Identités...

mardi 18 octobre 2016
par  Béhémoth
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Par Béhémoth

« Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement quelque part. C’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup et chaque jour plus définitivement. » (Rainer Maria Rilke)

Petite, mon père m’avait emmenée voir « Kim » au cinéma : le roman de Kipling agencé à la mode hollywoodienne de l’époque, avec Errol Flynn en vedette ! J’avais adoré. Moins Errol Flynn d’ailleurs, que le jeune garçon basané du rôle-titre, les paysages, les bribes de langue indienne, enfin tout un chatoyant folklore des mille et une nuits… de pacotille, sûrement. Kim était sans doute un petit américain passé au brou de noix déambulant dans un Bénarès reconstruit en studio où des figurants enturbannés baragouinaient un « indi » improbable.


Mais dans ma tête de petite fille blonde, une certitude était née : j’appartenais forcément à ce pays, à ce monde-là. Mon père, brun aux yeux noirs, par chance, ne pouvait qu’être issu mystérieusement de « là-bas »… Et moi, sa descendante, j’en portais fièrement les marques imaginaires… Plus tard, l’Inde, celle de Gandhi, de Satyajit Ray s’est superposée à ce merveilleux premier regard, sans du tout l’effacer.

Et en grandissant, d’autres racines ont surgi : celles d’autres indiens, ceux d’Amérique, des grandes plaines du Nord de l’Altiplano bolivien. Il suffisait, il suffit encore, d’un documentaire, d’un film, d’une voix flottant au-dessus des tambours, d’une raucité de zampoña pour que les larmes me montent aux yeux, que mon cœur batte plus vite et que je murmure en moi-même « Mon Peuple ! ».

Même vieille, comme je suis maintenant, il m’arrive qu’une bouffée d’un hypothétique sang irlandais rougisse vigoureusement mes joues à l’écoute des claquements de talonnettes des « River Dance », alors que le flamenco d’une Espagne souvent côtoyée me laisse imperturbable. Et que dire de l’émotion profonde à fouler les pavés de Kiev où Boulgakov a tant marché ? Et que dire de tous ces lieux approchés « en vrai » ou en images et où déambulent tant de frères de sang potentiels ?

C’est vrai que je n’aurais peut-être pas pu vivre dans tous ces « là-bas » : l’accent lyonnais, le granit, les châtaigniers ardéchois me sont physiquement nécessaires comme les bambous aux pandas ou les marigots aux caïmans. Mais dans mon petit cerveau d’humanoïde, que de musiques, de langages, de mythologies tressés, imbriqués, inséparables…

J’appartiens à une patrie mosaïque, bâtie avec passion et minutie au hasard des rencontres de ma vie. Et est-ce que chaque « personne » ne construit pas jour après jour son appartenance singulière aux mondes de son choix ? Alors… C’est quoi une « identité nationale » ?

Béhémoth


Commentaires

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Identités...
mardi 18 octobre 2016 à 16h32 - par  jepelia

Comme dirait mon voisin :"Ah les racines, mes poireaux, tu les plantes n’importe ou et ils poussent".
N’est-on pas comme les légumes ?.

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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info