L’an 01 du volcan Eyjafjöll

mercredi 21 avril 2010
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Par Fabrice Nicolino

Pas la peine d’être long, car le monde croule sous les commentaires. Combien de millions de voyageurs bloqués par la cendre ? Combien de dommages infligés à l’économie mondialisée ? Combien de vols - hi, hi - de missi dominici de la Goldman Sachs (lire ici) stoppés en plein élan de magouilles planétaires ? Inutile de le nier, je prends un plaisir immense et sans partage à lorgner le grand foutoir qu’est devenu le ciel des avions. La dévastation touristique fait relâche. Les bombardements « chirurgicaux » à coups de drones et de missiles attendent l’éclaircie.


J’ajoute, mais ce n’est hélas pas en mon pouvoir, que j’aimerais vivement qu’aucun avion ne puisse plus jamais décoller. C’est nihiliste ? J’en ai bien peur, car j’ai des tendances. Je pense à cet instant à Gébé, ce fabuleux dessinateur d’antan, qui abandonna un jour son métier de dessinateur à la SNCF pour la raison qu’il ne souhaitait pas perdre (totalement) sa vie. Et ce forban réussit bel et bien son coup. Aux plus vieux, je rappelle que Gébé commença sa bande dessinée L’An 01 en 1970, dans le journal Politique-Hebdo. Et aux plus jeunes, je proclame qu’il poursuivit son grand œuvre dans Charlie-Hebdo, en 1971. Moi, les gars et les filles, j’avais alors quinze ans, et le roi n’était pas mon cousin. Gébé ! Ô Gébé !
L’An 01, c’est le refus radical, immédiat, de toute la merde ambiante. Des chefferies, et donc de la hiérarchie, du travail quotidien et du salariat, de l’ennui mortel des journées soumises. Du fric. De la vitesse. Des cons et des petits merdeux qui ne pensent qu’à avancer jusqu’à l’abattoir final. L’An 01, c’est la joie, le rire dévastateur, l’amour et le sexe, le bras d’honneur, le doigt d’honneur, la balade à pied, lente, patiente, désœuvrée, sans autre but que l’admiration des arbres et des oiseaux, des fleurs et des ruisseaux.

Pendant L’An 01, qui commence dès ce matin, « on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». Il n’y a plus d’avions bien sûr, mais pas davantage de bagnoles. Les routes ayant disparu dans le dernier tournant, il ne nous reste que des chemins par lesquels cheminer. En compagnie. Seuls. Toujours. Longtemps. Rarement. Je suis infiniment heureux que le volcan Eyjafjöll nous offre gratuitement le loisir de claquer 200 millions de dollars de pure insanité - les pertes des compagnies aériennes - chaque jour. Oh ce bonheur ! Comme si on faisait flamber un immense tas de biffetons pour le seul plaisir de se chauffer les mains. Pas par transgression, pas pour montrer qu’on se fout du fric, non ! Pour seulement allumer un feu. Parce que le blé est enfin réduit à sa valeur d’usage essentielle, qui est d’être du papier.

Ce volcan islandais, je l’embrasse sans façon. Ses lointaines fumées sont autant de vapeurs haschischines qui réveillent dans ma tête le souvenir de mes plus beaux rêves. Ah ? Je ne vous l’avais encore jamais dit ? Je les emmerde.

fabrice-nicolino.com


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