !) et parce qu’un Français sur cinq reste sans formation ! Autrement dit, un Français sur cinq est un ignare ! Typique de la mentalité des élites que nous avons massivement rejetées dimanche.
« (...) Mais les électeurs utilisent les scrutins comme des radio-crochets. Même si les dirigeants politiques français ont tendance à se défausser sur l’Europe, l’Europe n’y est pourtant pour rien. »
Une belle lapalissade, non ? Evidemment que l’Europe n’y est pour rien ! Et c’est bien pour ça que nous avons voté pour l’Europe par notre NON ! Nous avons rejeté l’élite, rejeté ceux qui décident à notre place, mais surtout nous avons rejeté un système économique criminel. Donc, nous avons choisi l’Europe !
« On peut être en effet un pays d’Europe, mieux, être profondément social-démocrate comme la Suède, et réussir à faire baisser le taux de chômage de manière drastique. C’est possible, en modernisant le modèle social. »
J’aimerais bien savoir ce que Serge July entend par « moderniser le modèle social »... C’est du pur Sarkozy ou Seillière et l’on sait par quoi ça passe : destruction du droit du travail. Justement ce que, entre autres, nous avons rejeté dimanche...
« La France a tout faux, puisqu’elle a un taux de chômage record marié à un record d’imposition. »
Une autre thèse est possible Monsieur July : N’est pas la France qui est l’un des pays les plus accueillants pour les actionnaires étrangers, notamment les fonds de pensions américains ? Or ce sont ces actionnaires qui réclament 15% (au minimum) de retour d’investissement. Que cela signifie mettre les gens au chômage, n’est pas leur problème. Mais ce devrait être le vôtre, si du moins vous voulez être autre chose qu’un relais idéologique de ces profiteurs !
« La qualité des hommes est évidemment en question, la médiocrité affleure là où les plus talentueux n’ont pas résisté, parce qu’ils n’ont pas su se débrouiller avec les grands mythes fondateurs de l’après-guerre qui résistent et qui ont fini par les engloutir. »
Les résistants et le CNR n’ont pas fini d’entendre des reproches plus ou moins voilés venant des nantis qui se considèrent spoliés par les lois sociales issues de la résistance. On sent, par cette phrase, tout le poids de mépris, voire de haine contre l’œuvre magnifique de la résistance qualifiée par July de « mythe ».
« La France a hérité des « trente glorieuses », un certain nombre de convictions cristallisées en principes structurants que les démagogues caressent inlassablement : alors « l’Etat pouvait tout », assurait le plein-emploi, alors la France décidait et pesait toute seule dans le monde, alors la France était la mère intransigeante de l’Europe et y faisait la loi, quand la mondialisation n’avait pas encore bousculé tous les centres de pouvoir. »
Je conçois que pour des nantis du genre de Serge July, la mondialisation n’ait que des charmes ineffables... Mais souffrez, Monsieur July, que nous ne partagions pas votre point de vue. Il serait d’ailleurs plus juste de cesser de parler de « mondialisation » là où il n’y a que prise de pouvoir illicite par les milieux de la grande finance ! Ce contre quoi nous avons aussi voté NON...
« Depuis plus de vingt ans, pour ne pas dire trente, la facilité consiste à maintenir tant bien que mal les statu quo, à bétonner les lobbies et les corporations, à ne changer qu’à la marge. Les évolutions sont subies, jamais maîtrisées, jamais revendiquées. Le monde réel semble avoir perdu toute consistance ».
Serge July est tout acquis aux thèses néolibérales pour ne pas dire ultralibérales. C’est bien sûr son droit, mais cela ne l’autorise pas d’une part à vouloir nous imposer sa façon de penser et encore moins à nous insulter lorsque nous lui répondons NON ! Il affirme « la facilité consiste à maintenir tant bien que mal les statu quo, à bétonner les lobbies et les corporations, à ne changer qu’à la marge » ! Cette marge, Monsieur July, ce sont les millions de chômeurs qui crèvent de par le monde ! Le monde réel dont vous parlez est le monde de la misère ; le monde virtuel est celui que vous soutenez, dont vous faites la promotion et dont vous êtes l’un des bénéficiaires. Ce monde, votre monde virtuel, nous n’en voulons pas et nous avons jeté notre réponse à la face des puissants, ce dimanche ! Et c’est cela qui vous chagrine !
« Le non du 29 mai ressemble une fois encore à un manifeste pour que le monde se fige, pour freiner à tout prix le déchaînement des forces qui bousculent irrésistiblement le monde. »
Le déchaînement des forces qui bousculent irrésistiblement le monde ! Il se croit au cinéma, Serge July ! C’est « Star Wars », c’est « Le Seigneur des anneaux » ! C’est tout ce qu’on veut, mais c’est surtout et encore insulter l’immense masse d’humains qui souffre du vol permanent pratiqué par les promoteurs et profiteurs de l’idéologie néolibérale. C’est lamentable d’égoïsme et d’orgueil !
