Variations sur la réforme des retraites

samedi 20 novembre 2010
par  Raymond Monedi
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À visionner toute la journée, des millions de manifestants défiler dans toutes les rues de France, j’en ai rêvé toute la nuit. Mais l’étonnant dans ce rêve c’est d’avoir eu la visite de Nicolas Sarkozy. Et cela pour la 3ème fois. J’aime bien ces visites onirique, car à discuter il est sacrément sympa. C’est même lui qui, une nuit, m’a appelé Fanfan, et m’a aussi demandé de le tutoyer.
C’est ainsi que cette nuit là, dans mon sommeil, j’entendis...


— Salut Fanfan ! Cela fait un moment que je ne suis pas venu ‘rêver’ avec toi. Que le temps passe vite, il est vrai que depuis que je suis Président de la République, je ne touche pas terre. Je suis débordé, mon vieux, littéralement d é b o r d é !
— Ouais, salut Nicolas ! Débordé, oui si on veut ; mais tu le serais moins si tu ne faisais pas autant de conneries... Ce n’est pas pour rien que l’on te surnomme le « Président Tango » : 2 pas en avant, 1 pas en arrière ! Tu lances des réformes à jets continus et après tu reviens dessus : soit tu les modifies, soit tu les re-formes, ou même mieux, tu les oublies !
— Oh ! Oh, doucement l’ami, je ne suis pas venu te voir pour me faire engueuler. Tu as l’air de dire que je suis une girouette. Et bien regardes un peu, la ‘réforme des retraites’, là, tu as l’exemple sous les yeux : Solide comme un roc, et droit dans ses bottes, le Président de la France, a tenu bon ! Tu vois bien et tous les Français voient également que là, je n’ai pas bougé d’un iota ! La réforme que je voulais est passée, et même mieux, elle est passée comme... je le voulais. Tu vois Fanfan, cette grande victoire sur des millions de manifestants fortement déterminés, est un signe très positif pour moi, j’ai gagné contre tous, oui, je crois vraiment que je suis le plus fort, que je suis le ‘Meilleur’ !
— Mais, ça va pas Président, tel Narcisse, tu te vois plus beau que tu n’es ! Mais de quelle victoire parles-tu donc ? Tu ne penses tout de même pas que le statu quo actuel, où personne n’ose épiloguer, ni les syndicats ni ton gouvernement, de peur qu’une malencontreuse étincelle ne fasse péter la baraque, est une victoire pour toi ? D’ailleurs, toi et tes sbires, ainsi que le Medef, l’avez très bien compris, en présentant un profil bas et en disant en sourdine ; « Il n’y a ni vainqueur ni vaincu ». La vérité c’est que vous avez toujours peur ! Et vous avez raison, car la bataille des retraites est loin d’être finie. Et sais-tu, Nico, pourquoi cette bataille n’est pas finie et quelle reprendra obligatoirement un jour prochain ?
— Non, Monsieur le Professeur, mais tu vas me l’apprendre...

Les ‘60 Ans’ sont devenus un âge symbolique intouchable

— En t’entêtant à vouloir à tout prix, faire sauter le verrou des 60 ans, tu as fait une erreur psychologique fondamentale et aussi inacceptable, pour une grande majorité de Français ! Tu n’as pas compris que cet âge légal de départ à la retraite, représente un important acquis social, qui s’est inscrit dans le marbre de nos épopées sociales. Comprends que par ce manque de psychologie, joint au comportement méprisant et quelque peu dédaigneux, que toi et ton staff avez témoigné envers les syndicats, vous avez profondément heurté l’opinion publique... et cela vous le paierez obligatoirement un jour. Parce que, comme l’ont dit les médias, vous avez remporté une victoire à la Pyrrhus
— Tu ne crois pas Fanfan, que tu exagères un peu. Tu es bien obligé d’admettre que les dernières manifestations ont accusé une très nette baisse de participation. L’essoufflement du mouvement est certain, et aujourd’hui, on peut penser que devant ma fermeté, tout le monde à repris le boulot, tant dans le secteur public, que le secteur privé et en plus les étudiants. Tu ne peux tout de même pas dire le contraire... À présent une majorité de contestataires reconnaissent le bien-fondé de notre réforme. Ouvre les yeux mon bon ami, que tu le veuilles ou non, il y a une forte baisse de la mobilisation chez les grévistes.

