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vendredi 19 septembre 2014
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Brèves
E-Constitution - Une forme de démocratie directe d’inspiration islandaise
mercredi 29 juin

Les autorités islandaises ont accepté l’idée de faire participer la population à l’élaboration de la constitution du pays à travers internet et les réseaux sociaux. Un nouveau mode de démocratie directe est en marche.

Les réseaux sociaux sont un outil participatif de choix pour les islandais, peuple le plus informatisé au monde et où les deux tiers de ses habitants possèdent une page Facebook. Dans une démarche pragmatique, les membres de l’Assemblée Constituante interagissent avec les citoyens islandais grâce à Facebook, Twitter, Flickr, et soumettent leurs idées, amendements, suivent en streaming les réunions du conseil dans une totale transparence.

N’en déplaise aux oligarques, voilà un contrat social légitime qui reposera sur des bases solides. À méditer...

 
HLM, des locataires blindés
jeudi 2 décembre

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info

 
Manuel Valls le grand démocrate !
samedi 22 mai

Le député (PS) de l’Essonne Manuel Valls a estimé récemment sur Radio J qu’il était "incontestablement" nécessaire que les budgets nationaux soient contrôlés par Bruxelles.

Mais le bouillant Valls n’a pas l’air de trouver qu’il serait normal que les contrôleurs d’un budget européen soient "incontestablement" élus.

 
Extrêmiste onction
samedi 23 janvier

Jusqu’alors plutôt discrets sur leurs relations avec les tarés des mouvements anti-IVG, les évèques français se lâchent : ils sont 24 à avoir rejoint le Comité de soutien à la "Marche pour la Vie" qui s’est déroulée le 17 janvier à l’initiative de toute la nébuleuse de groupuscules intégristes que compte notre beau pays.

Parmi ces prélats, relève la revue Golias, on compte des pointures comme le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon. Le site Internet du diocèse lyonnais fournissait même les indications pour se rendre à la manif parsisienne. Merci !

In Siné Hebdo N°72

 
Santé : Ni forfait ni à faire
mercredi 7 octobre

Tout augmente.
- En 2005, participation de 2 euro sur le remboursement des consultations et autres examens.
- En 2006, mise en route du forfait dit "18 euros" pour tous les actes techniques dont la valeur dépasse les 91 euros.
- En 2008, instauration des franchises médicales : et hop ! 0,50 euro par boîte de médicaments (enfin, ceux qui n’ont pas été déremboursés) et aussi 0,50 euro par acte infirmier, et encore 2 euros par transport sanitaire.
- Dans le budget 2010, une augmentation de 2 euros pour le forfait hospitalier, qui passe à 18 euros !

Enfin, tant que sont remboursés les antidépresseurs... ça va encore !

In Le Canard Enchaîné

 
La révélation la plus terrifiante de Wikileaks :
À quel point nos gouvernements nous mentent
(Alternet.org)
lundi 10 janvier 2011

popularité : 1%

« J’ai beau essayer, je ne peux pas rester sourd aux souffrances. Peut-être lorsque je serai vieux, j’accepterai la souffrance avec insouciance. Mais pas maintenant ; les hommes dans la force de l’âge, s’ils ont des convictions, se doivent d’agir en conséquence. » (Julian Assange, 2007)

Par Fred Branfman

Pensez-vous qu’il est dans l’intérêt des Américains qu’un petit groupe de dirigeants décide unilatéralement d’assassiner, de mutiler, d’emprisonner et/ou de torturer selon leur bon vouloir n’importe qui, n’importe où dans le monde, sans que leurs concitoyens ou la communauté internationale soient au courant, sans un droit de regard ? Et, malgré leurs échecs répétés pour protéger l’Amérique – d’Indochine à l’Iran en passant par l’Irak – croyez-vous qu’ils devraient être autorisés à étendre clandestinement leurs guerres sans débat public ? Si c’est le cas, alors vous trahissez les principes sur lesquels l’Amérique a été fondée, vous mettez la nation en péril et vous faites preuve d’une servilité très « antiaméricaine » envers une autorité qui n’a pas de comptes à rendre. Mais si vous vous opposez aux autocraties, vous devez soutenir Wikileaks et d’autres qui tentent de freiner les assassinats en masse perpétrés par le pouvoir exécutif US à l’étranger et combattre leur incompétence à protéger la population.

