État de décomposition

Matière à réflexion pour l’été
jeudi 1er juillet 2010
par  Patrick Mignard
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Le mois de juin se termine, l’été est déjà installé. Les dernières traditionnelles manifestations viennent de se dérouler… Celles et ceux qui vont pouvoir partir en vacances - il y en a de moins en moins et de moins en moins longtemps – vont pouvoir oublier durant quelques jours la fonte vertigineuse des acquis sociaux.

Il règne dans ce pays une tenace odeur de pourriture, de décomposition, une atmosphère malsaine, à tous les niveaux, du bas au haut de la société et jusque dans les recoins les plus insignifiants – le sport par exemple.

UN SYSTÈME À BOUT DE SOUFFLE

La crise financière, qui se prolonge par une crise économique, puis sociale, n’est qu’un des révélateurs de la décomposition. Le problème n’est pas que financier, il est structurellement social. Social, dans toutes ses dimensions, politique, mais aussi éthique. C’est tout le lien social (salarial) qui se délite… Ce lien qui, malgré ses contradictions, maintenait un minimum de cohérence à ce système d’exploitation.
La destruction massive de ce qui constituait un ciment de cohésion et de consensus social : les acquis sociaux, les services publics fait place nette pour les affrontements à venir. L’effondrement et la faillite du système républicains d’intégration sociale couronne logiquement le tout.

Non seulement ce système n’arrive plus à créer un lien social qui pourrait lui garantir un minimum de crédibilité, mais la classe politique qui le gère directement ou indirectement perd toute crédibilité. En effet, la marche forcée vers la rigueur – pour la majorité de la population - cohabite difficilement avec des pratiques dignes des privilèges de l’Ancien régime : népotisme, corruption, détournement et gaspillage d’argent public, passe-droits. Déferlement d’ « affaires » scandaleuses. Une véritable « République des Princes » et de leurs suites. Et pour couronner le tout un Pouvoir servi dans les médias par des caricatures de politiciens, synthèses entre Philippe HENRIOT et le Sergent GARCIA (celui de Zorro).

Qu’un sénateur condamné pour « détournement d’argent » public, reste sénateur (à noter qu’aucun autre sénateur de droite comme de gauche, n’a protesté), qu’un ministre de l’Intérieur condamné pour « propos racistes », reste ministre,… et la liste des méfaits est longue (voir le Canard Enchaîné), en dit long sur le degré de pourrissement du pouvoir.

Face à cela : rien ou presque. Une « opposition » qui n’a de cesse de vouloir accéder au même pouvoir avec les mêmes privilèges. Jusqu’au « contestataires » qui finissent par se faire acheter et rentrent dans le rang. Un exemple ? : Avez-vous vu ces temps-ci José Bové prendre des risques dans les champs d’OGM depuis qu’il gagne prêt de quinze fois le SMIC, plus les avantages en nature ? »... sans parler des écologistes de salon qui « sautent » de postes en postes pour prolonger leurs carrières... des noms ?

Quant à la « Gauche de la Gauche », elle ressasse les vieilles lubies d’unité et de rassemblement pour faire élire ses chefs – le dernier congrès du PCF est édifiant à cet égard.

Et le « bon peuple » me direz vous !
Le « bon peuple » croit.
Il croit,…

- qu’il a le pouvoir parce qu’il vote ;
- que les élus sont là pour gérer dans le sens de ses intérêts ;
- que le problème des retraites est démographique ;
- que la police est là pour le protéger ;
- que la Justice est la même pour tous ;
- que la concurrence va faire baisser les prix ;
- que le service public est ruineux et dépassé ;
- que ceux qui sont morts pour la liberté nous obligent à voter pour des profiteurs ;
- qu’il est normal qu’un sénateur escroc condamné continue à siéger et qu’un ministre de l’Intérieur condamné pour racisme, continue à l’être (ministre) ;
- que le capitalisme a été humanisé et qu’il n’y a plus de « paradis fiscaux » ;
- que la Gauche fera mieux que la Droite et réciproquement ;
- que les salaires exorbitants des footballeurs et des élus sont justifiés...

Bref il croit comme à une certaine époque il croyait :
- que la Terre était plate,
- que le Pape était infaillible,
- que le Roi était le représentant de Dieu sur la Terre ;
- que l’Église détenait la Vérité ;
- qu’il fallait brûler les hérétiques et les sorcières ;
- que les chauves souris et les chouettes étaient des animaux maléfiques...

