Le mystère de la disparition des abeilles

mardi 18 mai 2010
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Mardi 18 mai - 20H35 - ARTE Documentaire : « Le Mystère de la disparition des abeilles », De Mark Daniels

Par Éric de Saint Angel


Les abeilles fascinaient les Anciens. Ouvrières de la ruche, elles étaient le symbole d’une communauté industrieuse et prospère. Pendant des millénaires, les abeilles et l’homme ont vécu en harmonie. Mais au XXème siècle, pour atteindre ses objectifs de rendement, l’agriculture intensive a fragilisé l’équilibre naturel, amorçant une réaction en chaîne.

Dès les années 1990, les apiculteurs signalaient d’énormes pertes en Europe, en Amérique et en Asie. Partout, dans le monde industrialisé, les abeilles étaient en train de mourir. En 2006, les choses se sont brusquement aggravées aux États-Unis : des centaines de millions d’abeilles ne sont pas rentrées dans leur ruche, elles ont « disparu » massivement. Face à ce phénomène baptisé CCD (Colony Collapse Disorder), syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, les chercheurs de toutes les disciplines se sont mobilisés. Car cet insecte, qui durant sa brève existence a collecté via le pollen et le nectar des doses infimes de polluants, est considéré comme une sentinelle de l’environnement. L’autre raison, c’est que l’agriculture ne peut se passer des abeilles. Sans elles, pas de pollinisation des fleurs ; et sans pollinisation pas de fruits ni de légumes. Est-il encore temps de sauver ce maillon essentiel de l’alimentation humaine ?

Pendant dix-huit mois, Mark Daniels a rencontré des apiculteurs, des chercheurs, des agriculteurs des deux côtés de l’Atlantique. Son film, admirablement construit, nous fait prendre conscience d’une catastrophe potentielle. Serons-nous capables d’y faire face ? C’est toute la question. En France, 1 500 apiculteurs ont dû cesser leur activité entre 1995 et 2005. Dans les régions et les pays les plus touchés, le taux de ruches abandonnées avait atteint 70 %, voire 80 %. Cette hécatombe signifiait une chute de la production de miel, mais le miel n’était pas la préoccupation première des scientifiques. Les abeilles pèsent lourd économiquement : sans elles, la vallée centrale de Californie serait ruinée. Le Golden State est en effet le premier producteur mondial d’amandes. Chaque année, 300 000 hectares se couvrent de fleurs d’un blanc rosé, et 36 milliards d’abeilles butinent, transportant le pollen depuis l’étamine, l’organe mâle, jusqu’au pistil, l’organe reproducteur femelle. Des apiculteurs spécialisés dans la pollinisation à l’échelle industrielle louent leurs ruches à ces immenses zones de monoculture. Pour les insectes qui voyagent toute l’année, transhumant d’une exploitation à l’autre au gré des floraisons, il y a le stress du transport, de la réorientation, l’exposition aux parasites divers, aux virus, aux pesticides, aux fongicides, aux fertilisants. Afin que les abeilles tiennent le choc, on les bourre de médicaments, de pâtée nutritive. Ce sont des ouvrières jetables.

Nombreux sont les chercheurs qui voient dans cette combinaison de gestion agressive et d’environnement dégradé une des causes possibles de l’épidémie. Mais les facteurs potentiels de surmortalité ne manquent pas, entre le virus israélien de la paralysie aiguë, le varroa, cet acarien qui se fixe sous le ventre de l’abeille et suce son sang, l’infection par un champignon microscopique parasite, les pratiques apicoles industrielles qui les stressent, la réduction de la diversité due à la monoculture, l’accumulation de polluants dans leur organisme, les OGM, le frelon asiatique...

En France, à partir des années 1994, les apiculteurs ont vu leurs abeilles disparaître au moment de la floraison des tournesols et les récoltes de miel chuter de 60 %. Cette même année, le groupe ’’Bayer avait introduit un nouvel insecticide, le Gaucho, destiné, entre autres, aux semences de tournesol. Les apiculteurs demandèrent à ce que le Gaucho ne soit plus appliqué aux cultures dont dépendent les abeilles et, après que les experts aient conclu à un risque, le ministère de l’Agriculture l’a suspendu au nom du principe de précaution. Comme d’autres insecticides, le Gaucho est soupçonné d’affecter les facultés d’orientation des abeilles, les empêchant de retrouver le chemin de la ruche - sans que cela ait été démontré de manière incontestable.

« Les plus grands dégâts écologiques dont l’humanité est responsable sont liés à l’agriculture », estime le professeur Ehrlich de l’université de Stanford. « C’est la première fois que la civilisation humaine dans son ensemble risque de s’effondrer. Nous allons peut-être disparaître à cause des abeilles », ajoute le biologiste. Scénario de sciencefiction ? L’agriculture industrielle a besoin de milliards d’abeilles, mais les abeilles ne peuvent survivre dans l’environnement qui résulte de cette agriculture. Le problème semble insoluble... En attendant, de plus en plus de ruches s’installent en ville. Où les butineuses produisent davantage de miel, loin des campagnes gorgées de pesticides.

Eric de Saint Angel

teleobs.com


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