Jeux de guerre

Rompre le Silence - Témoignages de soldats d’Israël
mercredi 5 octobre 2005
par  Del
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Quelle que soit leur religion,
Quel que soit leur peuple,
Quelles que soient leurs excuses,
Tous les hommes sont capables de la même horreur,
Il n’y a pas de peuples différents,
Dans l’abominable, vraiment,
Ils sont bien frères les uns des autres.

Jean Dornac

Dans l’ensemble, les soldats israéliens s’efforcent d’effectuer leur travail de manière humaine et responsable, dans le cadre de l’armée "la plus morale du monde", guidés seulement par les impératifs de la sécurité d’Israël. Pourtant, cela fait déjà plusieurs années qu’un petit nombre de soldats tirent la sonnette d’alarme : il y a des choses qui se passent dans les Territoires et qui sont bien loin des images d’Epinal cultivées par beaucoup d’Israéliens et de Juifs dans le monde.

S’agit-il seulement d’actes isolés, sanctionnés par la hiérarchie dès qu’ils sont connus ? Pour répondre à cette question, il suffit seulement de se rappeler de ce qu’il est arrivé l’été dernier à cette exposition de photos, "Breaking the Silence", organisée à Tel-Aviv par d’anciens soldats postés à Hébron afin de témoigner de leur expérience là-bas. Au bout de quelques jours, l’exposition a été fermée par la police militaire et le matériel saisi, au motif qu’il s’agissait de pièces à conviction dans l’enquête ouverte par l’armée sur les présumées exactions commises sur des Palestiniens ... par les exposants eux-mêmes.

Ces soldats ont depuis créé un site Internet http://www.shovrimshtika.org (principalement en Hébreu, mais quelques fichiers en anglais peuvent être téléchargés), où l’on peut trouver divers témoignages sur la corruption morale inoculée aux soldats jour après jour par l’occupation.

Posté par Mikael sur www.styvoo.ch

Extraits de témoignages de soldats israéliens dans les Territoires, publiés sur le site www.shovrimshtika.org.

Traduction de l’anglais par Sandrine Resler.

Checkpoints

• Notre job était d’arrêter les Palestiniens au checkpoint et leur dire qu’ils ne pouvaient plus passer par là. Peut-être qu’ils le pouvaient encore il y a un mois, mais plus maintenant. Et nous savions qu’il y avait un autre chemin pour passer, donc d’un côté on n’avait pas le droit de les laisser passer, et de l’autre il y avait toutes ces vieilles femmes qui devaient passer pour rentrer chez elles, alors on leur montrait la direction de l’ouverture à travers laquelle elles pouvaient passer sans qu’on les remarque. C’était une situation absurde. On ne peut pas dire que c’était le juste fait de "nous autres" les soldats. Nos officiers aussi étaient au courant. Même que c’est eux qui nous l’avaient appris. Personne ne s’en souciait. Ça m’a fait me demander ce qu’on faisait au checkpoint. Pourquoi était-il interdit de passer ? C’était vraiment une sorte de punition collective. N’importe quel terroriste pouvait être au courant pour l’ouverture et passer par là. C’était juste une punition collective. Vous n’avez pas le droit de passer parce que vous n’avez pas le droit de passer. Si vous voulez commettre une attaque terroriste, tournez à droite puis à gauche, mais si vous ne voulez pas commettre une attaque terroriste, vous avez à faire un gros détour, c’était vraiment brillant ...

• J’ai eu honte de moi-même le jour où j’ai réalisé que tout simplement j’aime la sensation de puissance. Je n’y crois pas. Je ne pense pas que ça soit la bonne manière de traiter quelqu’un, certainement pas quelqu’un qui ne vous a rien fait, mais on ne peut pas s’empêcher d’aimer ça. Les gens font ce que vous leur dites. Vous savez que c’est parce que vous portez une arme. Sachant que si vous ne l’aviez pas, et que si vos camarades n’étaient pas à vos côtés, ils vous sauteraient dessus, vous battraient et vous poignarderaient à mort - vous commencez à aimer ça. Pas seulement aimer ça, mais vous en avez besoin. Et alors, quand soudainement quelqu’un vous dit "non" : qu’est-ce que tu veux dire "non" ? Où tu vas chercher cette chutzpah, d’oser me dire non ? Oublie un moment qu’en réalité je pense que ces Juifs sont fous, que je suis en faveur de la paix et que je crois que nous devons quitter les Territoires, comment oses-tu me dire non ? Je suis la Loi ! Je suis la Loi ici ! Et là tu commence à comprendre que ça te fait te sentir bien. Je me rappelle une situation précise : j’étais à un checkpoint temporaire, comme on disait : un checkpoint d’étranglement. C’était un tout petit checkpoint, très intime, 4 soldats, pas d’officier, aucune protection digne de ce nom, un truc à peine officiel, bloquer l’entrée d’un village. D’un côté un file de voitures qui veulent sortir, de l’autre une file de voitures qui veulent passer, une longue file, et tout à coup vous avez un pouvoir incroyable au bout des doigts, comme si c’était un jeu vidéo. Je suis là debout, je désigne quelqu’un, je te dis de faire ceci ou cela, et tu le fais, la voiture démarre, se rapproche, s’arrête devant moi. La voiture d’après suit, vous faites un signe, elle s’arrête. Vous commencez à jouer avec eux, comme un jeu vidéo. Toi tu viens ici, tu vas là-bas, comme ci comme ça. Vous bougez à peine, vous les faites obéir du bout des doigts. Un tel sentiment de puissance. Quelque chose qu’on ne peut ressentir nulle part ailleurs. Vous savez bien que c’est juste parce que vous avez une arme, que vous êtes un soldat, vous savez tout ça, mais c’est comme une drogue. Quand je m’en suis rendu compte ... Je me suis observé afin de comprendre ce qui m’était arrivé. Et là il y a eu comme une grosse bulle qui a éclaté. Je pensais être immunisé, que quelqu’un comme moi, de réfléchi, d’instruit, un homme moral avec des valeurs éthiques, ... toutes ces choses que je peux affirmer sans aucun doute à propos de moi-même. Tout d’un coup, je me rends compte que contrôler les gens est devenu ma drogue.

