Mort pour une bière

mardi 12 janvier 2010
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Ce genre de forfait abominable n’a pas de nom. Ces homicides, qu’on dit pudiquement involontaires ; ces morts prétendument sans intention de les donner, sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus nombreuses. Elles sont commises par des crapules assermentées qui se prennent pour des zorros de quartier persuadés, à l’exemple de nombreux faits précédents, de l’impunité totale et permanente. Car en tout état de cause ce ne peut être acte d’agents de sécurité responsables et respectueux de leurs concitoyens, fussent-ils délinquants à la petite semaine. A priori l’homicide est bien plus grave, abject et répréhensible que le chapardage de bouteilles de bière. Honte donc à cette minable et triste engeance, trop souvent couverte par l’employeur ou l’autorité administrative. Dans leurs déclarations les politiques ne conçoivent et ne stigmatisent l’abomination que dans l’acte d’un lycéen meurtrier mais jamais dans ceux de vigiles assermentés détraqués ou d’agents de l’État dévoyés ! C’est très significatif d’une époque et d’une société. (Michel Berthelot)


Par Alice Arfi

Pour avoir volé une bouteille, Michael Biaise, 25 ans, a perdu la vie. Les vigiles du supermarché qui l’ont brutalisé risquent vingt ans de prison.

Le corps de l’homme qu’ils pressaient contre une table était sans vie. Il aura fallu du temps aux vigiles de Carrefour pour s’en apercevoir. Six minutes exactement, que le vice-procureur de la République de Lyon qualifiera d’« insupportables » après avoir visionné les enregistrements de la scène par des caméras de vidéosurveillance. Six minutes qui ne laisseront pas la moindre chance à Michael Biaise, 25 ans, d’être réanimé. Le jeune homme, déjà plongé dans le coma, décédera le lendemain à l’hôpital.


Lundi 28 décembre, quatre vigiles repèrent ce garçon dans les rayons de l’hypermarché Carrefour d’un centre commercial du centre de Lyon. Il a, selon la défense des vigiles, cassé une bouteille de bière et en a volé une autre. Les agents de sécurité diront plus tard qu’ils connaissaient ce jeune homme. Qu’ils auraient déjà eu maille à partir avec lui quelques jours plus tôt, le 23 décembre. Il est pour eux « un voleur par habitude ». C’est d’ailleurs ce qu’ils lui reprocheront sous l’oeil des caméras dans l’exigu local de contrôle où ils l’ont emmené après son interpellation dans les rayons. Avant de l’immobiliser sur la table, ils le plaqueront à plusieurs reprises violemment contre un mur. Ils diront aussi durant leurs auditions que Michael Biaise était excité et semblait éméché. Version reprise par la direction de Carrefour. Mais contredite par les bandes vidéo et le rapport d’autopsie. Michael Biaise apparaît au contraire « calme », selon le parquet. Il n’a dans le sang aucune trace d’alcool ni de psychotrope. Les quatre vigiles ont été mis en examen pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner », crime passible de vingt ans de prison.

Il n’y avait aucune raison pour que cette intervention, banale pour ces agents de sécurité, dérape. Dans cet hypermarché Carrefour, chaque jour, sept personnes en moyenne sont ainsi conduites dans le local de contrôle après des suspicions de vol, des altercations ou des dégradations. Soit plus de 2 000 par an. Les quatre agents ne sont pas des débutants. Le plus jeune a 32 ans, il est vigile depuis six ans chez le même employeur, la société privée Byblos, principal sous-traitant sécurité de l’hypermarché. Il travaille pour Carrefour depuis 2008. Le second salarié de chez Byblos a 39 ans, sept ans d’expérience, dont quatre ans dans ce magasin. Les deux autres font partie des rares agents directement salariés par Carrefour. L’un a 35 ans, huit ans d’ancienneté. Le dernier a 50 ans. Son cas est, de loin, celui qui pose le plus de questions. Responsable des agents de sécurité du magasin, il dirigeait l’équipe ce jour-là. L’homme travaille chez Carrefour depuis 1981.

Il est par ailleurs formateur d’agents de sécurité pour l’obtention de l’agrément professionnel. Sur les vidéos telles qu’elles ont été racontées par Jean-Pierre Dages-Desgranges, le vice-procureur de la République, un des deux salariés de Carrefour maintient la tête et le dos de Michael Biaise sur la table. Les trois autres immobilisant ses bras et ses jambes. Scène d’une violence démesurée, selon le vice-procureur. Scène « qui aurait semblé banale si un homme n’était pas mort », plaide Me David Metaxas, avocat des deux salariés Carrefour. D’après lui, les agents n’ont eu que « des gestes professionnels ». Me Gabriel Versini, l’avocat des deux agents salariés par Byblos, rappelle de son côté que les vigiles savaient parfaitement qu’ils étaient filmés et « ne se sont pas tous rendus compte de ce qui se passait ». Le soir des faits, la police, qui avait mis cinquante minutes à arriver après le premier appel des vigiles, va visionner les bandes. Elle ne trouve alors rien à redire. Les quatre vigiles rentrent chez eux.