Et à une autre époque plus récente, il croyait aussi :
- que la Patrie était en danger ;
- que le Maréchal avait toujours raison,
- que la « race » blanche était supérieure ;
- que la colonisation apportait les vraies valeurs aux « sauvages » ;
- que la planète était capable de digérer toutes les saloperies que nous fabriquions...

LES DERNIÈRES CARTOUCHES

Les trépignements syndicaux, les « grandes » manifestations donnant lieu à des « batailles de chiffres » homériques et stériles, les délégations symboliques dans les préfectures, les déclarations « langue de bois », rien n’y fait ! ! !

Les menaces ridicules des responsables syndicaux laissent le Pouvoir de marbre… il s’en fout royalement. Il sait parfaitement que les organisations syndicales, de même que les organisations politiques d’oppositions (la Gauche de la Gauche), n’ont aucune stratégie en dehors de la contestation verbale, des manifestations « traîne savates » et des prochaines élections.

La faculté d’indignation des leaders de l’opposition frise le ridicule – par exemple quand le PS déclare sans rire qu’il reviendra à la « retraite à 60 ans » en cas de victoire,… alors que tout le monde sait qu’il n’en est rien. Ou quand les syndicats déclarent que 2 millions de personnes dans la rue (pourquoi pas 1,8 million ou 2,3 millions ?) vont faire céder le Gouvernement. La dernière manifestation du 24 juin a été un échec retentissant, pas du fait du nombre,… au contraire,… du fait que le grand nombre n’a eu aucune influence sur le Gouvernement. On peut faire l’hypothèse qu’avec 3, 4 et même 5 millions de personnes dans les rues, le résultat serait le même… Pourquoi ? Mais puisque le Pouvoir sait qu’après une manifestation il n’y a plus rien, et même dans ce cas ce sont les vacances.

Bien sûr, on peut rêver et fantasmer sur la « rentrée sociale »… dans le style « Été chaud,… rentrée brûlante ! ». On nous fait le coup tous les ans… En fait il ne se passe,… rigoureusement rien.

Pourtant on arrive au « bout du rouleau », la libéralisation généralisée de l’économie aboutit peu à peu à l’élimination de tout service public, la précarisation des statuts de la force de travail aboutit inéluctablement et massivement à l’accroissement du sous emploi, de l’exclusion et des inégalités. Or rien, politiquement, n’entrave cette chute vertigineuse. On essaye de nous vendre la version « social démocrate » au travers de DSK, mais ce n’est qu’un pis aller qui ne règlera rien.

La montée des violences sociales est directement liée à cette dégradation sociale… ce qui permet au pouvoir de profiter de cet état de fait pour affiner et consolider son arsenal répressif qui, le moment venu sera, bien évidemment, utilisé contre les « contestataires ». Il sait pouvoir compter sur ses bandes armées, ses mercenaires surarmés, qu’il sort à toute occasion, pour sauver ce système. Nous, nous n’avons rien, et tout dérapage dans la violence sera sauvagement réprimé comme le système marchand l’a toujours fait durant tout le 20ème siècle quand les circonstances l’exigeaient...

Quand les dernières cartouches de la contestation sociale traditionnelle auront été « tirées », que nous restera-t-il ?
Là est toute la question,… et un jour nous paierons très cher le fait de ne pas avoir voulu nous la poser. Là-dessus… Bonnes vacances et rechargez les batteries en vue d’une nouvelle année merdique !

Patrick MIGNARD
Juin 2010

Voir aussi :
« DÉCADENCE »
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE 1, (2), (3), (4) »


Commentaires

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État de décomposition (complément)
dimanche 4 juillet 2010 à 14h45 - par  plumagil

Votre article est empli de bon sens et les mots qui le compose sont justes.
Néanmoins, et je me doute que vous le savez, des femmes et des hommes pensent autrement, sont autrement et travaillent pour un monde "autrement"(juste, équitable, respectueux, aimant...).
Personnellement je pense qu’il faut "dépasser" les gouvernants et les laisser (seuls) dans leur "monde fermé". A nous de construire le monde qui nous va bien (ouvert), je ne vois pas d’autre moyen !!!

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État de décomposition
jeudi 1er juillet 2010 à 08h26 - par  Pierre Payen (Dunkerque)

Ne croyez-vous pas que l’année 2010 sera considérée par les historiens (du futur !) comme la date du début de la Société "Toujours moins" ? !
Quant au "Bon peuple", à première vue, je dirais plutôt qu’il ne croit plus à rien !

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jeudi 1er juillet 2010 à 21h27 - par  Patrick Mignard

Oui, 2010 sera probablement le début de la "post crise", le déclin économique, moral et écologique de tout un système - le système marchand.