• Pendant cette période, le lieutenant ***, commandant du second peloton, était responsable du checkpoint 101. Durant tout ce temps, il se conduisit de manière irrespectueuse et cruelle envers les gens qui passaient au checkpoint. Par exemple : il lui arrivait d’arrêter complètement toute une file de voitures attendant de passer le checkpoint, pour peu qu’un conducteur impatient ait klaxonné. Ce conducteur était bon pour une engueulade et une attente supplémentaire. Le commandant était connu pour ses remarques acérées aux conducteurs inspectés, du style "va te faire exploser" ou "et bonne explosion" et dans ce goût-là. Durant le 5 semaines où son peloton était en charge du checkpoint, il a créé une "atmosphère de terreur" qui n’a pas du tout aidé à détendre l’atmosphère déjà tendue du checkpoint. Il est important de noter que seuls les Israéliens ont le droit de passer ce checkpoint et que la plupart des gens qui passent par là sont des Arabes israéliens.

• Un gamin de 4-5 ans s’approcha du checkpoint 45 à Naplouse et demanda la permission de passer. Le sergent de garde refusa. Le gamin le supplia plusieurs fois et à la fin le sergent devint furieux, arma son fusil, le braqua sur la tête du gosse et lui dit que s’il le lui demandait encore une seule fois, il lui tirerait dans la tête.

Tout-puissant

• Le truc le plus fou est que vous êtes là, un soldat de Tsahal OK ? Vous avez une mitraillette, elle est chargée et la sécurité est enlevée. Alors quoi, t’es con ou quoi ? Comment oses-tu ne pas m’écouter ? Je peux t’abattre à tout moment. Je peux t’exploser la tête avec ma crosse, et il y a toutes les chances que mon officier me tapote l’épaule et me dise "Ça leur apprendra, tu as fini par comprendre". Comment oses-tu ? Qu’est-ce que t’as pas compris ? Tu vois pas comme j’ai un pouvoir absolu sur toi ? C’est dingue. Je suis juste un gosse. Je suis né hier. Je tiens mon pouvoir de mon uniforme et de ma mitraillette, c’est ce qui me donne le droit de tout décider. Et je fais ce qu’on m’a dit. J’ai ce pouvoir et je l’utilise. Je suis peut-être la personne la plus évoluée et la plus attentionnée au monde, mais quand je dis "mamnu` tajawul, ruh `al beit" [c’est couvre-feu, rentrez chez vous], il y a 4 points d’exclamation et un point final à la fin de ma phrase. C’est pas négociable. Je m’en fous si j’ai 18, 17, ou 21 ans. Je suis un soldat. J’ai un flingue et je suis de Tsahal. J’ai des ordres et ils ont intérêt à y obéir. ils ont intérêt à obéir aux ordres que je leur donne. C’est moi qui donne les ordres ici. En fait, ce sont des civils, et je leur donne des ordres tout le temps ... et ils obéissent que ça leur plaise ou non. Et si ça leur plaît pas, si ils rechignent, alors je les force à obéir Pourquoi ? Bonne question. Très bonne question. Je sais vraiment pas ... parce que. Parce que c’est la merde. Voilà.

• Pendant une patrouille de routine à Ramallah, le conducteur du tank a roulé sur 3 voitures de prix. Il agissait sur les ordres du commandant qui lui avait ordonné d’écraser les voitures. Un des tanks qui suivait a aussi roulé sur ces 3 voitures. Aucun des membres des équipes des 2 tanks n’a fait aucune remarque. Une semaine plus tard, le commandant en question faisait à son unité un cours sur la "Pureté des armes" [l’usage ethique de la force militaire].

• Pendant une patrouille de routine en transport de troupe blindé afin d’imposer le couvre feu à Béthlehem, le soldat en charge du lance-grenade (le paramédic) a reçu l’ordre de lancer quelque grenades de gaz sur un balcon où une famille palestinienne était tranquillement installée à manger de la pastèque. Les raisons : 1. Ils étaient à l’extérieur de leur maison (sur leur balcon) et donc violaient le couvre-feu. 2. Ils étaient probablement occupés à nous observer afin de préparer un attentat contre nos forces. Le soldat leur envoya quelques grenades de gaz et puis il commença à se disputer avec un autre soldat sur qui allait gagner le "jeu" de réussir à lancer une grenade à l’intérieur de l’appartement. Chacun à son tour a essayé de lancer une grenade de gaz à l’intérieur de l’appartement.