Le lien entre ces deux enjeux a été officiellement établi pour la première fois lorsque l’ancien commandant US en Afghanistan, le Général Stanley McChrystal, a explicitement déclaré (version française ici - Ndlr) que l’assassinat de civils augmentait le nombre de personnes déterminées à tuer des Américains, et il a mis en place des pratiques – abandonnées depuis par (son successeur) le Général Petraeus – destinées à réduire le nombre de civils tués par les États-Unis. McChrystal avait déclaré que « pour chaque innocent tué, vous créez dix nouveaux ennemis. » Il faisait ainsi clairement comprendre que l’assassinat de civils est non seulement immoral et constitue un crime de guerre, mais – dans un monde devenu interdépendant – que ça représentait aussi une menace pour la sécurité des États-Unis.

Si un des enjeux importants autour de la controverse de l’affaire Wikileaks est bien celui de la liberté d’expression, ce qui est au coeur du problème c’est le fait de savoir si le pouvoir exécutif US est réellement en train de protéger le peuple américain lorsqu’il se livre à des assassinats en masse à l’étranger. Des officiels du pouvoir exécutif justifient la persécution et les menaces de mort contre Assange par des atteintes qu’ils aurait commises contre la « sécurité nationale » du pays. Cependant, si McChrystal a raison, c’est la politique d’assassinats de ces dix dernières années adoptée par le pouvoir exécutif US en Irak, Afghanistan et Pakistan, désormais connue et indéniable grâce à Wikileaks, qui représente la véritable menace.

La conclusion effrayante est celle-ci : que les attentats du 11 septembre 2001 aient été commis par un fanatisme incompréhensible ou en guise de représailles, il apparaît que les assassinats en masse menés par nos dirigeants pourraient bien devenir la cause d’un prochain 11 septembre, que Dieu nous en préserve. Le récent kamikaze en Suède qui a failli réussir son attentat avait transmis un message qui disait « ainsi mourront vos enfants, vos filles, vos frères et soeurs, comme meurent nos frères et soeurs et nos enfants. » Des sentiments similaires ont été exprimés par le terroriste de Times Square, et il est probable que ceux qui seront responsables des futurs morts américains seront motivés eux aussi par une soif de vengeance pour les centaines de milliers de musulmans assassinés par les dirigeants US depuis 2001.

Il ne s’agit pas bien-sûr de justifier de telles attaques. Les attaques contre les civils, qu’elles soient l’œuvre des Talibans ou du Général Petraeus, sont totalement injustifiées et constituent des crimes de guerre. Mais si l’enjeu est le renforcement de la sécurité nationale des États-Unis, il est urgent d’en discuter la tête froide pour trouver le moyen d’empêcher de nouvelles attaques – c’est-à-dire de cesser de créer une armée de gens prêts à nous tuer. Si le Général McChrystal a raison, chaque Américain devrait trembler devant les dangers à long terme provoqués par une décennie de guerres US dans le monde musulman. Si seulement un centième de 1% des 1.6 milliards de Musulmans se décidaient à s’en prendre à l’Amérique, par exemple, le pouvoir exécutif US aura créé 160.000 musulmans décidés à tuer des Américains. Rien n’est plus emblématique du service qu’Assange rend aux Américains que le titre du New York Times du 25 Juillet annonçant la publication des documents sur la guerre en Afghanistan. « Les perspectives en Afghanistan plus sombres que la version officielle ».

Le New York Times non seulement reconnaît que Wikileaks a fourni aux Américains une information essentielle sur la guerre que leur propre gouvernement leur cachait, mais aussi que cette information n’avait pas été fournie par les grands médias US eux-mêmes. Après tout, si les médias faisaient correctement leur travail, c’est le « journal de référence » de l’Amérique, et non Wikileaks, qui aurait révélé que les perspectives de la guerre en Afghanistan étaient « plus sombres que la version officielle ». Le titre du journal The Guardian du même jour enfonçait le clou : « Des fuites massives de dossiers secrets révèlent la vérité sur l’Occupation », c’est-à-dire la vérité par opposition aux mensonges officiels.