« Il y a une tentation du repli protecteur dans le vote du 29 mai, pour tenter d’échapper à une insécurité sociale, urbaine, mondiale. »
Sait-il, Serge July, ce que veut dire « souffrir » ? Non, à l’évidence ! Cette connaissance lui aurait évité d’insulter les plus pauvres...L’ignorance, chez des prétentieux, fait des ravages... Quand on ne sait pas, quand on ne cherche pas à savoir ce que veut dire « souffrir » on a au moins la décence de se taire !
« (...) c’est qu’il donnait des armes pour contrebalancer l’ultralibéralisme (Ndlr : le TCE), pour réguler le marché, pour socialiser l’Europe. Tout ce dont on vient brutalement de se priver. Et ce sont les mêmes électeurs qui réclament des armes contre le tout-libéral, et qui viennent pourtant de détruire ce qui leur était proposé. »
Un peu d’odieux ne fait pas de mal... Petit rappel à Serge July : Ce qui nous était proposé c’est ça : « une concurrence libre et non faussée »... le reste, c’est un discours creux et sans la moindre crédibilité !
« D’abord, l’idée que la France pèse encore d’un poids si considérable que l’Europe va naturellement offrir aux Français un nouveau texte. Nos concitoyens oublient que nous sommes 450 millions d’Européens, dont vingt-quatre autres pays qui ne dépendent pas de nous, qui ont leur mot à dire. »
Et Serge July oublie, lui, que très peu de peuples sont consultés. Ce sont, majoritairement, les parlements à la botte des pouvoirs qui décident ! Ce qui n’a, évidemment, aucune signification démocratique tant ces parlements ne réfléchissent plus et n’ont plus d’autres raisons d’être que d’obéir aveuglément ! Là où les peuples votent, il y aura des différences ! En France, c’est fait, aux Pays-Bas, ce sera probablement NON (on verra demain...). Il est probable que le mouton noir se reproduira, ici ou là...
« Il ne se trouvera personne pour vouloir renégocier ».
Certes, les gouvernements actuels, tous libéraux de droite ou de gauche, ne voudront pas négocier. Cela ne leur est d’ailleurs pas possible tant ils sont inféodés à la pensée unique ; ils n’ont plus la capacité ni la volonté de négocier autre chose que leur intérêt personnel et celui des multinationales chères à tonton Bush... Mais contrairement aux peuples, ils n’ont qu’une durée de vie relativement courte... heureusement...
« L’autre illusion : le traité a été rejeté parce que l’Europe paraissait être le fourrier du libéralisme. Bingo : les partisans du non ont gagné, non seulement la partie III du traité qu’ils contestaient mais qui va s’appliquer, le calamiteux traité de Nice ».
Si j’étais Jospin ou Chirac ce perpétuel rappel d’un traité de Nice calamiteux me gênerait aux entournures. Car enfin, ce sont eux qui l’ont signé au nom de la France, qui plus est sans nous demander notre avis ! L’ont-ils signé le couteau sous la gorge ? Et puis, si l’équipe Giscard a cru bon de l’intégrer au TCE, c’est qu’elle ne le trouvait pas si néfaste que ça ! Il serait intéressant, par ailleurs, de lire ce qu’en disait July au moment de la signature du traité de Nice par Jospin... mais les archives de Libé n’entrent pas dans mon modeste budget... Alors si un lecteur a des traces, ce serait intéressant de nous les communiquer...
« ...le calamiteux traité de Nice qui empêche à peu près toute décision européenne, mais aussi le triomphe de Tony Blair et de sa conception très libérale de l’Europe, autrement dit plus de libéralisme et moins de régulation. C’est triste à pleurer. »
Serge July n’a visiblement rien compris au mouvement de fond qui vient de se construire en France...Cela me rappelle la période prérévolutionnaire durant laquelle les nobles, de toute l’Europe, n’ont rien compris non plus...
Ce NON est le début d’une révolte qui n’est pas appelée à s’arrêter de si tôt. Nous savons que le combat sera long et sans doute très rude, qu’il y aura des hauts et des bas, mais nous le mènerons. Et, il faut le dire, la façon dont la télévision et la presse, notamment Libération, juste après les politiciens vaincus, ont dénigré, renié, transformé et diffamé notre NON ne peut que nous encourager à aller plus loin et aller au bout de cette guerre contre le néolibéralisme...
Pour finir, je proposerais bien que les lecteurs de Libération et pourquoi pas d’altermonde, envoient à ce pauvre July une montagne de mouchoirs en papier pour essuyer les traces de ses chaudes larmes... et le consoler ainsi de son gros chagrin...