Borloo et Gossement en pleine valse

(sans hésitation)
mercredi 19 mai 2010
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Par Fabrice Nicolino

C’est donc la fin d’une séquence, qui aura commencé en réalité voici trois ans, et qui restera sous le nom de Grenelle de l’Environnement. Il n’est pas inutile de rappeler comment les choses se sont déroulées au départ. Au départ, il y a Franck Laval. Vous ne le connaissez pas ? Dommage. Moi, j’ai la chance d’avoir rencontré cet écologiste il y a quelques années. Je vous le dis d’emblée, beaucoup de choses me séparent de lui. Il est un (très) proche de Cohn-Bendit, et n’a donc rien de l’excessif perpétuel que je suis. Il serait même libéral - à sa manière - que je n’en serais pas autrement étonné.

Je devrais donc en bonne logique l’exécrer, mais il a une fibre. La fibre, même. Il est un homme de mouvement, en mouvement, qui cherche sincèrement des voies de sortie. Puis, il ne dédaigne pas à ce point l’avis radical sur la crise écologique. Tenez ! il me prend au téléphone. Plus sérieusement, il abrite le siège français de Sea Shepherd, la vigoureuse association de Paul Watson, ce pirate qui n’hésite pas à éperonner les chalutiers japonais qui se livrent à de honteuses (sur)pêches en haute mer.

Bref, Franck Laval a eu l’idée, au printemps 2007, de suggérer aux deux principales équipes de la campagne des présidentielles - Royal et Sarkozy - de reprendre en l’adaptant l’idée du Grenelle de 1968. Jeunes, ne tremblez pas ! C’est vieux, mais instructif. Je rappelle que le mouvement historique - 9 à 10 millions de grévistes pendant des semaines - du joli mois de mai s’est achevé autour d’une table. Ronde. Comprenant l’État, les patrons et les syndicats ouvriers. Fut-ce une bonne initiative ? Certains le croient. D’autres le réfutent absolument. Le fait est que l’on fracassa ainsi le rêve.

Franck Laval, quarante années plus tard, a donc suggéré de réunir tous les acteurs français concernés par les problèmes écologiques, ce qui fait du monde. L’État et ses services. Les industriels. Les professionnels et les syndicats qui les représentent, comme la FNSEA chez les paysans. Les associations de protection de la nature enfin. Du monde. Des deux contactés - Royal et Sarkozy - c’est le deuxième qui a réagi le premier et s’est emparé de l’étendard. Bien joué, sacré Sarko ! Évidemment, ÉVIDEMMENT, il ne pouvait s’agir que d’un coup de pub. Du pur ripolinage. Une manière de prétendre s’intéresser à un domaine, l’écologie, dont il ne savait ni ne sait toujours rien. Ce que Sarkozy savait au printemps 2007 du sujet, vous pouvez le retrouver dans un petit film authentique (ici). Attention, c’est du lourd (de rigolade).

Le Grenelle a été de bout en bout un moment du faux. Des compères, dont tous n’étaient quand même pas complices, ont imaginé un storytelling, cet art de raconter des histoires. La France entrait dans une prodigieuse révolution écologique, et l’on verrait ce que l’on verrait. D’un côté, les associations écologistes officielles, qui gagnaient enfin de la respectabilité, une légitimité qu’on leur avait toujours contestée, et un espace public et politique neuf. Pas si mal. De l’autre, un histrion de la politique qui ne marche qu’aux sondages du jour, obsédé par lui-même, et qui pensait déjà, en tacticien fieffé qu’il est - il est par chance un désastreux stratège - aux élections de 2012. Vous ne le croyez pas ? Libre à vous. J’affirme que Sarkozy, en enfermant Greenpeace, le WWF, Hulot, FNE dans une discussion médiatique, préparait dans sa tête le premier tour de 2012. Ou comment fixer un électorat « écolo » susceptible de se rabattre sur lui au second tour.

Il fallait, pour cette tambouille, un chef cuistot, et ce fut Borloo. Tout le monde a oublié l’époque ancienne où « l’ami Jean-Louis », avocat d’affaires, copinait à fond avec Tapie. L’époque où les deux achetaient pour le franc symbolique des boîtes jugées pourries, qu’ils revendaient après menues réparations. On les appelait, allez savoir pourquoi, « les pilleurs d’épaves ». L’esprit bateleur, il n’y a rien de mieux, je vous l’assure. On tutoie tout le monde, on boit des coups, on s’épanche entre deux portes du ministère, on se tape dans le dos. Borloo est un bateleur, il n’y a pas de sot métier. Je ne reprendrai qu’un exemple, mais il y en a quantité d’autres : la maison magique. Alors ministre de la cohésion sociale, Borloo annonce le 25 octobre 2005 la construction de 20 000 à 30 000 « maisons à 100 000 euros » par an. Télés, radios, journaux, fanfare.