Ces documents sur la guerre en Afghanistan, comme ceux sur la guerre en Irak qui ont suivi, ainsi que d’autres encore parmi les câbles récemment diffusés par Wikileaks, révèlent avant tout à quel point le pouvoir exécutif US ment aux peuple américain – particulièrement au sujet de
1 - le nombre ahurissant de victimes civiles provoqués par les Etats-Unis et
2 - l’affirmations selon laquelle une « stratégie de contre-insurrection » serait en cours en Afghanistan afin d’y installer un gouvernement démocratique.
Les articles du Time et du Guardian décrivent comment ces documents officiels révèlent les mensonges constants du pouvoir exécutif US au peuple américain.

LE MEURTRE DE CIVILS PAR LES ÉTATS-UNIS : « une énorme quantité de fichiers militaires secrets dressent un portrait dévastateur d’une guerre en Afghanistan qui s’enlise, et révèle comment les forces de la coalition ont tué des centaines de civils lors d’incidents non signalés, » (Guardian) « Incident après incident, les rapports ressemblent à un registre de police sur les innombrables manières que les civils afghans se font tuer – pas uniquement lors de frappes aériennes mais aussi un par ici, un autre par là – lors d’échanges de tirs sur une route ou dans un village, un malentendu ou des tirs croisés, ou lors d’un mouvement incontrôlé lorsqu’un chauffeur afghan s’approche trop près d’un convoi militaire ou d’un point de contrôle. » (N.Y. Times). « La coalition de l’OTAN en Afghanistan utilise une unité « noire » clandestine des forces spéciales, Task Force 373, pour chasser des cibles et les tuer ou les emprisonner sans procès... les documents révèlent que TF 373 a aussi tué des hommes, femmes et enfants civils et même des policiers afghans qui croisaient son chemin. » (Guardian)

MEURTRES DE CIVILS RÉGULIEREMENT OCCULTÉS : « les rapports répètent inlassablement que les morts n’étaient pas des kamikazes ou des insurgés, et de nombreux cas n’ont pas été révélés à l’époque. » (N.Y. Times) « les documents montrent comment les marines ont rédigé des rapports édulcorés sur un incident où 10 civils ont trouvé la mort... Il n’y a eu aucune sanction. » (Guardian) « Les documents indiquent en détail comment les forces spéciales US ont largué six bombes d’un tonne sur un ensemble de bâtiments où se cachait selon eux un « individu important » et après qu’ils se soient assurés « qu’aucun civil innocent ne se trouvait à proximité. » Un officier supérieur US a rapporté que 150 Afghans avaient été tués. Les habitants du quartier, cependant, ont déclaré qu’il y a eu 300 morts civils. » (Guardian)

LES ÉTATS-UNIS ET LE GOUVERNEMENT AFGHAN CORROMPU PERDENT LA CONFIANCE DE LA POPULATION ET SONT EN TRAIN DE PERDRE LA GUERRE : « Ces documents illustrent en détail pourquoi, après que les États-Unis aient dépensé plus de 300 milliards de dollars dans la guerre en Afghanistan, les Talibans sont plus puissants qu’ils ne l’ont jamais été depuis 2001... Les rapports brossent un tableau désabusé de la police Afghane qui est souvent décrite comme étant crainte, et même méprisée, par la population afghane. Les rapports font état de brutalités policières, de petites et grandes corruptions, d’extorsions et d’enlèvements... Le bilan des victimes de la guerre – illustré par le nombre croissant de victimes civiles – a poussé les Américains à rechercher la coopération et le soutien d’une population afghane qui est devenue de plus en plus épuisée, amère, effrayée et distante... L’extension des opérations spéciales (US) ont particulièrement provoqué de l’amertume chez les Afghans – à cause du manque de coordination avec les forces locales, du nombre de victimes civiles qu’elles provoquent souvent et à cause aussi de leur impunité. » (N.Y. Times)