Le problème c’est qu’il n’y a actuellement aucune stratégie alternative de changement qui émerge, sinon des pratiques alternatives encore à l’état embryonnaire - qu’il nous faut développer.

Le "bon peuple" ne croit peut-être plus trop à grand chose mais il "marche", il cautionne, il est légitimiste et se jettera dans une des solutions que ses maîtres lui proposeront.

C’est là que réside le danger qui a été si particulièrement bien illustré au 20e siècle.

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jeudi 1er juillet 2010 à 12h13 - par  Pierre Payen (Dunkerque)

A NOTER QUE SI LA CIVILISATION ÉTAIT « CYCLÉE », c. à d. tenait compte de la notion de cycle tellement omniprésente que refoulée, rejetée par la peur de la mort, par l’instinct de survie animal logé dans la partie du cerveau (dite reptilienne), elle aurait eu comme premier objectif l’aménagement « au mieux » de chaque phase, en particulier de la vieillesse et de la mort !
Elle ne se réfugierait pas dans le
« jeunisme » propre à
« l’’adulescence » ! Ou dans l’une des activités préférées des bambins de maternelle : la construction « toujours plus » haute, élevée, de châteaux de cartes ou l’édification de sortes de pyramides (telles celle du célèbre Madoff !)

QUOIQUE S’EN DÉFENDANT, L’HOMO SAPIENS (et non pas l’homme qui se différencie simplement par une expression ne pouvant être séquencée sans perdre sa signification : « La dignité humaine » !) VIT EN DIMENSION 3 PUISQU’IL N’A PAS SU INTÉGRER ET ASSIMILER LA QUATRIÈME DIMENSION : « LE TEMPS » !

AU 21IEME SIÈCLE, DANS LE REGISTRE SCIENTIFIQUE, IL CONTINUE A JOUER LES « APPRENTIS SORCIERS » mais il manipule dorénavant les dimensions supérieures à 3 de la matière (Voir par ex. la physique quantique où le « principe du tiers inclus » a pris le relais du « principe du tiers exclu » ou du « principe binaire » –la transposition du dualisme religieux !-) !
Ne maîtrisant pas du tout cette caractéristique, en étant toujours à la géométrie euclidienne grecque d’antan où des droites idéales croissent « toujours plus » dans la continuité et éternellement (Voire l’immortalité) jusqu’à l’infini (Voire Dieu !), il est en train d’aborder sa descente ! (Heureusement, non pas aux enfers puisque celui-ci n’est en réalité que terrestre : voir le bilan du PNUD : 20 % des plus riches bénéficient de plus de 86 % des richesses de la planète !)

— L’HOMO SAPIENS N’A PAS PU COMPRENDRE INTÉRÊT FONDAMENTAL DE LA NOTION DE CYCLE dans un Monde évolutif, se complexifiant !
— L’H. S. N’A PAS NON PLUS SAISI LA NOTION DE SYMÉTRIE ! Pourtant le sens d’un mot exige et l’altérité et la présence de sa négation : Lumière et obscurité, froid et chaud, naissance et mort, vont de pair comme les deux faces d’une pièce de monnaie traditionnelle (exemple bouddhiste !)
— L’H. S,, ET MÊME LE RATIONALISTE qui a fréquenté les maths et les espaces vectoriels, N’A PAS VOULU ADMETTRE QUE SA DIMENSION ÉTAIT LIMITÉE et non pas suprême (c. à d. créé à l’image de Dieu !).
Le matheux qui démontre qu’un problème sans solution ou n’ayant pas de sens dans un espace de dimension « n » peut parfois être résolu dans un espace plus grand de dimension « n+1 » se renie en décrétant que « L’homme est un dieu en devenir » (Le D de transformant en d, le contenu résultant d’une métamorphose de la parabole biblique par un effet de symétrie !)
(Le rationalisme n’est que le prolongement de la religion chrétienne à une symétrie près ! ! !)

 [1]]

LE BILAN EST IMPARABLE !
Très concrètement, la devise informelle adoptée tacitement ne se formule-t-elle pas comme :
L’art de réussir sa vie consiste à suivre le principe :
« Même si tout ne va pas très bien, il faut s’efforcer d’oublier le mauvais pour ne garder que le bon côté des choses »

LES H. S. AYANT REFUSÉ LE PRINCIPE DE SYMÉTRIE ET OPTÉ POUR LE « TOUJOURS PLUS » SONT EN TRAIN, EN 2010, D’INAUGURER LE SECOND PAN DE LA VIE DE TOUTE CIVILISATION … !

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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info