Buter les blaireaux jusque dans leurs chiottes (*)

vendredi 11 juin 2010
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Par Fabrice Nicolino

Comme l’on sait peut-être, il y a blaireau et blaireau. Ne pas confondre notre prodigieux animal - un assez bon imitateur de l’ours, non ? - et ces innombrables imbéciles, vulgaires et souvent méchants, qui hantent les chemins du paradis. L’argot, que je vénère pourtant, a donné aux sombres connards le nom même du croqueur de lombrics et d’escargots. Bah, il faut bien s’en accommoder. En revanche, rien ne nous oblige à supporter l’arrêté que vient de m’envoyer Joelle, et qui me foudroie sur place. Je résume : le préfet de la Côte d’Or vient de faire un cadeau insupportable aux chasseurs du département. Lesquels ont le droit depuis le 4 mars, et jusqu’au troisième dimanche de septembre, de buter autant de blaireaux qu’ils le pourront dans une vaste zone du département incluant dix cantons, dont Pouilly-en-Auxois.

Quelle est la raison de cet arrêté ? Excellente. Il s’agit de limiter la propagation de la tuberculose bovine, dont les blaireaux seraient les vecteurs. Je ne me suis pas transformé en médecin-chef vétérinaire, pas encore, mais je peux en préambule vous dire une chose simple, m’appuyant sur un savoir reconnu. Ce qui suit est extrait d’un article indiscuté paru dans la revue Epidémiologie et santé animale (50, 127-143) en 2006, sous la signature de quatre spécialistes de l’Afssa et de l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Voici : « Le plan de lutte collective contre la tuberculose bovine, véritablement commencée en 1954 après une phase infructueuse de prophylaxie libre et individuelle à partir de 1933, a abouti en 2001 à la reconnaissance de l’état indemne de la France par l’Union européenne : d’un taux d’environ 25 à 30% des élevages infectés au début, notre pays est passé à quelques (petites) dizaines de foyers résiduels aujourd’hui. Le succès est incontestable ».

Il est possible que le préfet de la Côte d’Or dispose d’autres informations, mais ce serait alors le moment de les rendre publiques, car pour les blaireaux - les beaux, les vrais -, le temps est désormais précieux. 2 000 auraient déjà été massacrés dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler un plan d’éradication. Laissons de côté, par commodité, le débat sur la tuberculose bovine, que je ne saurais d’ailleurs mener sérieusement. Laissons, et concentrons-nous sur l’arrêté-scélérat. Oui, il y a des lois scélérates et des arrêtés-scélérats. Celui-là restera. Il restera, car sous couvert de prophylaxie, comme si souvent par le passé, il exprime à mes yeux une haine profonde de l’animal. Vous jugerez par vous-même, car j’ai placé l’intégralité de l’arrêté ci-dessous, où vous pourrez le lire.

Je n’ai pas le temps d’un traité, mais les considérants sont bel et bien de nature fantastique. Son auteur - gloire, gloire ! - ne sait pas très bien ce qu’il doit avancer. Le tout est d’une confusion rare. On ne sait pas si l’on veut parler de dépistage - évoqué pour les sangliers et les cerfs - ou d’abattage, ce qui n’est pas tout à fait la même chose lorsqu’on est un blaireau de la Côte d’Or. On ne donne presque aucun chiffre précis, qui aurait permis d’avoir une idée sur l’éventuelle progression d’une éventuelle épidémie. Exemple : combien de cas de tuberculose bovine depuis 2002 ? Mystère. Exemple : combien de cas de tuberculose découverts dans la faune sauvage depuis 2002 ? Mystère. Malgré l’absence de toute mise en perspective, il apparaît pourtant indispensable de « prévenir la circulation de la tuberculose au sein de la population animale sauvage ». Et l’on termine en beauté par une vulgaire pétition de foi qui ne se peut déduire, logiquement, de ce qui précède : « Pour arriver à prévenir cette circulation, il convient de diminuer les populations de blaireaux ».
Roule ma poule, et prépare mon bazooka. Par un simple assemblage de phrases disjointes, comme le seraient les planches d’un meuble de guingois, une autorité administrative donne ainsi le droit de tuer des êtres vivants par milliers. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi, je place très bas la signature d’un haut-fonctionnaire, capable de toutes les contorsions, de toutes les manipulations, même pis. Je préfère ne pas y insister. Quoi qu’il en soit, la fédération de chasse du département est donc à la noce depuis le 4 mars, et pour elle, rien de trop beau. Fromage et dessert. Carnage et fun. Mais voyons ensemble.