• [...]Plus tard durant cette patrouille (censée durer 2 heures selon l’ordre de mission), le commandant de peloton décida d’emmener ses soldats voir les sources naturelles qui donnent son nom au village (c’est loin de la route principale). Plus nous restions dans le village, plus les villageois commençaient à s’énerver et à s’agiter. Progressivement un groupe d’enfants commença à se former à 300m de nous. Les enfants commencèrent à crier, à nous insulter et à jeter des pierres. Inutile de le dire, les pierres n’avaient aucune chance de nous atteindre. Le commandant de peloton et le commandant de division appelèrent alors le sniper, sergent de première classe ***, afin qu’il vienne prendre la mesure de la distance entre les enfants et nous. Le sniper répondit que c’était 300m, et ils lui demandèrent de tirer à balles réelles sur le lampadaire juste à côté des enfants. Quand il répondit qu’à une telle distance son tir serait imprécis, il reçu l’ordre de le faire tout de même. Il se mit en position de tir, puis redemanda une explication sur le but de ce tir. A ce point, le commandant de peloton lui répondit que c’était juste un test et qu’il plaisantait. Après 4 heures et demi dans le village, les habitants étaient hors de leur maison et ce groupe d’enfants était jusque là le seul à avoir agi de façon hostile (à jeter des pierres à distance), le commandant de division a appelé le lanceur de grenade afin d’envoyer du gaz lacrymogène sur les enfants. Quand le lanceur de grenade lui a demandé le but de la manœuvre, le commandant a perdu patience, lui a pris son arme et l’a donné à son radio avec l’ordre de tirer [du gaz lacrymogène] sur les enfants. Ce qu’il a fait. Quand nos force revinrent dans ce village plus tard, elles furent accueillies avec des pneus en flamme et des grenades à main artisanales.

Couvre-feu

• Si je devais mettre des pourcentages, je dirais qu’il y avait couvre-feu 80% du temps. Au début il n’y avait pas de couvre-feu et puis c’est devenu une situation permanente. Il y avait par-ci par-là un jour sans, principalement pendant la Hudna [cessez-le-feu] il y a eu un répit de 2 semaines. Aussi, il y avait ces décisions étranges qui vous donnaient l’impression qu’il y avait quelque part quelqu’un dans un bureau qui pouvait un peu faciliter les choses. Il y avait de longues période de couvre-feu de 6 heures à 6 heures, ou de 8 heures à minuit. Puis, sans avertissement, couvre-feu de 8 heures à midi. La routine : fermer les magasins, renvoyer tout le monde à la maison, et puis les laisser ré-ouvrir.

Q : Quand vous dites "fermer les magasins", où exactement à Hébron ça se passait-il ?

Dans la rue principale de la Casbah toujours. A un certain moment c’est devenu très facile, il n’y avait plus de magasins.

Q : Quand il y en avait encore, comment cela se passait-il ?

“Sakir, sakir, sakir, sakir, sakir, sakir, sakir” [fermez !] faire le tour, atteindre le bout de la rue, revenir en arrière, encore un tour et ça y est : tout est fermé, pas âme qui vive. Dans une rue encombrée, avec l’habileté actuelle de Tsahal, juste 10 minutes.

Incidents à Abu Sneina

• Je veux parler d’un incident qui s’est passé pendant un enterrement au cimetière d’Abu Sneina. [...] Nous sommes arrivés avant que ça ne commence. Il y avait déjà pas mal de monde au cimetière, peut-être une centaine de personnes en deuil. L’officier s’est approché et a voulu disperser le rassemblement. Pour moi, un enterrement est quelque chose de très ... enterrer une personne décédée est vraiment quelque chose qui doit être fait... c’est la chose la plus humaine au monde, il n’y a pas à en discuter. Quand il s’est approché de ces gens endeuillés et a essayé de les disperser, il avait, j’étais près de lui, il avait un regard plein de haine. Ces gens ... ils voulaient juste enterrer quelqu’un qu’ils aimaient, et lui est venu pour les disperser avec de la haine et des cris et des menaces avec son arme. Et il a braqué son arme vers les gens, et quand il s’est rendu compte qu’ils étaient déterminés à continuer l’enterrement, il a essayé d’utiliser tous les moyens possibles ... il jurait, il a armé son fusil, il s’est approché d’un vieil homme dans les 80 ans qui pouvait à peine bouger et lui a braqué son arme en plein visage, et il y avait vraiment plus d’un centaine de personnes occupées à regarder un officier agissant avec tant de haine. Et à travers son insistance à interrompre les funérailles, je pouvais vraiment voir qu’il ne les considérait pas comme des être humains. Je suis encore furieux contre moi-même de n’avoir rien dit. Comme dans d’autres incidents, j’ai seulement baissé les yeux, je ne savais pas quoi faire de moi-même.

Je veux rajouter quelque chose qui met tout ça en perspective, l’insupportable inutilité de tout ça, c’était pendant la Hudna, et en fin compte il est apparu qu’ils avaient l’autorisation de procéder à cet enterrement. Ça, ça été le plus dur, de finalement apprendre qu’ils avaient une autorisation de l’armée, et que tout ce qu’il avait à faire c’était d’appeler le QG pour demander des ordres, et qu’alors il aurait appris que tout ça n’était pas nécessaire.

