Sur le gâtisme intellectuel

(de Pascal Bruckner à Jacques Julliard)
mercredi 26 mai 2010
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Par Fabrice Nicolino

Je précise de suite que je ne vise pas l’âge des personnes que je vais attaquer. Mais leur état d’esprit, ce qui n’est déjà pas si mal. Voyons le premier. Pascal Bruckner. Je n’ai rien lu de lui, sauf ce si mauvais livre intitulé Le Sanglot de l’homme blanc (Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi), au tout début des années 80. Je me souviens de la prose grotesque d’un homme blanc bien né, qui ne supportait plus, pauvre ange, que l’on s’interroge sur un monde où une fillette peut vendre son cul à dix ans tandis qu’un bavard du Nord peut gagner tout l’argent qu’il veut en refilant quelques lignes à un journal obèse.

Bruckner attaquait - je n’ai pas rouvert le livre - le tiers-mondisme, idéologie très prégnante dans les années soixante du siècle passé. Et elle avait ses (nombreux) ridicules, je n’en disconviens pas. Et elle devait être critiquée, et elle devait disparaître, j’en suis d’accord. Mais le fond est ailleurs. Le fond est que beaucoup de ses tenants étaient révulsés par le sort fait aux miséreux. Et voilà ce qui n’aura jamais effleuré un Bruckner. Il officie dans ce pitoyable journal qu’est devenu Le Nouvel Observateur, et vient, dans le numéro 2376 du 20 mai 2010, de rendre compte d’un livre sur le climat, écrit par le mathématicien Benoît Rittaud (Le mythe climatique, Le Seuil). Bah ! ce n’est que prétexte à dire que toute cette affaire climatique n’est que billevesée. Car, rions, rions, pour le Giec et ceux qui croient en sa « climatomancie », le « réchauffement, c’est le refroidissement ».

Il est assez incroyable tout de même que la parole soi-disant intellectuelle soit offerte à de tels sots, à de si considérables ignorants. Bien sûr, Bruckner ne sait rien. Mais comme les autres non plus, et que notre homme a son rond de serviette posé en travers des colonnes de l’hebdomadaire, on lui laisse tout écrire. Le livre de Rittaud a été lu par Sylvestre Huet, journaliste scientifique sans tache, et voici ce qu’il en dit :

    « Les sources de Claude Allègre sont de plus en plus fantaisistes, comme le livre de Benoit Rittaud (Le mythe climatique au Seuil) qui n’a rien d’une publication scientifique (il suffit de lire les pages 98 et 99 pour se rendre compte que ce mathématicien ne sait même pas que les cycles de Milankovitch sont considérés par les paléo climatologues comme la clef explicative des bascules climatiques depuis le début du quaternaire, et que les GES ne font qu’amplifier ces bascules mais ne les provoquent pas. C’est pure invention que de prétendre qu’ils ont dit le contraire, pourquoi Rittaud reprend-il ce mensonge de Claude Allègre ?). En outre, Benoit Rittaud invoque le “Rasoir d’Occam” pour traiter ce sujet et donc propose de “choisir” entre l’influence de la mécanique céleste (donc de l’ensoleillement) sur le climat de la Terre et celle de l’effet de serre modifié (naturellement dans le passé ou par l’homme aujourd’hui) pour expliquer un changement climatique. Qu’il ne lui vienne pas à l’esprit que la seule climatologie scientifique est celle qui prend les deux phénomènes en compte et tente de quantifier leurs parts respectives dans l’évolution du climat démontre son absence totale de crédibilité. Mais ce mathématicien ne sait peut-être pas que l’effet de serre est un phénomène physique reproductible en laboratoire et mille fois vérifié ».

