Volontariat Nicaragua : comment et pourquoi ?

dimanche 20 décembre 2009
par  flyingfish
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je viens de rejoindre blueEnergy qui installe sur la côte Est des énergies renouvelables et des filtres á eau.

Bonjour les Alter lecteurs,

Par où commencer pour pouvoir vous intéresser ? Je me dis que si vous arrivez sur cette page ce n’est pas un hasard. Soit que le Nicaragua vous inspire, soit que l’Amérique Centrale ou Latine ne vous laisse pas indifférent(e)s… mais peut-être connaissez-vous mieux ce pays, ce continent, que moi d’ailleurs ? Il se peut également que ce soit le volontariat, la solidarité Nord-Sud qui vous aient amené à lire ces lignes. En ce domaine non plus, mon expérience ne fait pas référence : il s’agit de mon premier contrat (le mot « mission » a pris une sombre connotation). Mais quel que soit le chemin que vous ayez pris, il est hors des sentiers – des autoroutes - qu’a battu la presse conventionnelle ou que les médias de masse rabâchent (rêves caribéens photogéniques, sermons européens contre la violence passée et actuelle : paternalisme-mains-propres dans sa nauséabonde splendeur, considérations ethnocentrées autour de l’abnégation des bénévoles ou/et absence de questionnement quant á leurs rôles, voire commentaires ignorants pathétiques autour, leur chance d’être au soleil loin de la crise !...).

C’est de vos chemins, de mon chemin, que je voudrais parler, dans ce premier article


Je suis engagée pour un an dans une ONG - sous le statut de Volontaire de Solidarité Internationale - qui officie sur la côte Est du Nicaragua. J’aimerais exprimer mes impressions et partager cette expérience pour participer à la valorisation de nos engagements et désembuer la vision du volontariat qui prend mode pour le meilleur autant que pour le pire. Je voudrais, bien sûr, aussi, rendre à la côte ce qui appartient à la côte, consciente de mon impuissance mais désireuse de faire entendre une voix pour Elle, à défaut de faire entendre la sienne. Tant de villages ravagés, de familles dévisagées, de langues tuées et de territoires déshérités… Et puis, de manière plus spécifique, je voudrais promouvoir le travail de mon ONG : blueEnergy, les techniques, les méthodes, les outils, les répercussions… les fruits de notre labeur. Peut-être même trouver des mécènes, des sponsors, des donateurs… de l’aide quoi ! Il n’y en a jamais trop.

Mais je veux commencer par le commencement : comment suis-je arrivée ici ?

La définition du hasard est toute subjective et relative, je ne tenterai même pas d’en proposer une. C’est par hasard que j’ai trouvé blueEnergy sur Internet. J’étais à Paris et m’y ennuyais ferme, je devais y travailler pour me permettre de repartir en voyage. Une urgence familiale me faisait soudain quitter la ville et interrompre ma quête alimentaire (secrètement je m’en réjouissais !) ; or, pour une série de démarches administratives, j’étais tenue de passer encore une semaine dans la capitale. Alors, je me suis enfin décidée à faire une chose à laquelle je pensais depuis des années : rejoindre une association de mon quartier qui œuvre dans « mon » sens. C’est-à-dire, mettre un peu de cohérence dans ma présence parisienne, au lieu de me plaindre de ce qui me choque, heurte ou dégoute, j’allais le combattre ou l’embellir, à ma toute petite échelle (mais, même dans les limites de cette échelle, je pouvais prendre de la hauteur et garder la tête hors du marasme qui me guette en mégalopole : les « travailler plus pour gagner plus », les « une petite pièce ou un ticket resto » du métro, les amis sans-papiers, les amis squatteurs, mes désillusions d’étudiante, le bruit, la pollution, la merde dans nos assiettes, les prix de cette merde ! Et puis surtout le manque de couleurs et de simplicité, la méfiance et les leitmotivs d’insécurité… Sur ma toute petite échelle je voulais grimper afin de ne pas boire la tasse d’aigreur enragée avec laquelle il m’était arrivé une fois de m’étouffer par inadvertance. Impossible de reproduire la sottise de tenter d’être ce que je ne suis pas (pour satisfaire mes proches ou par simple lâcheté - ne surtout pas explorer ses inspirations et désirs alternatifs - l’immense bêtise de se battre contre des moulins à vents et s’épuiser pour rien…)

