La compassion d’Israël en Haïti ne peut cacher notre laideur à Gaza

samedi 23 janvier 2010
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Par Akiva Eldar

Qui a dit que nous étions enfermés dans notre bulle de Tel Aviv ? Combien de petites nations entourées d’ennemis ont-elles monté des hôpitaux de campagne à l’autre bout du monde ? Donnez-nous un tremblement de terre en Haïti, un tsunami en Thaïlande ou un attentat terroriste au Kenya, et le bureau du porte-parole de Tsahal triomphera. Il y a toujours moyen de trouver un avion-cargo et d’y embarquer des journalistes des armées pour qu’ils parlent de notre belle jeunesse du Commandement de la Protection Civile.
Tout le monde fait un travail vraiment formidable : les sauveteurs, qui recherchent des survivants ; les médecins, qui sauvent des vies ; et aussi les reporters, qui leur tapent dans le dos comme il se doit. Si Danny Ayalon, sous-ministre des affaires étrangères, est devenu le visage que nous montrons au monde, toute la communauté internationale voit maintenant le bon côté d’Israël.

Mais cette remarquable empathie avec les victimes de la terrible tragédie de la lointaine Haïti ne fait que souligner l’indifférence pour les souffrances que continue à endurer la population de Gaza. À juste un peu plus d’une heure de route des bureaux des principaux journaux d’Israël, 1,5 million de gens sont assiégés sur une île déserte depuis 2 ans et demi. À qui cela importe-t-il que 80% de ces hommes, femmes et enfants qui vivent si près de nous soient tombés sous le seuil de pauvreté ? Combien d’Israéliens savent-ils que la moitié de tous les Gazaouis ne peut pas s’en sortir sans assistanat, que l’opération Plomb Durci a fait des centaines d’amputés, que les eaux usées s’écoulent des rues dans la mer ?

Le lecteur de journal israélien sait qu’un bébé a été tiré des décombres de Port-au-Prince. Peu ont entendu parler des tout-petits qui dorment dans les ruines de leur maison familiale à Gaza. L’interdiction que fait Tsahal aux reporters d’entrer dans la Bande de Gaza est une excellente excuse pour nous mettre la tête dans le sable des plages de Tel Aviv. Les bons jours, les rapports qui font réfléchir —qu’amassent sur la situation à Gaza les organisations pour les droits humains comme B’Tselem, Gisha (Centre Légal pour la Liberté de Mouvement) et Médecins pour les Droits Humains-Israël— sont relégués en dernière page des journaux. Pour se faire une idée de ce que veut dire vivre dans la plus grande prison du monde, il faut oublier Big Brother et zapper sur une chaîne étrangère.

La catastrophe d’Haïti est une catastrophe naturelle ; celle de Gaza est l’œuvre peu reluisante de l’homme. Notre œuvre. Tsahal n’envoie pas des avions-cargos bourrés de médicaments et de matériel médical à Gaza. Les missiles qu’y a tirés l’Armée de l’Air Israélienne il y a un an ont frappé presque 60 000 maisons et usines, et changé en ruines 3 500 d’entre elles. Depuis, 10 000 personnes vivent sans eau courante, 40 000 sans électricité. 97% des usines de Gaza ne fonctionnent pas en raison des restrictions du gouvernement israélien sur l’importation de matières premières pour l’industrie. Bientôt, cela fera un an que la communauté internationale a promis, à la conférence de crise de Sharm-el-Sheikh, de donner 4,5 millions$ pour reconstruire Gaza. L’embargo d’Israël sur les matériaux de construction fait que cet argent se déprécie.

