À propos des conditions du débat...

Trouvez vous normal l’interview de Sarkozy ?
jeudi 18 novembre 2010
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Par Jacques Soncin

La communication est une des questions centrales de la démocratie moderne. La plupart des grands médias audiovisuels sont sous le contrôle des puissances d’argent et de la droite. Le service public, depuis longtemps dominé par la droite a subi une nouvelle atteinte par la décision de faire nommer le président de France Télévision par le président de la République. Quant au régulateur, le CSA, il est composé de neuf membres tous désignés par l’un des caciques de l’Ump à la tête des institutions chargées de sa nomination : Parlement, Sénat et le Président de la République. Nous avons donc des chaînes aux ordres.

Le spectacle d’hier, l’entretien de Nicolas Sarkozy avec trois journalistes, en est l’une des tristes conséquences. Évidemment, aucun média critique, soit de la presse écrite, soit du tiers secteur des médias, soit des poids lourds de la presse internet n’est invité à envoyer un journaliste. Nous avons TF1, la chaîne de Bouygues, un ami intime de NS, qui envoie Claire Chazal, celle qui a écrit un livre hagiographique sur Édouard Balladur... France 2, la chaîne du service public, dont le patron Rémy Pfimlin vient tout juste d’être nommé par Nicolas Sarkozy en remplacement de Patrick de Carolis, qui envoie le très servile David Pujadas. Rappelons qu’en juin dernier, David Pujadas a reçu la décoration de la "Laisse d’or" par un organisme de critique des médias, le Plan B, qui veut ainsi ironiquement saluer le journaliste "le plus servile" !
Enfin Canal +, qui appartient à Vivendi, dont le patron, Jean Bernard Lévy à depuis quelques temps d’excellents rapports avec le Chef de l’État, a envoyé Michel Denisot, qui ne s’est pas caractérisé lors de cet exercice par un courage exceptionnel !

Évidemment, la chorégraphie de l’interview avait été soigneusement réglée. Même l’agressivité de Nicolas Sarkozy envers les journalistes qui l’interrogeaient était parfaitement étudiée : le but n’était pas de punir des gens qui servent si bien des chaînes qui lui sont entièrement dévouées mais de répondre à des organes de presse, au Canard, à Libé, au Monde, à Médiapart, etc... qui le fustigent et il voulait montrer ainsi qu’il était capable de "clouer le bec aux journalistes" !

Des questions essentielles, touchant la gouvernance, ne lui ont pas été posées que ce soit sur l’affaire Bettencourt ou sur celle de Karachi. Les 3 représentants des chaînes ont soigneusement évité de mettre le Président en difficulté, même s’ils ont tout aussi soigneusement donné un ton polémique à leurs questions. Leur professionalisme, en l’occurrence, se rapporte plus au métier d’acteur qu’au souci de livrer une information fiable au public.

Le débat qui a suivi sur France 2 doit aussi nous interroger : Arlette Chabot, proche de l’Ump, prépare et anime le débat, elle choisit les invités, elle prépare les questions, suggère les réponses et décide les conditions dans lesquelles se feront les interventions. C’est quand même une sacré transgression de la démocratie de laisser à une seule sensibilité politique le soin de décider des conditions du débat dans l’audiovisuel.

Mais au-delà de la société du spectacle, du théâtre de la communication, il faut se poser la question du rôle et de la place des médias dans notre société
Ce qui est dommage, c’est que les partis politiques ne s’intéressent pas de plus près à ce domaine et le considère comme un élément intengible du débat démocratique.
Cette question est pourtant majeure, parce qu’il ne saurait y avoir de véritable démocratie sans pluralisme et diversite des médias.

Jacques Soncin


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