• [...] A cette époque il n’y avait pas d’unité de Tsahal stationnée dans Abu Sneina, maintenant il y en a une. Donc ce que le commandant de compagnie faisait était de prendre 2 APC [Armored Personnel Carriers] une fois par semaine plus ou moins et d’envoyer une sorte de caravane blindée à Abu Sneina. [...]. C’était en quelque sorte une patrouille violente. Je veux dire, ils y allaient avec 2 APC et tout le matériel, il y avait aussi un grenadier. Ils y allaient violemment pour démontrer notre présence. Une nuit j’étais à ***, dans la maison, et on est informé qu’ils y vont. Tout le monde se précipite à son poste pour les couvrir, afin qu’ils ne se fassent pas tirer dessus des toits, à l’époque, il y avait beaucoup d’hommes armés dans le coin, ... des tirs de snipers, des tirs d’armes automatiques sur des postes de Tsahal ou sur nous. Et alors, tout à coup, on entend une explosion énorme et tout le monde a la trouille, on pensait que quelque chose s’était passé, tout le monde regarde dans tous les sens, essayant de comprendre ce qui s’était passé ... et là un des commandants de compagnie dit : " C’est OK, c’est OK, c’est moi. Quelqu’un a garé sa voiture ici et on a lancé une grenade dessus. Maintenant il saura qu’il ne faut pas se garer ici." Et puis soudainement un rire à la radio, une autre explosion et puis "Bon, demain matin il retrouvera sa boutique redécorée." Des trucs dans le genre, vous savez, pour bien faire sentir la présence de Tsahal.

L’ajout de « s’il vous plaît »

• Il y a ces types ... je veux pas les définir ... mais ces types qui croient qu’il n’est pas moral d’occuper les Territoires et qui malgré tout servent dans les Territoires. Ils ont une tendance à dire "je n’ai pas fait toutes ces choses, moi je ne fais pas toutes ces horreurs dont vous entendez parler aux nouvelles ou ailleurs". Et nombre d’entre eux se félicitent eux-mêmes, et se disent "Regarde, ils sont gentils avec nous, ils nous sourient, nous offrent du café". Et quand j’entends ça, ça me rend dingue. La question est : qui est gentil avec nous, qui nous offre du café ? Les Arabes. Les Juifs sont toujours gentils bien sûr, sauf si cela ne les arrange pas. Mais en général ils sont gentils, et on s’attend des Arabes à ce qu’ils soient hostiles ... et vous faites ce que vous avez à faire, monter sur le toit d’une maison, et le propriétaire de la maison vous apporte des oranges et du café. Et vous commencez à trouver ça normal ... Vous regardez l’homme dans les yeux et vous vous dites à vous-même : "Je suis capable de voir s’il a peur de moi ou s’il m’aime bien". Tout ça c’est des conneries. Il peut même bien vous aimer, parce que vous avez toqué poliment à sa porte au lieu de la démolir. Mais en fin de compte, si j’étais eux, ça ne ferait pas beaucoup de différence pour moi si on me disait "rentrez à l’intérieur s’il vous plaît" ou "rentre à l’intérieur" avec un fusil braqué dans mon visage. Quelle différence cela fait-il ? Vous ne me laissez pas marcher librement dans les rues, vous ne me laissez pas travailler, vous ne me laissez pas vivre et respirer. Quelle différence cela fait-il si c’est avec politesse ou par la force ? Quelle différence si vous ouvrez la porte, ou si vous la démolissez, dans tous les cas vous entrez dans ma maison ... c’est aussi simple que ça pour vous.

De toute façon, un mois avant que vous n’arriviez, un mois après votre départ, ce sera toujours la même chose. Vous êtes peut-être un soldat moral, un soldat évolué, vous vous êtes bien conduit, correct avec tout le monde ? Pas seulement avec les Arabes, avec tous les êtres humains. Vous étiez quelqu’un de bien. Quelqu’un de moins bien viendra après vous.

Hébron

• Q : Quand vous entendez le mot "Hébron", quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ? Qu’est-ce que ce mot évoque pour vous ?

Je ne veux pas aller là-bas... Je ne veux pas être là... Je n’ai vraiment rien à faire là. C’est un endroit dont je ne m’approcherai jamais plus, je pense. Je ne veux pas me rappeler où je suis allé, où je ne suis pas allé, à quel poste ou à quel coin de rue j’étais positionné. Et ce qui s’est passé là-bas... Non... Non, je ne veux plus rien de tout ça, je ne veux plus me souvenir de rien.

• Ce matin-là, un gros groupe arrive à Hébron, dans la quinzaine, des Juifs de France. C’étaient tous des Juifs religieux, des Français, ils ne parlaient pas vraiment hébreux, ils parlaient moitié anglais, moitié hébreux et moitié français. Ils étaient de bonne humeur, ils s’amusaient vraiment beaucoup et j’ai passé tout mon tour de garde à suivre partout cette bande de Juifs et à essayer de les empêcher de détruire la ville. En gros, c’est ce qu’ils ont fait pendant des heures. Ils se baladaient dans les alentours, ramassant toutes les pierres qu’ils voyaient et les lançant dans les fenêtres des Arabes, et renversant tout ce qu’ils trouvaient sur leur chemin. Une bande de Juifs est juste arrivée de France, a débarqué dans le secteur dont nous étions responsables, et a fait tout ce qu’ils avaient envie.

Et ceci n’est pas une histoire d’horreur, ils n’ont pas attrapé un Arabe pour le tuer ou rien dans le genre, mais ce qui m’a perturbé dans cette affaire, c’est que ces Juifs débarquent de France, et je n’ai aucune idée d’à quel point ils sont au courant de ce qui se passe ici, et ... peut-être que quelqu’un leur a dit qu’il y a un endroit sur terre où l’on peut juste ... je sais pas, ... qu’un Juif peut y laisser éclater toute sa rage sur les Arabes et faire tout, absolument tout ce qu’il a envie. Qu’il peut venir dans une ville palestinienne, et y faire tout ce qu’il lui plaît, et qu’il y aurait toujours des soldats pour le protéger. Parce que c’était ça mon travail. Bien sûr j’aurais pu essayer de les empêcher de lancer des pierres. Sauf que je ne pouvais pas le faire évidemment, je ne pouvais tout de même pas leur courir tout le temps après, pas de manière utile du moins. Mais mon vrai boulot, c’était de les protéger, d’assurer qu’il ne leur arrive rien. Et c’est bien comme ça qu’on nous a expliqué notre mission. Pas de les empêcher d’agir. A la rigueur d’essayer de les empêcher. Mais principalement de les protéger.

