Qui sont ces "terroriches" ?

vendredi 5 novembre 2010
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Par Olivier Cabanel


Ce mot, « terroriche » découvert sur la pancarte d’un manifestant, lors d’une manif sur la réforme des retraites, évoque avec pertinence l’un des responsables de notre situation. Un livre de Vincent Drezet et Liêm Hoang-Ngoc pose les questions qui dérangent : « Il faut faire payer les riches » (le seuil). Les auteurs exposent les principes d’une authentique réforme fiscale qui rééquilibrerait enfin l’inégalité flagrante qui existe aujourd’hui entre les pauvres et les nantis.

Ils proposent entre autres de remplacer l’ISF par un IGP (Impôt Général sur le Patrimoine) dont la vocation serait d’être plus lisible. On est loin des propositions gouvernementales qui, astucieusement, se proposent de supprimer le bouclier fiscal, en même temps que l’ISF. Après la droite décomplexée de Sarkozy, verrons-nous enfin émerger en 2012 une gauche décomplexée ? D’autant que d’après le journaliste du Monde, Hervé Kempf dans son livre « comment les riches détruisent la planète », (éditions 2007) ils ne méritent pas notre indulgence.

Soumis à la menace « terroriche », cette famille riche de plus de 700 000 millionnaires en France, le citoyen hésite entre deux solutions : rejoindre par tous les moyens le clan des privilégiés, quitte à échouer, ou préférer que s’instaurent des charges égalitaires entre les moins favorisés, et les nantis. Un millionnaire sur onze dans le monde est Français. La sécurité sociale à perdu 67 milliards de recette suite aux 64 dispositifs d’exonérations mis en place en 2010 par le gouvernement. Les cadeaux faits aux millionnaires et aux grosses entreprises se montent à 172 milliards d’euros. C’est en toute lettre dans le rapport de la cour des comptes et dans la synthèse du rapport du Conseil des Prélèvements obligatoires.

La France est considérée à l’étranger comme une terre privilégiée pour les riches, tant les charges qui leur sont appliquées sont légères. Aujourd’hui, malgré les avantages qui sont les leurs, ils sont 600, soumis à l’ISF (impôt sur la fortune), qui quittent chaque année le territoire national, pour ne pas payer. Alors que le gouvernement Sarkozy a choisi la déchéance de la nationalité pour les délinquants qui s’en seraient pris aux forces de police, ne serait-il pas plus judicieux qu’il dirige sa colère vers ces mauvais citoyens qui ont planqués leur fortune ailleurs pour échapper à l’impôt ?

Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France est suspectée, dans des enregistrements clandestins validés par la justice, d’avoir planqué au moins 78 millions d’euros en Suisse. L’argent sale continue d’être blanchi impunément dans les paradis fiscaux, malgré les fanfaronnades de Sarközi, et on continue à trouver sur le net des appels d’offres affriolants de paradis fiscaux. Ils représentent 55% du commerce international et concentrent près de 10 000 milliards de dollars d’actifs gérés.

Fort heureusement, il reste des millionnaires qui, conscients des avantages que le gouvernement actuel leur consent, restent en France.
Jacques Marseille à trouvé une méthode pour connaitre les villes, ou villages français ou s’est concentrée la richesse. Il est allé visiter le site internet du Ministère de l’Économie et des Finances, puis ouvert la rubrique "documentation", accédant ainsi à la fiche "statistiques", ce qui lui a permis de découvrir dans « impôts des particuliers » les eldorados bien cachés en France. À Tourves, en Provence, par exemple, 21 foyers fiscaux ont déclaré en moyenne plus de 600 000 euros de revenus pour l’année 2006. Saint Pantaléon-de-Larche, petit village de Corrèze abrite 18 foyers fiscaux ayant déclaré 1 million d’euros en 2006.

Bien moins éloignés que St Barth ou Hong Kong, il existe en France 150 communes ou le revenu moyen des riches est supérieur à 300 000 euros annuels. Neuilly, l’ex ville de Sarkozy n’est pas oubliée, avec plus de 6 000 foyers qui ont déclaré ensemble 2 milliards d’euros en 2006. Mais c’est au sein de nos grands élus (députés, sénateurs, conseillers régionaux, ou généraux) qu’il y a aussi une évidente inégalité, sans oublier les salaires mirifiques des ministres, et des avantages qui vont avec. La justice sociale ne doit-elle pas aussi en tenir compte, et remettre plus d’égalité dans tout çà. En Côte d’Ivoire, Félix Houphouët Boigny avait appelé en 1990 Alassane Ouattara à son secours (ce même Ouattara candidat aujourd’hui à la présidentielle Ivoirienne). Ouattara avait donc quitté son poste de directeur du FMI et appliqué un régime draconien diminuant par 2 le salaire des ministres, et leur enlevant leurs voitures de fonction. Résultat, en quelques mois,il a redressé la situation économique de la Côte d’Ivoire.