Pendant ce temps, Michael Biaise s’éteint, seul, sur son lit d’hôpital. Sa famille ne sera prévenue que le lendemain, après que le décès est officiellement prononcé. Là encore, il aura fallu du temps. Michael Biaise avait sur lui sa carte d’identité, sa carte de sécu, son téléphone. « Pourquoi a-t-on attendu si longtemps pour nous informer de ce qui s’était passé ? » s’interroge Rony Gildard, un de ses cousins vivant lui aussi à Lyon. Aujourd’hui, les proches de Michael Biaise expliquent que ce jeune garçon de 25 ans « mort pour rien » n’était pas le marginal alcoolisé et voleur dépeint par la défense de Carrefour. « Ça a été terrible pour nous d’entendre toutes ces choses fausses dites sur lui juste pour tenter de justifier une mort injustifiable », explique Rony Gildard. Michael Biaise, raconte-t-il, avait eu de graves problèmes de dépression après la mort de son père il y a trois ans.

Depuis, il était placé sous tutelle financière et vivait dans un foyer, où, peu à peu, « il avait réussi à remonter la pente ». « Il avait des projets pour cette année, il voulait prendre un appartement avec sa copine, et suivre une formation de cuisinier. » Par ailleurs, précise son cousin, « il n’avait pas besoin de voler, il avait de son héritage plusieurs milliers d’euros sur son compte en banque ». Le corps de Michael Biaise doit être enterré en Guadeloupe, où vit toujours sa mère.

Alice Arfi

hebdo.nouvelobs.com


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Brèves

Sans papiers

mardi 3 juillet 2007

Selon le quotidien O Globo, les autorités brésiliennes ont infligé une amende à la compagnie Alitalia pour avoir transporté deux voyageurs sans papiers, arrivés à Sao Paolo le 9 mai dernier.

Le premier, connu sous le nom de Benoît XVI, s’appelle Joseph Ratzinger.
Le second, Tarcisio Bertone, est secrétaire d’Etat du Vatican.
Ni l’un ni l’autre n’avait songé à emporter son passeport.
O Globo ne précise pas si les deux clients d’Alitalia avaient subi le contrôle de sécurité au départ de Rome.

Les photos montrent pourtant, très distinctement, un objet métallique assez volumineux, en forme de croix, sur la poitrine de l’un et de l’autre.
Il serait étonnant qu’à leur passage le portique n’ait pas sonné.
A-t-on procédé alors à une fouille manuelle ?
Les longues robes des deux voyageurs - blanche pour le premier, noire avec une ceinture rouge pour le deuxième - devaient bien cacher quelque livre subversif.

Peut-être même le plus subversif de tous : celui qui invite à aimer ses ennemis, tendre l’autre joue et accueillir l’étranger, même sans papiers.

Transmis par Linsay

rougemidi.org

Martin Hirsch a des absences...

mercredi 27 juin 2007

Reçu de Daniel Deriot

Mercredi après midi, près d’une centaine de familles de mal logés de PARIS ont envahi un amphithéatre du Conservatoire National des Arts et Métiers,ou se déroulait un colloque intitulé "travailleurs pauvres et action sociale : nouvelle question sociale ? de l’impensé vers l’action..."Le Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, M.Martin HIRSCH aurait dû conclure cette rencontre, mais il ne s’est pas déplacé.

Alors que se terminait le quatrième mini forum de ce colloque organisé par l’École Supérieure de travail Social de PARIS, près d’une centaine de familles ont envahi un amphithéatre du C.N.AM (Paris 3éme) et ont déployé une banderole sur laquelle l’on pouvait lire "Mal logés en colère, non aux expulsions ". Les manifestants souhaitaient attirer l’attention de M.HIRSCH qui n’est autre que l’ancien président d’EMMAUS FRANCE sur les conditions de logement que rencontrent un nombre croissant d’habitants de l’Ile de France.

Le tout nouveau haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté ne s’est pas déplacé, il devait conclure ce colloque de deux jours qui a regroupé des étudiants, des chercheurs et acteurs de l’action sociale autour des thèmes de la nouvelle pauvreté, de la valeur travail et de la construction du lien social... Les participants ont néanmoins mis à profit la fin de ces deux jours pour nouer des liens avec les familles en difficultés qui entendaient faire droit à leurs revendications avec une certaine détermination.