• Le pire à Hébron, ce qui vous affecte le plus, c’est cette indifférence totale que ça instille en vous. C’est difficile de décrire cette mer d’indifférence dans laquelle vous nagez tant que vous restez là-bas. C’est peut-être possible d’expliquez un peu, avec des anecdotes, mais c’est jamais tout à fait ça. Un de ces histoires, c’est un petit garçon, dans les 6 ans, qui passe devant moi au poste. Il me dit : "soldat, écoute, ne sois pas fâché, n’essaie pas de m’arrêter, je sors pour aller tuer des Arabes." Je regarde le gosse, sans savoir ce que je suis sensé faire. Alors il dit : "d’abord je vais aller m’acheter une glace chez Gotnik" - c’est leur épicerie - "puis je vais aller tuer des Arabes". Je n’avais rien à lui dire. Rien. Je suis resté totalement paralysé. Et ça c’est quelque chose, qu’une ville, qu’un expérience pareille puisse transformer quelqu’un qui était un éducateur, un conseiller, quelqu’un qui croyait en l’éducation, qui croyait au pouvoir de la discussion avec les gens, même si les opinions étaient différentes. Mais je n’avais rien à dire à un gamin comme ça. Il n’y a rien qu’on puisse lui dire ...

• Je ne me rappelle pas exactement à quelle étape de la mission c’était ... Je me rappelle juste qu’un vendredi on est parti en patrouille. [...] nous avons découvert un gros objet en métal sur le sol [de Shlomo Square]. Il faut que vous compreniez que les vendredi à Hébron, il y a une atmosphère comme nulle part ailleurs, pas même dans n’importe quelle autre colonie israélienne. On sent vraiment là-bas à Chabbat qu’on peut être tué à tout moment. Un Chabbat de tension. Chaque Chabbat que j’ai passé là-bas a raccourci ma vie d’un an ou deux. La tension est insupportable. Et ça recommence, Chabbat après Chabbat. [...] Nous avons vu cet objet, et notre commandant ne savait pas quoi faire. Il a contacté le commandant de la compagnie par radio et le commandant de la compagnie a eu l’air tendu. Le commandant de la patrouille voulait appeler les démineurs pour enlever ce truc. On pouvait pas savoir ce que c’était. Ça avait été mis là clairement en notre honneur, mais c’était pas clair si c’était juste là tout seul, ou si quelqu’un était en train de surveiller notre réaction. Confusion. Et le commandant de la compagnie était nerveux à la radio. J’avais pas de radio, mais je pouvais l’entendre crier à travers les écouteurs de mon commandant. [...] Mon commandant a arrêté un type et l’a forcé à y aller. On pouvait voir que le type était totalement en état de choc. Le commandant lui a dit de bouger l’objet, de le soulever. Je me rappelle qu’en tout ça n’a pris qu’une minute, peut-être moins. Le type y est allé. Je me rappelle que son visage tremblait, il avait l’air de pas savoir si il devait le faire ou non. Et nous on était là, [...] 4 soldats à une distance de sécurité. Quand cet homme y est allé et a commencé à bouger l’objet, il était vraiment, vraiment effrayé. Après que ça soit fini et qu’on l’ait laissé partir, alors seulement je me suis rendu compte de ce que nous avions fait. Maintenant, ça c’est passé en moins d’une minute ... une demi-minute, pareille à n’importe quelle autre demi-minute de patrouille à Hébron. La routine, rien que de très ordinaire. Et je me rappelle qu’après ça, *** et moi-même nous sommes dit qu’on devait faire quelque chose , aller en parler au commandant du régiment peut-être.[...] mais d’un manière ou d’une autre ça a fini par perdre de son importance au fil du temps.

• Ce qui m’a affecté le plus sur mon temps à Hébron, c’est quelque chose qui s’est passé quand je venais d’arriver. J’étais de garde au poste quand tout à coup une petite fille surgit d’une ruelle et me crie "soldat, soldat, viens vite, il y a un Arabe qui attaque une fille". Je suis alarmé et me précipite avec mon fusil prêt. Là je découvre un Arabe avec ses 2 enfants, en train d’essayer de les protéger d’une autre petite fille de colons qui leur jette des pierres. Je pète un câble et commence à l’engueuler. "Qu’est-ce que tu fous ? Qu’est-ce qui se passe ici ?" et je me retrouve déchiré entre cette gamine qui jette des pierres et qui hurle que c’est un Arabe et qu’il devrait être tué et qu’ils n’ont rien a faire ici, et le père, pauvre homme, qui d’un certaine manière me dit de ses yeux sans espoir "Nous avons l’habitude, ça fait longtemps que c’est comme ça, c’est OK".

