Le soleil a rendez-vous avec Bachelot

jeudi 15 juillet 2010
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Par Patrick Pelloux


Comme chaque année aux premières chaleurs, les journalistes hurlent « canicule » au pas de ma porte. Les questions sont les mêmes depuis sept ans : « Les choses ont-elles changé depuis 2003 ? », « Sommes-nous prêts en cas de canicule ? »

Ma consternation réside dans le fait que la canicule est devenue une communication folklorique écartant le fait qu’elle est catastrophique. Lors de la dernière grippe, deux milliards d’euros ont été dépensés pour rien, mais rien pour la canicule, bien plus mortelle ; et rien pour le service hospitalier. Les ours blancs, les phoques, les morses, et autres Inuits que nous sommes cuisent doucement. En sept ans, la prise de conscience du risque de la chaleur s’est faite, mais les gens n’ont pas les moyens d’améliorer leurs logements pour se protéger. De plus, le recours général à la climatisation entraîne une surconsommation d’énergie qui va aggraver le réchauffement.

Depuis 2003, tout a été organisé en termes de communication pour protéger les politiques. Les directeurs d’hôpitaux l’ont bien compris et ont tous désormais leur chargé de communication, afin d’encadrer l’info. Mais aucun n’a changé sa politique de fermetures de lits l’été ! Pourtant, ils pouvaient prévoir le risque, puisque les cinq derniers mois ont été les plus chauds depuis 1880, selon le Centre National des Données Climatiques Américain de la Terre et des Océans.

France cherche politiques

Depuis 2003, tous ceux qui ont édulcoré la réalité de la catastrophe continuent leurs brillantes carrières, comme si une aristocratie séquestrait la République, devenue leur catin. Le ministre de la Santé de l’époque, Jean-François Mattei, est devenu le président de la Croix-Rouge et président du Conseil d’administration de l’École des Hautes Études en Santé Publique ; sans doute pour son bon bilan ? Roselyne Bachelot était ministre de l’Écologie en 2003 et disait aux gens de « se mettre à l’ombre ». En 2010, elle est ministre de la Santé et des Sports, avec les succès et la casse du service public que l’on connaît ! Hubert Falco était secrétaire d’État aux Personnes âgées, il est aujourd’hui secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants. Michèle Alliot-Marie était ministre de la Défense en 2003 et, en cet été 2010, ministre de la Justice. Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur et il est devenu Empereur !

Les pompiers qui ont un peu trop parlé en 2003 ont eu leurs carrières raccourcies par ces deux derniers ! En 2003, il y avait eu une commission d’enquête parlementaire bienveillante à l’égard du pouvoir de l’époque. Elle était présidée par Claude Évin, devenu aujourd’hui directeur de l’Agence Régionale de Santé d’Île-de-France sur nomination de Sarkozy. Loin de moi l’idée de couper des têtes, je constate simplement que notre pays est gouverné par quelques personnalités qui ne se remettent jamais en cause !

Quant au monde médical, il n’a eu de cesse de flinguer les urgences et les syndicalistes qui avaient signalé la catastrophe. L’UMP a pris en charge la communication des urgences, et ceux qui, désormais, en parlent sont tous, de près ou de loin, dans ce parti politique néo-libéral. Ainsi, le message du tout-va-bien est relayé, et plus personne ne peut souffrir de la canicule, puisqu’on vous le dit !

L’Hôpital entreprise élaboré en 2002 est achevé et les fermetures d’établissements vont s’accroître. Les fermetures de lits sont cet été en augmentation. Les 500 millions qui avaient été donnés en 2004 pour les urgences se sont envolés dans les nouveaux jeux de financement des hôpitaux publics. En cas de drame, nous serons dans un déni de réalité gouvernemental car tout ira toujours bien. Je sais pas vous, mais moi, mon tube de l’été, c’est « Yes, we can ! ». Ça donne la force.

Patrick Pelloux
In Charlie Hebdo N° 943 du 13 juillet 2010


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