Lorsque les documents sur la guerre en Irak furent publiés 3 mois plus tard, ils ont révélé des informations encore plus choquantes – comment les soldats US avaient remis des civils Irakiens entre les mains de la police irakienne, sachant qu’ils allaient être atrocement torturés avec des perceuses électriques, de l’acide et autres moyens avant d’être sauvagement assassinés. Ellen Knickmeyer, chef du bureau à Bagdad du Washington Post en 2006, a écrit que ces révélations montraient que les officiels US mentaient en permanence aux médias US… et aussi au peuple américain, lorsqu’ils affirmaient qu’ils n’étaient pas au courant de ces tueries. Les dirigeants US ont aussi menti constamment en prétendant qu’ils ne tenaient pas le compte des victimes civiles, ce qui est faux. Puisque le Droit International rend les dirigeants US responsables de faire régner l’ordre dans un Irak occupé, ces câbles de Wikileaks révèlent aussi que les dirigeants US portent une lourde responsabilité pour des crimes de guerres, parmi les pires commis depuis la deuxième guerre mondiale.

En un mot comme en cent, ces documents de Wikileaks sur les guerres en Afghanistan et en Irak ont révélé que l’ensemble du pouvoir exécutif US n’est qu’une « énorme machine à débiter des mensonges », selon l’expression du journaliste David Halberstam dans sa déposition lors du procès entre la CBS et (le général) Westmoreland. Il faut bien comprendre que, aux yeux du pouvoir exécutif et militaire US, « vérité » et « mensonge » ne sont même pas considérés comme des choix possibles. L’objectif de toute communication avec le public n’est pas de fournir une information correcte mais de faire avancer « la mission ». Ceux qui communiquent avec le public sont nommés et promus en fonction de leurs capacités de tromper, « embobiner » et mentir. Il n’y a aucun cas connu d’un membre de l’exécutif qui aurait été récompensé pour avoir dit la vérité au peuple américain, alors qu’il en existe de nombreux où quelqu’un a été puni ou a perdu son emploi pour l’avoir fait. Et rien n’illustre plus parfaitement la dégradation de la démocratie en Amérique que le fait que le public s’attend à ce que les officiels de l’exécutif lui mentent, et que les journalistes des médias de masse trahissent leur profession en défendant le secret de l’exécutif et en clouant au pilori ceux qui, comme Assange, dévoilent leurs mensonges.

On ne saurait trop insister sur l’importance de la documentation de Wikileaks sur ces mensonges. Lorsqu’un journaliste révèle un méfait du gouvernement, les officiels se précipitent pour nier en bloc et de nombreux Américains ne savent plus sur quel pied danser. Mais Wikileaks a publié des documents officiels du gouvernement qui prouvent les mensonges et les crimes de guerre des dirigeants US. Le fait que les États-Unis ont couvert de mensonges leurs tueries de civils, ce qui contribue à leur faire perdre la guerre, n’est donc même plus un objet de débat. Les politiciens et journalistes insensibles et carriéristes qui chaque jour ont ignoré les tueries tout en appelant à l’arrestation ou à l’exécution d’Assange, sont une honte, une honte pour eux, pour leurs enfants et leur profession, pour leur indifférence devant les souffrances de non américains et pour leur veule soumission à un pouvoir exécutif illégitime.

Les documents Wikileaks révèlent quelque chose de plus important encore : l’accusation selon laquelle Assange aurait porté atteinte à la « sécurité nationale » des États-Unis, en révélant des informations utilisables par l’ennemi, est totalement bidon. Il est évident que « l’ennemi » sait si ceux qui ont été tués par les États-Unis sont des civils ou non. Il est clair que lorsque le pouvoir exécutif affirme qu’il ne tue que des « insurgés » c’est pour cacher le meurtre de civils par crainte d’avoir affaire à des protestations si la vérité devait éclater.