Baisse de mobilisation, ou baisse de pognon ?

— Non, Nicolas, non et non, tu as tout faux, et là est votre honte, à toi et tes comparses gouvernementaux, de dire de telles contrevérités, car vous savez fort bien qu’il ne s’agit pas d’une baisse de motivation, mais d’une baisse de pognon ! Le pognon que les salariés trouvent en moins à la fin du mois sur leur feuille de paie. Parce que pour peu que l’on y réfléchisse : 7 journées d’action, c’est 7 jours décomptés sur les paies mensuelles, pour des milliers et de milliers de grévistes. C’est-à-dire : ‘1/3’ de salaire en moins par foyer ! Oh, bien sûr, pour tous les nantis cela n’est pas très gênant, ils mangeront quand même suffisamment, mais pour les petits salaires ’amputés’, il faudra se serrer d’autant plus la ceinture, que certains soirs de manifestation, la ‘soupe à la grimace’ de la femme au foyer, sera loin de nourrir son homme !

Quand viendra-t-il donc dans ce monde schizophrène, un Émile Zola, ou un Victor Hugo, des temps modernes (si l’on peut dire) à même de nous romancer ; « La triste histoire des grévistes des boulevards » ; l’histoire des ‘révoltés’ qui, après une journée harassante à marcher dans les rues, rentrent le soir, chez eux, dans de minables HLM de banlieue, pour se faire engueuler par leur femme qui manque d’argent pour aller acheter à manger. Sans oublier le marmot qui, le biberon vide, chiale dans son berceau. Ceci bien sûr, pour faire pleurer Margot ! Peut-être que la solution est là : « Faire pleurer les riches, pour qu’ils acceptent de partager un peu plus équitablement avec les pauvres. »

— Arrête Fanfan, tu vas me faire pleurer à moi ! Tu sais les pauvres, ils ne sont pas aussi malheureux que tu le crois. Tu sais, avec toutes les ‘aides sociales’ que l’État leur donne, ils s’en sortent pas trop mal. Et puis, je vais te...
— Eh, bien mon beau salaud, tu n’as pas honte de parler comme ça. La Honte, encore, je te dis ! Dans ton milieu de riches, vous ne savez pas ce que c’est que d’avoir faim ! Et je ne parle pas de la faim d’un repas ou la faim d’un jour, mais de la faim de tous les jours ; de la faim qui en permanence te tord les tripes, de la faim comme seconde nature ! Toi Nicolas, tu n’as jamais pleuré de faim quand tu étais enfant, moi si.
— Oh, pardon ami, mon ami, lui répond le Président Sarkozy, je ne le savais pas. Et pour tout te dire, je n’avais jamais imaginé la misère sous cet aspect-là ! Mais comment est-il possible, qu’arrivé au 3ème Millénaire, cela existe encore. Mais je te promets, et quoique toi et moi, soyons en ce moment, dans un rêve, je te promets de me pencher vraiment sur ce grave problème de la faim, en France, et dans le tiers-monde aussi bien sûr. Et puis arrête Fanfan, tu essaies de m’embrouiller ou quoi ? Revenons un peu à notre problème de la réforme des retraites et de la démotivation des manifestants que tout le monde remarque et que toi, tu sembles contester !... Tu me soutiens que les salariés sont toujours sacrément motivés et que ce n’est que le manque à gagner sur leur paie, qui les empêchent de participer beaucoup plus aux manifestations. Tu ne crois pas que...
— Stop ! Nicolas ! D’un coup, une idée lumineuse me traverse l’esprit, et l’interrompant je lui lance : écoute, écoute un peu, puisque tu ne me crois pas, faisons un test, un test clair, net et précis et incontestable pour tout le monde et en plus pas compliqué du tout : « Il suffirait tout simplement de payer la journée chômée à tous les grévistes. Il suffirait d’annoncer, huit jours avant, dans les médias, que tous les manifestants qui défileront dans les rues le jour prévu, auront leur journée intégralement payée » !
— Tu n’y penses pas Fanfan, tu ne vois pas la somme que cela coûterait à l’État ?
— Mais rien du tout, Nicolas, car là, je te sors mon idée corollaire : « il n’y a qu’à faire payer ta grande copine Liliane » ! Tu vois un peu le scoop, sur le plan mondial :