Vous pensez bien qu’un Bruckner se contrefout des cycles de Milankovitch. Que ferait-il d’un tel fardeau ? Dans Libération, en janvier 2010, il signait une tribune pour dire la même chose, en plus crétin peut-être, ce qui frôle l’exploit. Citation :

    « Depuis quelques semaines, l’Europe, l’Amérique du Nord, la Chine subissent les assauts d’un hiver glacial. Le thermomètre est descendu à - 20° près de Paris, à - 41° en Norvège, à - 21° en Écosse, à - 45° aux États-Unis, la Floride grelotte, le Royaume-Uni est paralysé par des chutes de neige comme il n’en a pas connu depuis trente ans, partout les transports sont paralysés ou retardés, de nombreuses personnes décèdent, les réseaux d’électricité peinent à fournir l’énergie. Bref, nous n’avons jamais eu aussi froid depuis qu’on nous alerte sur les effets dramatiques du réchauffement ».

Ce n’est pas même le café du Commerce, où il se dit des choses plus intéressantes. C’est madame Michu, son cabas sous le bras, et qui peste contre le retour du froid en hiver. Mon Dieu ! si bas. Un autre qui vaut bien Bruckner - peut-être se seront-ils causé ? -, c’est Jacques Julliard, l’un des directeurs du Nouvel Obs. Il est considéré, je vous le jure bien, comme une autorité morale et politique. Et dans le monde tel qu’il est, tombant en miettes explosives sous nos yeux, c’est un fait qu’on juge clairvoyant celui qui n’est que pauvre borgne au royaume des aveugles. Que voit un borgne ? C’est la bonne question. Il est certain que Julliard n’a jamais pris le temps de lire un seul ouvrage sérieux sur la crise écologique. Cela se saurait, il en aurait fatalement parlé. Julliard nie par le silence, l’ignorance et finalement l’incompétence l’événement le plus important de l’histoire humaine.

Lui aussi a ses côtés madame Michu. Dans le même numéro 2376 du Nouvel Observateur, il reprend l’antienne de Bruckner, qui doit bien être un « cher ami ». Voici :

    « Duflot, la gaucho-centriste environnementale, qui ne parle plus actuellement de réchauffement climatique, parce qu’en ce printemps pourri elle risquerait de se faire lyncher ».

On aura remarqué comme moi que c’est écrit sans y toucher. Il ne dit pas que. Il laisse le lecteur faire le travail. Il ne prétend rien, il constate. Moi, j’affirme qu’il lance un clin d’œil à ses lecteurs les plus béotiens. Si le printemps est pourri, hein, qu’est-ce que c’est que cette histoire de réchauffement, hein ?

Mon Dieu ! j’aimerais les plaindre. Mais enfin, et pour être franc, je les exècre. Ces intellectuels que l’on nous présente comme des universalistes ne sont que de pauvres « provincialistes » de la pensée, qui n’auront jamais franchi le périphérique entourant leur lot de connaissances. La science, l’écologie et les écosystèmes, la biodiversité, les océans, les animaux ? Pouah ! Parlons plutôt de l’individu-roi - avec Bruckner - ou de la préparation des élections de 2012, 2017, 2045, 2125 et 2748, avec Julliard. Ces grands personnages, donc, regardant de leur fenêtre le temps qu’il fait, pensent à quel point nous avons froid. Et donc à quel point on nous raconte des salades. On n’ira pas beaucoup plus bas dans la sottise accomplie. Car nous ne sommes plus depuis longtemps dans la pensée. Un homme « cultivé », ayant accès aux livres, qui ne sait pas faire la différence entre le temps qu’il fait à Paris, ou en France, ou même en Europe, et la température moyenne du globe telle qu’exprimée par des mesures objectives prises depuis 130 ans, mérite-t-il la moindre considération intellectuelle ? Moi, je crois sincèrement que non.

Selon les données du National Climatic Data Center (NCDC), le mois d’avril 2010 a été le plus chaud sur terre depuis 1880, année des premiers relevés. Je précise que nul ne conteste ces chiffres, pour la raison qu’il s’agit de relevés automatiques, ne dépendant d’aucune volonté humaine. Ce qu’on appelle des faits. Mais de quel poids comptent des faits en face des fulgurances d’un Pascal Bruckner ? 2010, année des intellectuels.

fabrice-nicolino.com


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