Les criminels de bureau

jeudi 21 octobre 2010
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Rediffusion d’un documentaire récompensé par un Oscar en 2008

ARTE Documentaire ce jeudi 21 octobre 2010 - à 20h40 – « Un taxi pour l’enfer » d’Alex Gibney

Peut-on, au nom de la défense des siens, renier tous ses principes ? C’est le piège dans lequel s’est engouffrée l’Amérique de Bush au lendemain du « 11 Septembre ». Engagé dans un combat contre le terrorisme, le président américain a foulé aux pieds la Convention de Genève qui protège les prisonniers de guerre.


Pour mener à bien ce film implacable, limpide et très étayé, le réalisateur Alex Gibney est allé jusqu’en Afghanistan afin de rassembler les pièces d’un dossier à charge contre son administration, alors encore au pouvoir (le documentaire date de 2007). Il y a retrouvé la modeste famille d’un jeune chauffeur de taxi dont l’histoire servira de fil rouge à son propos.

Ne pouvant travailler aux champs, Dilawar avait choisi de devenir chauffeur. Il avait une femme et un enfant. Il repose aujourd’hui sous un carré de plantes. Le 1er décembre 2002, Dilawar a été livré aux Américains par des Afghans appâtés par les récompenses. Cinq jours plus tard, il était mort, victime de la torture. Son corps a été restitué à ses proches, accompagné d’un papier rédigé en anglais auquel personne n’a rien compris, faute de maîtriser cette langue. Sur l’acte de décès, la case « homicide » a été cochée. On lui avait porté tant de coups que, s’il avait survécu, il aurait fallu l’amputer des deux jambes.

Les auteurs de ces exactions, des soldats de base propulsés interrogateurs, ont été condamnés. Leurs supérieurs, jamais. Alex Gibney a interrogé ces hommes simples, apparemment par plus pervers que n’importe qui. Son documentaire raconte comment la bête immonde se réveille quand l’homme n’est plus contraint par des règles strictes. Suivant, toujours, le même processus : on déshumanise l’autre, on se persuade qu’il est un ennemi même si rien ne le prouve, on n’ose pas aller à l’encontre du reste du groupe.

Pour le réalisateur, les vrais coupables sont ailleurs, bien plus hauts, hors de portée. Ce sont les criminels de bureau, ceux qui ne se salissent les mains qu’avec de l’encre. En Afghanistan, en Irak et à Guantánamo, comme dans les prisons secrètes de la CIA, l’exécutif américain aura sciemment encouragé des méthodes aussi barbares qu’inefficaces car les spécialistes sont formels : un homme torturé avoue ce que son bourreau veut entendre, quitte à dire n’importe quoi.

Cécile Desfontaines

TéléObs N° 2397 du 14 octobre 2010


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