Quelques jours avant que les médecins israéliens ne se précipitent pour sauver la vie à des blessés haïtiens, les autorités du checkpoint d’Eretz ont empêché de passer 17 personnes qui devaient aller à un hôpital de Ramallah pour une transplantation de cornée urgente. Peut-être avaient-elles voté Hamas. Des psychologues israéliens soignent les orphelins haïtiens avec dévouement cependant que dans un même temps, des inspecteurs israéliens vérifient que personne n’essaie de glisser une poupée, un cahier ou une tablette de chocolat dans un container qui emporte des marchandises de première nécessité vers Gaza. Qu’est-ce que ça peut bien faire que la Commission Goldstone exige qu’Israël lève l’embargo sur Gaza et mette fin à la punition collective de ses habitants ? Seuls ceux qui haïssent Israël pourraient venir jouer les cow-boys justiciers contre le premier pays à avoir monté un hôpital de campagne en Haïti.

Vrai, les milices d’Haïti ne tirent pas de roquettes sur Israël. Mais le siège de Gaza n’a pas empêché les qassams de tomber. L’interdiction, depuis juin 2007, de faire entrer de la coriandre, du vinaigre et du gingembre dans la Bande de Gaza devait faciliter la libération de Gilad Shalit et favoriser la chute du régime Hamas. Comme tout le monde le sait, même si aucune de ces deux missions n’a vraiment été couronnée de succès, et malgré les critiques internationales, Israël garde bouclées les portes de Gaza. Même les images de nos excellents docteurs en Haïti ne peuvent dissiper celle de notre affreux visage dans la Bande de Gaza.

haaretz.com


Commentaires

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La compassion d’Israël en Haïti ne peut cacher notre laideur à Gaza
dimanche 24 janvier 2010 à 21h49 - par  myriam

Vous et les altermondialistes ne connaissez qu’une chose à l’égard d’Israël : la rumination d’une haine séculaire pour ce pays et ses habitants.C’est affligeant, vous et tous les altermondialistes prenez le relais des Nazis et vous portez la responsabilité de l’antisémitisme que vous cachez sous l’appellation antisionisme. De surcroît vous ne faîtes RIEN pour la population GAZAOUITE. A la solde de qui êtes-vous pour répandre de telles horreurs ?

Site web : HA ??TI et ISRAËL
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lundi 25 janvier 2010 à 10h44 - par  Michel Berthelot

Bonjour (c’est en principe par cela qu’on commence la communication avec ses frères humains lorsqu’on a un minimum de politesse !),

Nous sommes habitués à ce genre de diatribe haineuse à laquelle vous vous prêtez. Les fascistes de toutes les époques s’y sont complus et ont tous éructé et vomi ce type de basses agressions faute d’en pouvoir davantage. Cela n’a jamais entravé en rien la marche inéluctable de l’histoire et la déconfiture des fascismes à plus ou moins long terme. En tout cas bravo pour ce point Godwin obtenu haut la main en aussi peu d’ignobles mots…

Plutôt que d’aboyer et de baver comme un molossoïde enragé, adressez-vous donc directement au journaliste israélien – Akiva Eldar – auteur de ces quelques vérités accablantes et dérangeantes pour la conscience israélienne ! Mais oserez-vous vous ridiculiser à un tel point auprès de cet éminent et réputé éditorialiste écrivant dans Ha’aretz, dans Ha’aretz International Herald, édition Tribune, dans le quotidien japonais Shumbun, consultant à CBS Nouvelles, enseignant à l’école de journalisme de la « Tel Aviv University », diplômé de l’Université Hébraïque de Jérusalem en économie, sciences politique et psychologie, ex-porte parole du maire de Jérusalem (Teddy Kollek), ancien journaliste de la radio publique israélienne, ancien correspondant diplomatique de Ha’aretz-États-Unis et dirigeant du bureau de Washington DC, spécialiste des questions israélo-américaines et des relations de la diaspora, ancien conseiller spécial de « Abba Eban’s documentary PBS » sur l’histoire d’Israël, prix Eliav Sartawi pour le Journalisme Moyen-Oriental, biographe de Shimon Peres et auteur de plusieurs ouvrages prisés et reconnus sur la guerre coloniale israélienne en territoires occupés.

Et revenez ensuite nous saluer, s’il a bien voulu perdre son temps à vous enseigner des notions basiques de politesse pour communiquer avec vos contemporains.

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