Pourquoi y a-t-il tant de gens en prison aux Etats-Unis ?

dimanche 23 septembre 2007
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par Glenn C. Loury

Selon un rapport publié en 2005 par le International Centre for Prison Studies à Londres, les Etats-unis, qui ne représentent que 5% de la population mondiale, détiennent 25% de la population carcérale mondiale. Notre taux d’incarcération (714 pour 100 000 résidents) est supérieur de 40 % à celui de nos concurrents les plus proches (les Bahamas, la Biélorussie et la Russie). D’autres démocraties industrielles, même celles confrontées à de sérieux problèmes de criminalité, sont nettement moins répressives. Notre taux d’incarcération est 6.2 fois plus important que celui du Canada, 7.8 fois plus qu’en France et 12.3 fois plus important que celui du Japon.

Nos différentes administrations pénitentiaires emploient plus de personnes que la masse salariale combinée de General Motors, Ford, et Wal-Mart, les trois plus gros employeurs du pays. Nous dépensons chaque année plus de 200 milliards de dollars US pour la police et les prisons, à tous les niveaux de gouvernement. Ce budget a quadruplé au cours de ces 25 dernières années.

Jamais auparavant un pays prétendument libre n’a privé autant de ses citoyens de leur liberté fondamentale. Comment en est-on arrivé là ? L’une des explications est que cette augmentation massive des taux d’incarcération reflète le succès d’une politique rationnelle menée par le gouvernement : confronté à un problème social aigu, nous l’affrontons en jetant de plus en plus de gens en prison afin de faire baisser les taux de criminalité. Cet argument n’est pas entièrement faux. Mettre plus de gens en prison permet en effet de faire reculer la criminalité. Mais reculer de combien ? Les différentes études montrent que la part de la répression accrue dans le recul de la criminalité violente constatée dans les années 1990 ne dépasse pas les 25%.

Une explication plus rationnelle du fait que les taux d’incarcération ont continué à grimper alors que les taux de criminalité baissaient est celle qui explique que notre comportement social est devenu plus répressif : les prisons sont pleines non pas parce qu y a plus de criminels (ce n’est pas le cas), non pas parce que notre politique anti-criminalité est bonne (elle ne l’est pas) mais tout simplement parce que nous avons pris une décision collective d’être plus sévères dans nos punitions et d’augmenter la répression...

Fagan, West, et Holland illustrent cet argument avec l’exemple de la lutte anti-drogue dans les centres urbains. Si les clients des petits dealers viennent de tous les quartiers de la ville et de toutes les couches sociales, les dealers, eux - du moins ceux que l’on voit proposer leur marchandise au coin des rues et dans les parcs, proviennent généralement des quartiers les plus pauvres et des minorités. La police, qui doit "faire du chiffre", sait exactement où aller les chercher. . .

Dans sa remarquable étude "Punishment and Inequality in America", publiée en 2006, Bruce Western, sociologue à la Princeton University décrit l’étendue, la nature et les conséquences de cette tendance répressive contemporaine. Il démontre que l’ampleur de la disparité raciale dans les taux d’incarcération est supérieure à celle de tous les autres principaux aspects de la vie sociale aux Etats-unis. A huit contre un, le rapport noirs/blancs dans les taux d’incarcération domine largement le rapport deux contre un du chômage, le rapport trois contre un des mères célibataires, le rapport deux contre un de la mortalité infantile ou encore le rapport un contre cinq en termes de revenus et de valeur nette. Alors que, en 2000, trois adolescents blancs sur deux cent étaient en prison, ce taux grimpe à un sur neuf pour les adolescents noirs. Un résidant masculin noir de l’Etat de Californie a aujourd’hui plus de chances d’aller en prison que d’aller à l’université. Le scandale de cette situation est que, de nos jours, en Amérique, le principal contact entre les citoyens masculins noirs et l’Etat se fait par le biais de la police et du système pénitentiaire. De leur pays, ces citoyens ne connaissent que la face répressive.

Source : bostonreview.net

michelcollon.info


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