• Quand j’ai servi à Hébron, pour la première fois de ma vie j’ai ressenti quelque chose de différent à propos du fait d’être Juif. Je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas l’expliquer, mais j’ai ressenti quelque chose de différent sur ce que c’est d’être Juif, le Tombeau des Patriarches, la cité antique, ça m’a touché spirituellement d’une certaine manière. Ça c’était mon sentiment initial là-bas. Au début, je sentais vraiment que j’étais en train, peut-être pas de défendre l’Etat, mais de défendre des Juifs qui font partie de l’Etat d’Israël, et dans une ville qui était disputée d’une manière différente des autres villes où il y a des Arabes je pense, parce que c’est la ville de nos ancêtres, et il y a le Tombeau des Patriarches et tout ça. Mais de jour en jour ... pour être honnête, c’est pas de jour en jour, mais un beau jour je me suis brutalement rendu compte : J’étais à ***, le long de la route des pèlerins, et j’étais posté là avec ***. Ce jour-là il y avait eu une attaque terroriste.

Tout à coup, sans prévenir, un groupe de plus ou moins 6 Juives nous arrive dessus, accompagnées de 6-7 filles, des petites filles, et elles commencent à courir partout, à donner des coups de pieds dans les étals et à les retourner, et nous on n’était que deux et on savait pas quoi faire et elles ont commencé à devenir vraiment violentes, à cracher sur les Arabes, sur les vieilles personnes. Il y a avait là Mohammad qui ne faisait rien, il était juste assis là, il ne faisait vraiment rien, et elles lui sont tombées dessus et ont commencé à lui donner des coups de pieds, à lui cracher dessus et à lui hurler de partir. Je me souviens qu’à un moment une des femmes a pris une pierre et a cassé la vitrine du salon de coiffure qui se trouvait là. Juste comme ça, elle l’a cassé. Un homme en sort, et je me retrouve, d’un côté à essayer de lui arracher sa pierre afin qu’elle ne casse plus d’autre vitrine, et de l’autre à la défendre pour qu’elle ne se fasse pas tabasser. Et tout à coup je me retrouve face à ce Palestinien [...] je regarde, et je vois une baraque d’au moins 2 mètres et moi juste 1.63 mètres face à lui et tout ce qu’il a à faire c’est m’envoyer une beigne pour me foutre à terre, mais bien sûr il ne va pas le faire parce que je suis armé et il sait parfaitement qu’il va s’en prendre une s’il fait ça. Donc d’un côté vous vous dites merde je suis supposé de protéger les Juifs ici. De l’autre côté ces Juifs n’agissent pas du tout avec la morale et les valeurs qui m’ont été enseignées. A Hébron je me suis retrouvé à un point où je ne savais plus qui était l’ennemi, si c’était les Juif qui devenaient dingues et je devais en protéger les Arabes, ou alors si je devais protéger les Juifs des Arabes qui sont supposés être les agresseurs.

• Il y a plusieurs choses qui me restent. Une d’entre elles, je pense que ma définition du fait d’être Juif a un peu changé. Avant je pensais que celui qui se définit comme Juif est Juif, ça me suffisait. Aujourd’hui je n’en suis plus si certain. Après que j’ai vu des Juifs qui... je ne sais même pas si ma définition des Juifs est même différente à cause de... ce sont aussi des êtres humains, mais ils n’agissent pas comme... des Juifs qui ont vécu un holocauste, eux-même ne l’ont pas vécu bien sûr, mais je suis certain que certains d’entre eux descendent de survivants de l’Holocauste. S’ils sont capables d’écrire sur les portes des Arabes "Arabes dehors" ou bien "Mort aux Arabes", et de dessiner à côté une étoile de David, qui pour moi ressemble à une swastika quand ils la dessinent comme ça, alors oui d’un certaine manière le terme Juif a un peu changé par rapport à qui est Juif. Ça c’est un truc. Un autre truc qui m’est resté de Hébron ? J’ai l’impression que je suis peut-être revenu un peu blessé, je sais pas. Pas physiquement non, émotionnellement.

• Un jour que j’étais à *** à Hébron, un homme arrive au passage près de notre poste accompagné de quelques femmes et de jeunes enfants. Le passage mène à la Casbah et il était interdit de passer. Je me souviens toujours de cet homme comme du chef de famille, sans savoir si les femmes étaient ses épouses, ses soeurs ou quoi. Il mène son clan vers toi et toi tu t’avances et lui dis en Arabe : "Waqif, mamnu` tajawul, ruh `al beit" [Stop, c’est couvre feu, rentrez chez vous]. Et alors il se met à discuter. Ils discutent pratiquement toujours. Allez, foutez le camp d’ici, il n’y a rien à faire. Je n’aime pas faire ça, mais ça suffit, rentrez chez vous. Et tu discutes, tu discutes, et lui s’enhardit de plus en plus, comme s’il pensait qu’il pourrait l’emporter en fin de compte. Il n’essaie pas de le faire à l’hypocrite, il pense réellement que d’une manière ou d’une autre il est dans son droit. Et ça te perturbe. Tu te rappelles qu’en fait, tu es plutôt en sa faveur, et que tu aimerais bien le laisser passer, mais tu n’es pas supposé le faire, et comment ose-t-il te faire face ainsi, si fièrement ... et la discussion n’en finit pas.