« La plus riche Dame de France, aide les grévistes »

— Parce que tu sais, Président, après tout ce qu’elle vous a donné, à toi et à tous tes sbires de l’U.M.P., et tout ce qu’elle distribue par côté, à tort à travers, ce n’est pas quelques briques de plus qui vont empêcher de dormir la douairière des parfums ! Tiens, faisons un rapide calcul : je pense que si ta richissime copine est d’accord pour faire cette grande expérience sociale, et payer leur journée à tous les manifestants, nous devrions en avoir, facilement, 6 millions qui sillonneront les rues de France... Comment ? Tu ne le crois pas ? Et bien moi, je pense que ce sera même beaucoup plus. Tu verras mon vieux, tu seras surpris. Continuons donc notre calcul : sur la base d’un salaire moyen de : 100 Euros/jour, l’opération devrait, grosso modo, coûter dans les : 600 Millions d’Euros ! Alors tu vois, pour des gens qui ne parlent et qui ne jonglent qu’avec des ‘milliards’, c’est tout à fait possible ! D’autant plus, ‘que la France, elle le vaut bien’. Et écoute moi, je crois savoir que les syndicats préparent une énième journée d’action pour la fin du mois, ce serait formidable, de mettre en place ce test d’approbation citoyenne.
— D’accord, d’accord mon petit Fanfan, je te promets de m’occuper sérieusement dés demain, de cette idée que je trouve assez originale. Mais attends, attends mon ami, j’y pense d’un coup : supposons que tu aies raison ! Supposons par exemple, je ne le crois pas, mais supposons qu’il y ait : 7 à 8 Millions de manifestants qui arpentent les rues de France, qu’est-ce que je deviens moi ? Je passe pour un rigolo ! Y as-tu pensé à ça ?
— Bien sûr, Monsieur le Président, mais je sais que n’écoutant que votre courage et votre sens aigu de l’honneur, fier et la tête haute, vous démissionnerez ! Comme l’avait si bien fait un grand Général, un Général à qui tu aimerais bien ressembler.
— Mais c’est pas vrai, mais tu te fous de moi Fanfan ! Tu crois que moi, Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, qui a tout fait pour arriver là où je suis, que maintenant je vais démissionner ? M’as-tu bien regardé, mon ‘pov minus ’ ? Le Général c’est le Général, Moi c’est Moi, et je veux être, et rester, le Président de la République Française !
— Oh, ça va Nicolas ! Tu commences à me les briser menu avec toujours ton égo hypertrophié. Tu vois je t’observe depuis ton arrivée aux commandes suprêmes, et je peux te dire que si tu es une sacrée ‘bête politique’, tu es quand même loin de pouvoir faire un bon Président de la République. Tu n’as ni la stature, ni les qualités pour ça ; tu es trop petit dans ton corps, mais surtout trop petit dans ta tête ! Comme le dirait un DRH : « Tu peux faire un bon n°2, mais jamais tu ne seras un bon n°1 ». Un vrai Chef, un vrai Leader ! Mais Nico, regarde tout ce que tu as cassé, depuis mai 2007, regarde tout ce que tu as déformé au nom de tes sacrées réformes. Tu n’as jamais compris l’esprit français, tu as totalement dénaturé l’image de la France et ta cote de popularité décroît chaque jour davantage mais regarde Nicolas, regarde un peu et soit réaliste :

Ne te représente surtout pas à la Présidence, en 2012 !

Ce sera mieux pour tout le monde, pour toi d’abord, mais aussi et surtout, pour la France !

Le Président Sarkozy, en colère, allait répondre, lorsque retentit une voix d’outre-ciel : Stop ! Messieurs le temps qui vous était imparti pour votre ‘dialogue onirique’ vient de se terminer ! Et une douce musique de rêve, mit un terme à ce troisième dialogue.

Raymond Monedi
Novembre 2010

cerclepep.com


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