D’abord le ton, militaire et glacial : « Des opérations d’élimination de blaireaux sont ordonnées ». Ou encore : « Les animaux prélevés seront placés dans des sacs étiquetés et numérotés ». Ensuite, les armes. En dehors des missiles Exocet, je ne vois guère ce qui serait oublié. On a le droit, outre les barbares techniques de déterrage jusqu’au fond du terrier de la bête, d’utiliser des colliers à arrêtoir - « y compris en gueule de terrier » - que l’on placera dans les coulées où se faufile le blaireau. Les tirs de nuit, « y compris avec des sources lumineuses », sont aimablement offerts pour le même prix. Enfin, la rédaction follement laxiste dans la forme est comme un message subliminal adressé aux tueurs.

On n’est pas obligé de me suivre, mais je juge ce dernier point évident. On entend que les chasseurs tuent en masse, se défoulent et soient heureux de réduire en pâtée d’admirables animaux qui ne demandaient qu’à vivre. Je ne prendrai que deux derniers exemples. Le premier, qui vaut son pesant de cynisme : « Ces opérations devront prioritairement être mises en œuvre à proximité des parcelles où pâturent les bovins des cheptels infectés par la tuberculose bovine et des zones où ont été détectés des sangliers reconnus infectés par l’agent de cette maladie ». Vous remarquerez par vous-même le sens véritable de cette phrase. Pour la frime, on prétend donner une « priorité » à quelques parcelles, mais chacun sait, le rédacteur du texte en premier, que ce ne sera que mise en bouche meurtrière. Quand la lourde colonne des 4X4 et des bedaines sera lancée, elle poursuivra son chemin jusqu’au bout.

D’ailleurs, faut-il continuer d’argumenter ? Lisez avec moi ce laisser-passer, ce laisser-tuer en bonne et due forme : « La déclaration de piégeage en mairie ainsi que le compte rendu annuel des prises ne sont pas nécessaires ». Un seul mot d’ordre, car c’est en effet un ordre : mort au blaireau. On voudrait habiter ailleurs, avec d’autres que ceux-là.

Pour participer aux actions : blaireaux.info

(*) En 1999, Vladimir Poutine déclarait qu’il fallait « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes »

L’ARRÊTÉ

Direction départementale
de la protection des
populations
de la Côte-d’Or

PRÉFET DE LA CÔTE-D’OR
LE PRÉFET DE LA REGION DE BOURGOGNE

ARRÊTÉ PRÉFECTORAL n° 149/2010/DDPP
du 4 mars 2010

Ordonnant la régulation des populations de blaireaux dans certaines zones du
département de la Côte-d’Or afin de limiter l’extension de cette maladie au sein des
populations de la faune sauvage de ces zones.

VU le Code Rural notamment le titre II, les articles L 223-1 à L. 223-8, les articles R.223-3 à R 223-8,
l’article D.223-21 ;
VU la loi 2005-157 du 23 février 2005 relative aux développements ruraux, notamment
l’article L.425-5 ;
VU l’arrêté ministériel du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives
relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovines et des
caprins, notamment son article 6 ;
VU l’arrêté ministériel du 18 novembre 2009 fixant les mesures spécifiques de lutte contre la
tuberculose bovine dans les départements de la Côte-d’Or et de l’Yonne ;
VU le décret du 16 mai 2008 nommant M. Christian GALLIARD de LAVERNÉE en qualité de préfet
de la région Bourgogne, préfet de la Côte-d’Or (hors classe) ;
VU le décret n° 2009-1484 du 3 décembre 2009 relatif aux directions départementales
interministérielles ;
VU l’arrêté du Premier ministre en date du 1er janvier 2010 nommant M. Pierre AUBERT en qualité
de directeur départemental de la protection des populations de la Côte d’Or ;
VU l’arrêté préfectoral N°003 du 4 janvier 2010 donnant délégation de signature à M. Pierre
AUBERT, directeur départemental de la protection des populations ;
VU l’arrêté préfectoral N°148 du 4 mars 2010 Ordonnant la capture de blaireaux à des fins de
dépistage de la tuberculose bovine sur l’ensemble du département de la Côte-d’Or ;
VU l’avis du Conseil départemental de la santé et de la protection animales réuni le 15 décembre
2009, conformément aux articles R. 224-2 R. 224-5 et R. 224-6 du Code Rural ;