Les documents de Wikileaks, bien qu’ils datent de 2009 et d’avant, nous informent aussi sur ce qui se passe en ce moment même sous le commandement du Général Petraeus. Il est important de se rappeler que la controverse Wikileaks ne porte pas sur le passé ou un aspect juridique abstrait. Il porte sur ce que des êtres humains vivent là-bas et maintenant. Pendant que vous lisez ceci, d’innombrables villageois afghans et pakistanais se terrent chez eux, terrorisés par la guerre US, tandis que l’offensive brutale du Général Petraeus dans le sud de l’Afghanistan rencontre une résistance croissante des Talibans qui recourent aux bombes artisanales et à l’assassinat, au point d’avoir provoqué un communiqué particulièrement alarmant de la Croix-Rouge qui déclare que les conditions pour les civils afghans sont actuellement les pires que le pays a connues depuis 30 ans, c’est-à-dire aussi mauvaises que lors de l’invasion soviétique. Un article paru dans la presse canadienne indique que l’hôpital principal de Kandahar déborde de victimes civiles et que « certains jours, le sol est rouge de sang. »

Petraeus a triplé le nombre de frappes aériennes et a fait venir 9 000 assassins qui se livrent 24/24h à des assassinats et il a lancé des raides nocturnes qui rappellent les films nazis des années 40 – tandis que des soldats US enfoncent les portes des maisons en hurlant, terrorisant femmes et enfants, tuent, blessent et emprisonnent indéfiniment des hommes sans procès et sans aucune chance de prouver leur innocence. Même le président installé par les Américains, Hamid Karzai est si épouvanté qu’il a supplié les États-Unis de réduire leurs frappes aériennes et les raids nocturnes, déclarant « les raids nocturnes, c’est terrible. Terrible. Un motif sérieux de mécontentement pour le peuple afghan envers l’OTAN et le gouvernement afghan... Et comment mesurez-vous les conséquences en termes de pertes de vies de femmes et d’enfants pour la capture de Talib A. Et qui c’est ce Talib A , au fait ? Est-il important au point de tuer 10 civils innocents ? Qui décide de cela ? » Petraeus a fermement refusé de mettre fin à ce que le président afghan qualifie de meurtres de civils sous la responsabilité du général. Le Général transforme ainsi sa prétention à apporter la « démocratie » en Afghanistan en une grosse farce.

Particulièrement signifiants dans les documents de Wikileaks sur la guerre en Afghanistan sont les nombreux rapports rédigés à la première personne et qui racontent le meurtre de civils innocents aux points de contrôle – meurtres qui font cruellement écho aux aveux de McChrystal en mars 2010 lorsqu’il disait « nous avons tué un nombre impressionnant de gens mais à ma connaissance, aucun ne représentait une menace. » Ce qui soulève une question élémentaire par rapport à l’escalade des frappes aériennes ordonnée par Petraeus. Si les forces US ont tué d’innombrables innocents civils aux points de contrôle, là où ils peuvent au moins voir le visage de leur victime, combien d’innocents, qui doivent être difficiles à distinguer vus du ciel, Petraeus est-il en train de tuer avec ses bombardements ?

Les documents de Wikileaks révèlent aussi comment l’escalade massive déclenchée par Petraeus au sud de l’Afghanistan et au Pakistan, où il a fortement augmenté à la fois les frappes par drones et les assassinats par voie terrestre, a affaibli au lieu de renforcer la sécurité nationale à long terme des États-Unis. Tout comme les Talibans sont bien plus forts aujourd’hui après les 300 milliards de dollars dépensés par les États-Unis et les milliers de vies américaines perdues au cours des dix dernières années, la tactique de Petraeus est en train de renforcer à terme les ennemis de l’Amérique. S’il assassine suffisamment de gens au sud de l’Afghanistan, le général pourra peut-être se vanter d’un succès à court terme. Mais il ne fait aucun doute que sa tactique sème le vent d’une future tempête qui menacera non seulement la stabilité des gouvernements Afghans et Pakistanais, mais créera aussi une menace à long terme pour les Américains.