Je tente d’écrire qu’au bout de quelques départs et quelques retours, il est devenu clair que je suis moi autant « là-bas » qu’ « ici » mais qu’ici c’est un peu plus ambigu à cause des tonnes de compromis (ou peut-être pas des tonnes, finalement ?) à faire. Si je pars je ne fuis pas pour autant, et si je reste c’est aussi un choix. Pour cela il me fallait mettre de la consistance dans mon Paris, je devais vivre la ville et l’aimer plutôt que la subir et la supporter. J’ai choisi d’être heureuse, j’ai choisi de faire sens (au moins par rapport à moi-même).

J’avais donc CHOISI de revenir. Puis, très récemment, de repartir (projets et phantasmes africains), entre les deux, je voulais être sereine et vivre l’instant. Pour cela je devais progresser dans mes engagements (beaucoup d’actions personnelles à l’utilité microscopique dans le passé, beaucoup d’unions immatures ou récupérées par des mouvements qui ne me convenaient pas). Cette fois, je voulais juste me mettre au service d’une cause déjà structurée, quelques heures par jour avant de partir, et ainsi faire évoluer un peu aussi la perspective de mes prochains retours. Sans compter la famille, que je finissais enfin par savoir identifier comme une racine et une priorité (il aura fallu des années et des kilomètres !). L’approche de Noël, les projets de retrouvailles… Bref, j’étais bien ancrée en France au moins jusqu’au mois de mars. Il semble que je divague mais en fait c’est que mon chemin est aussi bête : aller très loin et dans tous les sens pour arriver a soi : la famille, la cohérence, la paix intérieure, la joie… enfin le besoin (enfin la capacité) de construire quelque chose.

Mon quartier c’est le 13ème arrondissement de Paris. Le siège social de blueEnergy se trouve dans cet arrondissement. C’est pourquoi cette association figurait sur la liste de la mairie. Mais les informations étaient juste suffisantes pour éveiller ma curiosité. Je téléphone. Répondeur. Je me rends compte que je ne sais pas quoi dire. Laisse mon numéro. Puis oublie (les démarches, les soucis chez mes grand-parents et ma maman). L’on me rappelle, me donne une série d’informations sur les modalités de postulation. Sans trop comprendre/réfléchir, je remplis un questionnaire, envoie un CV. Je suis toujours ancrée. L’on me fait rencontrer Arnaud - un ancien volontaire, maintenant trésorier et responsable du recrutement des français. Puis Hervé - qui est au Nicaragua mais avec qui je communique par skype. Je ne sais pas quoi penser, plus j’en apprends plus ça m’inspire… l’ancre dérape à mon insu mais je suis occupée et n’ai pas d’argent pour être bénévole et assumer mes frais pendant un an. Et puis il y a Noël, ici : je suis déjà si peu présente, ils sont déjà si vieux…

Je suis chez mes grand-parents, justement, quand je me rends compte que je veux aller au Nicaragua pour/avec blueEnergy… deux trois semaines de silence radio que j’interprète comme une incompatibilité entre ce que je peux apporter et ce dont blueEnergy a besoin. Début novembre, je retrouve Hervé par skype, audio conférence avec Guillaume qui est l’un des fondateurs de l’ONG et le directeur permanent à Bluefields. Une heure de conversation français, anglais, espagnol. Il est minuit quand je raccroche. Papy et Mamie avaient baissé la télé… ils attendent le verdict. Les secondes s’égrainent, lourdes et aigres-douces, entre l’ordinateur et la salle où je les rejoins. Je souris. J’y vais. Ils ont compris. Pas moi.