Finalement, la patrouille arrive, et d’une discussion entre 2 soldats et 10 personnes, ça devient une discussion entre 10 soldats et 10 personnes, et avec un officier qui, bien entendu, est bien moins enclin à laisser aller les choses. En bref, les crans de sécurité sont enlevés et les armes braquées, pas directement vers lui, mais dans la direction de ses jambes. "Fous le camp d’ici, assez de bavardage". C’était moi qui étais le plus proche de lui, entre 1 et 2 mètres. Il était bien habillé, avec un costume et un keffieh, il avait l’air vraiment respectable. Et moi je me retrouve là avec mon arme comme ça, en direction de sa poitrine, en train d’essayer de me protéger, de me défendre. Je sais pas, maintenant j’avais peur qu’il tente quelque chose. Et vraiment, l’atmosphère est tendue, plus que d’habitude. Et il gonfle sa poitrine, ses poings sont serrés. Et moi je ... mon doigt bouge vers le cran de sécurité, et là je vois que ses yeux sont remplis de larmes, et il dit quelque chose en arabe, tourne les talons et s’en va. Et son clan le suit.

Je ne sais pas vraiment pourquoi cet incident en particulier s’est gravé dans ma mémoire sur toutes les fois où j’ai dit à des gens de filer pendant un couvre feu, mais il y avait quelque chose de si noble chez lui, et je me suis senti comme une merde. Du style, qu’est-ce que je fous ici ?

Incursions et démolitions

• De jour comme de nuit, suivant notre envie, on choisissait un maison sur la carte en fonction de la position de notre compagnie à ce moment-là. Juste comme on a envie, on en choisi une " Jaysh, jaysh... iftah al bab" [armée, armée, ouvrez la porte] et ils ouvrent la porte. On met tous les hommes dans une pièce, toutes les femmes dans une autre et on les laisse sous surveillance. Le reste de l’unité fait comme il lui plaît, sauf détruire le mobilier - cela va sans dire - sans rien voler, en causant aussi peu de dommage possible aux gens.

Si j’essaie d’imaginer la situation inverse ... si on entrait dans ma maison, pas la police avec un mandat, mais une unité de soldats, s’ils faisaient irruption dans ma maison, poussaient ma mère et ma petite sœur dans ma chambre, et nous forçaient mon père, mon petit frère et moi dans le living room, leurs fusils braqués sur nous, en train de rire, de sourire et nous ne comprendrions pas toujours que qu’ils disent pendant qu’ils vident les tiroirs et fouillent dans nos affaires. Oups, c’est tombé par terre, c’est cassé ... toutes ces photos, de ma grand-mère et de mon grand-père ... toutes ces choses sentimentales que ne voulez pas que quelqu’un d’autre regarde, cette intimité que personne n’a le droit de violer. Votre maison vous appartient.

Il n’y a aucune justification pour ça, ça ne devrait pas arriver. S’il y avait des soupçons qu’un terroriste est dans la maison, OK, alors on doit le faire. Mais entrer dans une maison, n’importe quelle maison : tiens on en choisit une, comme c’est amusant, il y a un numéro dessus en chiffres arabes que j’arrive pas à lire. J’ai envie d’entrer dans celle-là. On entre, on fouille, on cause un peu d’injustice, on a certainement démontré notre présence militaire ... et puis on s’en va ailleurs.

• C’etait après un attentat à Jérusalem et il avait été décidé de lancer une opération de grande envergure, à laquelle je pris part, dans les environs de Jénine. Pendant cette opération, nous pénétrâmes un camp de réfugiés afin de procéder à plusieurs arrestations et des interrogateurs vinrent nous rejoindre. Un des suspects à arrêter était un jeune Palestinien suspecté d’être membre d’une organisation terroriste. Il n’était pas chez lui, mais sa famille y était, y compris ses parents et plusieurs de ses frères. Après avoir fouillé la maison, ils (les interrogateurs) commencèrent à interroger le père, un homme de plus de 60 ans je pense. Pendant l’interrogatoire, qui se passait en présence de toute la famille, il a été menacé avec une arme, engueulé et aussi battu sauvagement. Je me souviens qu’un des types l’a attrapé par le cou et l’a cogné contre le mur, tout ça sous les yeux des ses enfants qui, bien entendu, ne pouvaient pas le défendre. Après ça il a été battu assez longtemps et quand ils en ont eu fini avec lui, ils s’en prirent aux enfants et se mirent à interroger certains des fils de la même manière.

• Nous étions en pleine opération de fouille de maisons dans le camp de réfugiés, quand nous sommes entrés dans une des maisons, avons parqué la famille dans une des pièces (selon la procédure) et avons commencé à fouiller la maison. Quand nous étions entrés, la famille était occupée à regarder la finale de la coupe du monde de football à la télévision, et celle-ci était toujours allumée. Nous fûmes tentés et nous assirent pour regarder le match. Peu à peu, tout le monde (toute la division) vint nous rejoindre, tous attroupés devant la télé - y compris le vice-commandant du peloton. Pendant ce temps, la famille attendait dans la pièce où nous les avions mis un peu plus tôt.

• Durant l’opération "Homat Magen", notre unité finit par se retrouver à loger dans plusieurs maisons de Palestiniens dont les habitants avaient été temporairement déplacés. Au départ, nous avions bien l’intention de ne rien détruire ou abîmer, mais après 2 ou 3 jours les soldats ont commencés à s’installer sur les canapés pour regarder la télé, des meubles ont été démoli, certains utilisaient des serviettes de bain comme papier toilette, d’autres se sont mis à utiliser les PC qui étaient sur place. Il est impossible de désigner une maison en particulier parce que cela s’est passé ainsi dans toutes.