CONSIDÉRANT que la tuberculose est une maladie réputée contagieuse sur toutes les espèces de
mammifères ;
ARRÊTÉ PRÉFECTORALn°149/20I0/DDPP
CONSIDÉRANT l’avis, en date du 25 novembre 2009, de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire
des Aliments (AFSSA) relatif aux mesures visant à renforcer la lutte contre la tuberculose bovine en
Côte d’Or ( saisine 2009-SA-O280) ;
CONSIDERANT les foyers de tuberculose dépistés sur le cheptel bovin depuis 2002 ;
CONSIDERANT l’apparition de cas de résurgence rapide de la maladie après abattage total de
troupeaux ;
CONSIDERANT la découverte de cas de tuberculose liée à Mycobacterium bovis, au sein de la
population de la faune sauvage depuis l’année 2002 ;
CONSIDERANT la mise en évidence de Mycobacterium bovis sur 16 blaireaux piégés au cours de
l’année 2009 sur des parcelles situées à proximité de plusieurs élevages bovins infectés par la tuberculose bovine ;
CONSIDERANT que la première campagne de piégeage en 2009 a mis en évidence la présence de
Mycobacterium bovis sur l’espèce blaireau dès lors que ces animaux vivaient à proximité des foyers de tuberculose bovine ;
CONSIDERANT la nécessité d’étendre à l’espèce blaireau (Mêles mêles) le programme de dépistage
déjà en oeuvre sur les espèces sangliers et cerfs ;
CONSIDERANT le risque de transmission de la tuberculose des bovins aux animaux de la faune
sauvage et des animaux de la faune sauvage aux animaux domestiques ;
CONSIDERANT la nécessité de prévenir la circulation de la tuberculose au sein de la population animale sauvage ;
CONSIDERANT que. pour arriver à prévenir cette circulation il convient de diminuer les populations de blaireau ;
CONSIDERANT la nécessité à agir ;

VU l’avis du directeur départemental de la protection des populations de la Côte d’Or ;
SUR proposition de la Secrétaire Générale de la Préfecture de la Côte d’Or ;

ARRÊTÉ

ARTICLE 1 : régulation des populations de blaireaux
Des opérations d’élimination de blaireaux sont ordonnées sur les cantons où pâturent les cheptels bovins infectés par la tuberculose, les bovins suspects d’être contaminés et où ont été détectés des sangliers reconnus infectés par la tuberculose. Les cantons concernés sont les suivants : MONTBARD,BAIGNEUX LES JUIFS, VENAREY LES LAUMES, VITTEAUX, SEMUR EN AUXOIS, PRECY
SOUS THIL, SAINT SEINE L’ABBAYE, SOMBERNON, POUILLY EN AUXOIS, BLIGNY SUR OUCHE.
ARRÊTÉ PRÉFECTORAL n°149/2010/DDPP 2/4

Ces opérations se dérouleront de la date de signature du présent arrêté à la date de l’ouverture de la prochaine saison de chasse, soit le 3ém° dimanche de septembre 2010.
Elles sont placées sous la responsabilité de messieurs les lieutenants de louveterie du département qui organisent la mise en œuvre de ces opérations sur leur territoire de.compétence.
Ces opérations devront prioritairement être mises en œuvre à proximité des parcelles où pâturent les
bovins des cheptels infectés par la tuberculose bovine et des zones où ont été détectés des sangliers reconnus infectés par l’agent de cette maladie.