C’est plus tard dans la nuit que je réalise qu’en fait ça coule de source : j’y vais parce que ça fait sens, c’est cohérent et ça rend serein d’être en accord avec soi. L’Afrique attendra (en réalité l’Afrique ne m’attend pas, c’est moi qui attends, je sais que j’irai plus tard). J’y vais parce que je le peux (blueEnergy assume l’avion, le logement et la nourriture ; mes papiers passent les frontières, j’ai la santé et, apparemment, les compétences requises), parce que j’aime voyager, parce que j’ai besoin d’apprendre et de participer de manière moins solitaire et plus organisée à cet autre Monde dont je rêve sans plus la moindre pudeur.

Je suis fière de faire ce que je fais. Pas parce que c’est mieux que ce que font Ceux qui ne font pas comme moi (!) mais parce que c’est un des choix qui fait que je suis moi.

Mon chemin jusqu’à la côte Est du Nicaragua est passé par tous les continents et tous les sentiments, mon esprit s’est fourvoyé et je crois qu’il est sur de bons rails à présent, mais en sortie de gare à peine. Mon corps a grandi avec mon âme, je deviens ce que je suis. Ce n’est pas un hasard si je suis tombée par hasard sur blueEnergy ! Je travaille volontairement, pas pour gagner de l’argent mais équilibrer un peu la balance entre le Nord et le Sud autant que celle entre mes propos et mes actes, pour rencontrer des gens qui ont des sensibilités proches des miennes et avec qui je crois pouvoir être « mieux utile/efficace », enfin pour mettre à l’épreuve pratique toutes ces idées et ces concepts qui avaient inondé mon œuf, pendant la gestation de mon devenir.

Ce que je veux faire c’est ce que je veux être, je n’ai jamais trop su ce que je voulais faire de moi (à part TOUT). Il s’agit d’un nouveau départ et d’un tournant important : une affirmation de mon identité, il s’agit d’une éclosion.


Commentaires

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Volontariat Nicaragua : comment et pourquoi ?
dimanche 20 décembre 2009 à 08h16 - par  Gilles Lecoq

Bonjour flyingfish,

Bravo, quelle bouffée d’oxygène, quel espoir retrouvé. Du coup,je suis allé voir le site de Blue Energy, j’y ai retrouvé quelques noms que je connaissais déjà, notamment H.Piggott et ses éoliennes, étant quelque peu féru de ces moulins à vent. Le reste est tout aussi passionnant que votre engagement est formidable.
Merci pour ce choix.
G.Lecoq.

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mercredi 3 février 2010 à 17h23 - par  flyingfish

Bonjour Gilles,

merci pour ce message qui me touche.
Je crois que les modeles de Hugh Piggott sont tres appropriés a nos besoins et nos possibilités/capacités ici. Mais ne fais pas partie des ingénieurs ou mécanos de blueEnergy (davantage du côté anthropologique de notre travail)... suis fascinee cependant par toutes ces constructions et tente de trainer a l’atelier aussi souvent que possible, ne désepérant pas de laisser les concepts plus souvent pour participer davantage aux designs plus manuels etc.

Si tu as des suggestions ou des commentaires sur les modeles choisis, d’autres inspirations peut-être ou des expériences différentes, je te serais reconnaissante de m’en faire part sur ce forum ou sur mon blog (je peux aussi te donner mon adresse électronique). Je tente d’apprendre et me préparer á, un jour, construire moi-même ma petite éolienne (avec ou sans blueEnergy) et pourquoi pas d’autres pour les copains aussi ?... toutes les sources d’informations sont enrichissantes, tous les conseils peuvent servir un jour.

Mon engagementr n’est pas formidable, il était juste nécessaire de le mettre en pratique pour me sentir bien avec moi. Mais tes mots font plaisir, je crois que j’avais entre autre envie de faire savoir au Monde que je suis en train de me trouver, que je fais quelque chose qui compte pour moi et pour d’Autres aussi... merci donc pour ton encouragement, il atteste que le Monde m’entend et me comprend !

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