Une carte de l’ONU qui vient d’être publiée par le Wall Street Journal révèle que les Talibans, en recourant aux tactiques classiques de guérilla, se sont déplacés vers le nord et l’ouest de l’Afghanistan tandis que Petraeus se déplaçait vers le sud, et qu’ils contrôlent désormais plus de territoire qu’ils n’en ont jamais contrôlé. « Des cartes internes des Nations Unies indiquent une détérioration nette de la sécurité en Afghanistan au cours de l’année en cours, contredisant les estimations optimistes de l’administration Obama après l’augmentation des troupes l’année dernière » indique le journal. Le N.Y. Times raconte comment différents groupes d’insurgés au Pakistan ont répondu à la tactique de Petraeus en se coordonnant et en coopérant pour la première fois, renforçant ainsi leur menace contre l’état pakistanais. Il est évident aussi que Petraeus ne peut pas tuer plus « d’insurgés » qu’il n’en crée s’il continue de provoquer les 41 millions de Pachtounes des deux côtés de la frontière. Après tout, la population combinée du Vietnam, nord et sud, s’élevait à 31 millions et se révéla suffisante pour résister à 500.000 Américains.

Néanmoins, les questions les plus importantes soulevées par les documents de Wikileaks vont bien au-delà du monde musulman. Si nous réussissons à nous libérer de toute une vie de propagande officielle qui identifie le pouvoir exécutif US au peuple américain, il ne fait plus aucun doute qu’en matière de politique étrangère et militaire, le pouvoir exécutif US est une institution antidémocratique qui ne représente plus que lui-même. Il agit largement indépendamment du Congrès, du pouvoir Judiciaire ou des grands médias qui ne sont plus que des accessoires du pouvoir exécutif dont ils diffusent beaucoup plus de mensonges qu’ils n’en dénoncent. Par exemple, quelques mois avant la décision d’Obama en décembre 2009 d’envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan, seuls 24% des Américains étaient d’accord et 43% voulaient une réduction des effectifs. Leurs souhaits furent ignorés, comme furent ignorées leur opinion qui, à 63% contre 32%, exprimait une opposition à la guerre en Afghanistan. Le livre de Bob Woodward, « Obama’s Wars », a révélé que même le président n’est qu’un figurant lorsqu’il s’agit de guerres menées par l’Exécutif. Woodward montre comment les militaires ont saboté la volonté affichée d’Obama de commencer un retrait des troupes à l’été 2011. Le mois dernier, Obama fut humilié et a du accepter un retrait hypothétique prévu en 2014.

La plupart des Américains sont d’accord avec la phrase de la Déclaration d’Indépendance qui dit que les gouvernements « tirent leur pouvoir du consentement des gouvernés. » Mais les gouvernés ne peuvent donner leur consentement que s’ils sont informés sur l’objet du consentement. Ce qui est évident dans la vie de tous les jours. On ne peut pas dire que j’ai « consenti » à vous acheter un ordinateur si vous m’avez caché qu’il était en panne. Un de nos principes de droit les plus élémentaires est qu’un contrat est nul s’il a été obtenu par un mensonge. En révélant l’étendue des mensonges de l’Exécutif US, Wikileaks a montré que l’Éxécutif n’était plus le représentant légitime du peuple américain. Ces documents soulèvent donc la question la plus fondamentale pour un citoyen : jusqu’à quel point les citoyens d’une démocratie doivent-ils une allégeance à des dirigeants autocrates qui obtiennent le consentement de leurs citoyens par une tromperie massive ? Et peuvent-ils leur faire confiance ?

Les Américains seront peut-être amenés à se poser ces questions plus souvent dans les années à venir, lorsque la crise économique et les attaques terroristes pousseront les élites US à rapatrier leurs mentalités autoritaires qui ont provoqué tant de dégâts à l’extérieur. Il paraît certain que dés lors la démocratie américaine sera confrontée aux défis les plus grands depuis la fondation de ce pays. Mais ça c’est encore loin. La question clé du moment est de savoir si les Américains sont capables d’entendre les souffrances provoquées à l’extérieur par leurs dirigeants, parce qu’en ce moment même, des hommes, des femmes et des enfants innocents sont assassinés et mutilés dans ce que la Croix-Rouge qualifie de plus grand carnage civil depuis l’invasion Russe il y a 30 ans. Julian Assange devrait être applaudi et non persécuté pour avoir entendu leurs souffrances. Et nous, les entendons-nous ?

Fred Branfman

alternet.org
Traduction VD pour Le Grand Soir avec probablement les erreurs et coquilles habituelles. Notez que le titre original mettait "gouvernement" au singulier. Il est devenu pluriel à la traduction. Un lapsus révélateur.
legrandsoir.info

 

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