ARTICLE 2 : moyens d’élimination autorisés
a) L’utilisation de collets à arrêtoir, y compris en gueule de terrier, à ras-terre si besoin, est autorisée.
La déclaration de piégeage en mairie ainsi que le compte rendu annuel des prises ne sont pas
nécessaires. A ces exceptions près, l’ensemble de la réglementation relative au piégeage doit être
respectée.
Pour ce mode opératoire, les lieutenants de louveterie pourront s’adjoindre les services de piégeurs agréés choisis par leur soin.
b) Les chasseurs titulaires d’un permis de chasse sont autorisés à tirer à l’affût et de jour, les
blaireaux de la date de signature du présent arrêté à la date de l’ouverture de la prochaine saison de chasse, soit le 3ème dimanche de septembre 20Í0.
c) Des tirs’de nuit avec utilisation de sources lumineuses peuvent être effectués. Les lieutenants de louveterie pourront faire appelle à des chasseurs pour les aider dans la mise en œuvre de ce type d’intervention.
Lorsque des tirs de nuit sont envisagés, les lieutenants de louveterie préviendront 24 heures à
l’avance le maire de la commune concernée, la brigade de gendarmerie du secteur ainsi que
l’office national de la chasse et de la faune sauvage.
d) Les lieutenants de louveterie peuvent faire appelle aux équipages de vénerie sous terre afin de pratiquer au déterrage des blaireaux lorsque les conditions géologiques sont favorables.

ARTICLE 3 : analyses et élimination des animaux des blaireaux
Les animaux prélevés seront placés dans des sacs étiquetés et numérotés, ces numéros étant
également reportés sur une fiche de prélèvement. Les sacs et les fiches de prélèvement seront mis
à la disposition des lieutenants de louveterie par la direction départementale de la protection des populations. Les animaux ainsi identifiés seront sans tarder acheminés vers le laboratoire départemental de Côte d’Or à fin d’analyse et d’élimination.

ARTICLE 4 : modalités d’organisation des prélèvements
Les modalités de mises en oeuvre des prélèvements (fourniture des collets, du matériel de prélèvement, nombre de blaireaux devant être analysés par circonscription de louveterie…), les documents à utiliser, les modalités d’acheminement des prélèvements au laboratoire départemental d’analyse de la Côte d’Or
ainsi que les indemnisations attribuées aux piégeurs agréés et au lieutenants de louveterie sont décrits
ARRETE PREFECTORAL n°l 49/2010/DDPP 3/4
dans une convention passée entre le directeur de la DDPP, le président de l’association des piégeurs agréés et le représentant des lieutenants de louveterie.

ARTICLE 5 : délai et voie de recours
La présente décision ne peut être déférée qu’auprès du Tribunal Administratif, 22 rue d’Assas, BP 61611, 21016 DIJON Cedex. Le délai de recours est de deux mois pour le demandeur. Ce délai commence à courir du jour où la présente décision a été notifiée.

ARTICLE 6 : execution
La secrétaire générale de la préfecture de la Côte d’Or, le commandant du groupement de gendarmerie de la Côte d’Or, le directeur départemental de la protection des populations de la Côte d’Or, le directeur départemental des territoires de la Côte d’Or, le chef du service départemental de l’office national de la
chasse et de la faune sauvage de la Côte d’Or, les maires des communes concernées, les lieutenants de louveterie sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Recueil des Actes Administratifs de la Préfecture de la Côte d’Or.
Fait à DIJON, le 04 mars 2010,
Pour le préfet,
Le directeur départemental de la protection des populations
Dr Pierre AUBERT

ARRÊTÉ PRÉFECTORAL n°149/2010/DDPP

fabrice-nicolino.com


Commentaires

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Buter les blaireaux jusque dans leurs chiottes (*)
samedi 12 juin 2010 à 07h10 - par  Pigache

Appeler au boycott du département à tous les niveaux et surtout où cela touche : le TOURISME. Faisons déserter internationalement ces lieux jusqu’à ce que les locaux réagissent eux-mêmes.

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