Pourquoi ne pas appliquer à nos « chers » élus cette cure d’amaigrissement ? Un député coûte à l’état, (c’est-à-dire à nous) 2 384 euros par jour, et un sénateur encore plus (2 557 euros). Le salaire du député s’élève à 5 400 euros, auxquels il faut ajouter l’indemnité de résidence (162 euros), l’indemnité de fonction (1 390 euros), l’indemnité représentative des frais de mandat (6 278 euros brut). Au total, le budget consacré aux 577 députés s’élève à 113 millions d’euros, dont 64 millions pour les charges sociales. Pourquoi ne pas calculer leur salaire en fonction des jours de présence ? Il y aurait de sérieuses économies possibles.

Bien sur des sanctions sont prévues en cas d’absence prolongées, mais par le système des clés, un député peut très bien les actionner pour d’autres, lorsqu’ils sont absents, lors d’un vote. Un collectif « regards citoyens » a mené une étude sur le sujet, affirmant que les sanctions pour absentéisme pourraient représenter près de 250 000 euros. Mais seront-elles prises ? On peut en douter. La retraite de ces élus est pleine de surprises car pour un euro cotisé, ils recevront 6 euros. De plus l’État, c’est-à-dire nous, consacre pour leur retraite 52 millions d’euros annuels. Le 3 septembre 2010, 4 députés verts avaient proposé un amendement (le n° 249) afin d’atténuer ces inégalités. Il a été rejeté. Il est d’usage qu’outre leurs salaires, les ministres aient plusieurs voitures de fonction.

Sarkozy a un nouveau jouet (air bus 330). Il aura couté 176 millions d’euros, et l’heure de vol coutera 20 000 euros (contre 8 000 pour un appareil ordinaire). Il faut ajouter à cette flotte Élyséenne, un Falcon 50 (10 millions d’euros) et un Falcon 900 (15 millions d’euros). Ne parlons pas du gros doublement de salaire que notre petit président s’est généreusement attribué, (de 8 300 euros à 19 000 euros) ni des 280 000 euros de fleurissement annuels pour 300 mètres carrés de salons à l’Elysée.
Et puis les 1 000 employés de l’Élysée sont-ils vraiment tous nécessaires ? On sait que le budget de l’Élysée est 9 fois plus important (32 millions d’euros) aujourd’hui que sous le gouvernement Chirac, et plus de deux fois que l’actuel budget de la Maison Blanche. D’autant que le député René Dosière écrivait dans son livre « l’argent caché de l’Elysée » (éditions Seuil-2007) « déjà sous Chirac, la progression des dépenses avait augmenté de 798 % ».

On voit que de substantielles économies pourraient être réalisées, et permettraient de ralentir la progression de la dette publique qui s’affiche ici en temps réel. Au-delà des économies qui pourraient être faites sur le salaire des « grands élus », certains envisagent la mise en place d’un « salaire maximum ». Mais en 2012, la gauche décomplexée sera-t-elle capable de le proposer ? Franklin Roosevelt a eu ce courage, en 1942. Les effets ont été radicaux : en 40 ans, les inégalités sociales ont chuté aux États-Unis. C’est d’ailleurs Obama qui a repris à son compte la même initiative.

En mars 2009, Xavier Bertrand, lors du « Grand Rendez-vous » sur Europe 1 avait déclaré : « les écarts de salaire sont parfois complètement extravagants, l’UMP fera des propositions de loi pour qu’il n’y ait plus d’excès (…) les patrons vont devoir gagner des sommes beaucoup plus raisonnables à l’avenir. Il faut en finir avec ces bonus extravagants. C’est une question de meilleure répartition des richesses (…) il faut éviter un divorce entre les salariés et les dirigeants, entre les salariés et les entreprises ». On attend toujours.
(C’est d’ailleurs le même qui, en mai 2007, s’était donné deux ans pour parvenir à l’égalité salariale entre hommes et femmes.) Aujourd’hui, il existe des revenus qui correspondent à 900 fois le smic.
(en 2006, c’était 540 fois le smic). Bernard Arnault gagne 1,4 millions d’euros mensuels, suivi par Lagardère, 1,1 million, Henri de Castries (PDG d’axa) 608 000 euros, etc.

Heureusement Xavier Bertrand a promis de veiller au grain, et il va bientôt (quand ?) sévir. Comment pourrait-on en douter, puisqu’il l’a promis, en 2007, il y a 41 mois. Car comme dit mon vieil ami africain : « mieux vaut donner sans promettre que le contraire ».

agoravox.fr


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