• Nous sommes entré dans le village de Beit Rimah pour procéder à des arrestations et démolir les maisons de ceux qui dirigeaient des activités terroristes. Après les arrestations, nous avons traversé le village en transports de troupes blindés accompagnés par une unité de tanks Merkavah. Les rues étroites étaient encombrées de voitures et sur les ordres du commandant de régiment, nous avons roulé par-dessus les voitures. Plusieurs voitures ont été démolies. (Inutile de le dire : personne n’a été dédommagé.) Nous avons évacué les habitants des maisons [désignées pour la démolition]. On employait toujours des dizaines de kilos d’explosif de plus que nécessaire. Un chien est resté enfermé dans une des maison et a été pulvérisé. La même explosion a causé un trou de 2 mètres de large dans la maison d’à côté.

• En réaction (exceptionelle) à des jets de pierres au niveau de la route de Beitar (à ?) Ezion, la brigade Ezion prit la décision de démolir une maison qui avait été étendue sans autorisation. Les ordres étaient de ne démolir que l’extension illégale. Bien entendu, toute la maison a été endommagée et presque détruite. Pendant l’évacuation des habitants - ils ont été évacué par la force, arrêtés et menottés parce qu’ "ils avaient refusé de sortir de leur plein gré et désobéi à l’ordre d’évacuation" - le chauffeur personnel du commandant de brigade frappa un jeune homme au visage, lequel était déjà en état d’arrêt et les mains menottées dans le dos. Quand je tentai de l’en empêcher, une dispute éclata entre nous. La dispute fut stoppée par le vice-commandant du 932ème bataillon, capitaine ***, qui jugea que j’avais réagi de manière exagérée.

Pour s’occuper

• Huit heures de garde, c’est dur, vraiment dur, on s’ennuie. J’étais avec *** et ***, tous les trois au poste. C’était samedi et le commandant de la compagnie n’était pas là, alors on se sentait plus libre, on savait qu’on allait pas se faire inspecter. Notre commandant adjoint était là ce samedi-là, et nous on s’emmerdait vraiment terriblement. Et on a commencé à discuter, à raconter nos batailles, qui avait déjà lancé une grenade phosphorescente, qui pas, qui avait employé du gaz lacrymogène, qui avait déjà tiré, ... ce genre de trucs., et on s’est rendu compte que *** n’avait jamais lancé de grenade phosphorescente. On a donc décidé de mettre en scène un incident, afin de pouvoir en lancer une. On a cassé un verre, rapporté qu’une bouteille vide avait été lancée sur nous et demandé la permission de lancer une grenade phosphorescente. Le commandant est venu, a examiné la scène et a dit que c’était inutile. Il a fait vérifier l’endroit où on avait dit qu’il y avait des gamins et bien sûr il n’y en avait pas. Le commandant est reparti et nous on râlait parce qu’on n’avait pas pu lancer la grenade et qu’on s’emmerdait toujours autant. Tout ça nous avait fait passer 5 minutes, mais on avait encore dans les 4 heures, 4 heures et demie à tirer, on était qu’à la moitié du tour de garde, et on s’est dit qu’on allait tout de même lancer cette grenade, parce qu’on s’emmerdait vraiment et qu’on voulait faire quelque chose. On l’a fait et cette fois on n’a pas demandé l’autorisation, *** l’a juste lancée. C’est pas que j’essaie de rejeter le blâme sur lui, on était là tous les 3, et je lui ai donné la grenade et lui ai montré comment la lancer, et voilà, il a lancé la grenade phosphorescente vers un groupe de gosses qui étaient assez loin, mais ils ont eu peur et se sont enfuis.

• J’avais un copain qui avait une arme équipée d’un lanceur de grenade, et tout ceux qui ont un tel lanceur reçoivent des munitions pour disperser les manifestations. [Et il] avait tout un tas de grenades lacrymogènes, et il adorait les lancer. Il en volait même aux autres gars équipés comme lui, et il les utilisait dès qu’il était de garde. Il les lançait carrément sur des groupes de gens occupés simplement à discuter, les voir s’encourir en toussant ça l’excitait.

Q : Comment les autres gars de son unité réagissaient à ça ?

Je sais pas, même les types qui n’aimaient pas ça ne disaient rien ou bien... je sais pas, tout le monde trouvait ça normal.

• Le carrefour était plein de monde et d’étals de marché. Une jeep de la police des frontières fit irruption, l’officier et un soldat en sortirent pendant que le conducteur restait à l’intérieur. L’officier et le soldat prirent 20 Palestiniens au hasard, les alignèrent au milieu de la rue et les y gardèrent pendant une heure sous le soleil sans les laisser bouger. Quand je m’approchai pour demander à l’officier la raison de tout cela, il me répondit : "Oh tu sais, c’est juste pour s’amuser.". A la fin, ils les giflèrent puis les laissèrent partir.

En guise d’exemple

• Durant une patrouille dans un quartier dont nous soupçonnions qu’il y avait eu des tirs le jour précédant, des pierres furent lancées du haut d’un toit sur une des jeeps. Nous étions près de la mosquée et c’était l’heure de la prière. Après une courte course-poursuite infructueuse, 2 enfants palestiniens furent capturés [au hasard] dans une allée (l’un d’eux avait dans les 11 ans). Ils furent jetés dans une jeep blindée et la patrouille vint s’arrêter devant la mosquée. Le commandant de brigade et 2 soldats en sortirent et montrèrent leurs "prisonniers", menottés et les yeux bandés. Le commandant de brigade menaça le villageois qui étaient dans la mosquée et leur dit que ce genre de chose arriverait tous les jours si le soulèvement continuait. Les "prisonniers" furent détenus 7 heures au poste du quartier général de la brigade, puis ils furent relâchés à 4 heures de marche de leur maison.


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