Deux ans plus tard, on ne parle plus que de 800 maisons par an, pour 120 000 euros chaque. Ni télés, ni radios, ni journaux, ni fanfares. En avril 2009, un article du Parisien (ici) montre ce qui se passe à Nogent, où des gogos floués se voient proposer des « maisons à 100 000 euros » qui valent en réalité 200 000 euros. Bah ! où est la différence, hein ? Tout Borloo est là. Et je vous gage que lorsque le bilan réel du Grenelle sera tiré - dans dix ans, dans quinze ? - , chacun pourra constater, de même, que le très peu qui aura traversé la mitraille des amendements parlementaires de la semaine passée aura été réduit à de lilliputiennes mesures. Mais qui s’en soucie ? Borloo sait comment marche le système. Et ce qu’il visait avec cette mise en scène est connu : Matignon. Le poste de Premier ministre. Il est probable qu’un deal - entre hommes, quoi - a été conclu entre Sarkozy et Borloo. Quel deal ? Tu fais émerger un vote écolo de droite, et je te nomme Premier ministre à la suite de Fillon. Genre.

Attention, ce n’est pas terminé. Le Grenelle étant achevé, reste à mettre en orbite la candidature Borloo aux présidentielles. Certes, bien des rouages peuvent se gripper d’ici là, mais à la date d’aujourd’hui, il est certain que Sarkozy cherche à propulser Borloo. Qui représenterait donc, en 2012, un soi-disant pôle écolo qui mordrait à la fois sur les Verts et Bayrou. Avant que d’aider Sarkozy à vaincre une seconde fois. Le reste n’existe pas. Le reste n’est que vaste embrouille, jeu de bonneteau, prestidigitation de seconde zone. Mais ça marche. Oh oui ! ça marche. Il me reste à évoquer le cas tragicomique de monsieur Arnaud Gossement, déjà évoqué, déjà étrillé.

Ce jeune monsieur est avocat. Point barre. Pas de sot métier, je l’ai dit. Avocat. Comme le fut Borloo, d’ailleurs, mais tel n’est pas mon propos. Cet homme n’a aucune légitimité pour parler au nom de l’écologie, mais France Nature Environnement (FNE), qui tire ses subsides de la sébile qu’elle tend aux services de l’État, l’a gardé comme porte-parole jusqu’au début de 2010. Ses faits d’arme dans le combat écologiste ? Zéro plus zéro égale la tête à toto. Il n’y a rien à dire, car il n’y a rien à voir. Moyennant quoi, le monsieur n’aura cessé de passer à la télé et sur les radios. Comme Borloo ? Un peu.

Et voilà que, la semaine passée, les députés envoient aux pelotes les miséreuses promesses du Grenelle concernant les pesticides. Commentaire indigné de mon ami François Veillerette, président du Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) : « Le gouvernement vient de se couvrir de honte en cédant aux lobbies agrochimiques des dispositions qui vont permettre le maintien sur le marché de pesticides dangereux ». J’ajoute pour ceux qui ne le savent pas que le MDRGF est l’association majeure concernant les pesticides. Elle mène depuis de longues années un travail en tout point remarquable, et elle a permis que le sujet soit sur la table du Grenelle plutôt qu’être abandonné comme a pu l’être le nucléaire, ou même la cruciale question de l’eau.

Quand le MDRGF dit que le gouvernement s’est couché, c’est argumenté, sérieux, surtout après près de trois ans de discussions auxquelles l’association a pris part. Car n’oublions pas qu’elle a fait partie dès le départ - à mon grand dam - de la farce du Grenelle. Bref. François se fâche. Et tous les écologistes sincères devraient alors le rejoindre dans son coup de gueule. Mais voilà que surgit des coulisses Arnaud Gossement, ci-devant porte-parole de FNE. Et que dit-il ? Je vous le donne en mille : « Il n’y a pas de recul. On ne pourra pas refuser un retrait au motif que ça coûterait trop cher. La jurisprudence européenne montre qu’on ne peut mettre en balance les intérêts économiques et la santé ».

¡ Puta madre ! comme je disais - je me suis amendé - dans ma lointaine jeunesse. Comment un gommeux de l’espèce de Gossement ose ainsi voler au secours du gouvernement et contredire avec une telle grossièreté un personnage aussi indiscutable que François Veillerette ? Oui, comment diable ? Ce type ne sait à peu près rien des pesticides, mais il s’autorise pourtant à intervenir dans un débat de fond. Aux côtés de Borloo et de son maître. Oh, cela donne le tournis, non ? On pourra ratiociner à l’infini, mais je crois que nous entrons ici sur le territoire des renvois d’ascenseur à répétition. Question : Gossement veut-il être député ? Sous-ministre ? Ministre ? Davantage ? Qui sait ? Un tel connaisseur des règles d’or n’est pas près de s’arrêter. On en reparlera.

fabrice-nicolino.com


Commentaires

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Borloo et Gossement en pleine valse
dimanche 23 mai 2010 à 21h46 - par  GERM

Il faut savoir que Franck Laval est un « disciple » de Lalonde, un vieil Ami de la Terre donc et le patron non seulement d’un hôtel ( comme son frère), mais aussi de l’ énormissime et très représentative association « Ecologie sans frontières » qui doit bien compter « quelques » adhérents. Et que c’est à ce titre qu’il était une des quelques associations (de bien plus grosse taille) siégeant au Grenelle .

Quant à FNE à une époque son « grand » le président du moment n’était pas choqué du tout qu’elle annonçait un plusieurs centaines de milliers d’adhérents avec au moins un certain nombre important d’entre eux en triple ou quadruple compte parce que membres de plusieurs associations à objets différents toutes adhérentes ou par fédérations interposées de FNE. Alors que le vrai nombre ......

Tout çà n’est pas très jolie joli et explique peut-être bien des choses et des retards irratrapables.

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