Loppsychodrame

vendredi 11 février 2011
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Par Napakatbra

Voilà, c’est fait. Une loi scélérate vient d’être votée. Sous prétexte de lutter contre la pédopornographie, nos élites politiques se sont arrogées le droit de censurer Internet comme bon leur semble, sans aucun contrôle, ni a priori, ni a posteriori.

Malgré moult amendements demandant l’intervention a priori d’un juge pour déterminer s’il y a vraiment matière à censurer, l’article 4 de la Loppsi 2 a été, adopté tel quel par la Commission Mixte Paritaire. Les détails techniques seront précisés par décret. C’est génial. Le parlement vient d’autoriser une loi dont il ne sait rien, à part que dorénavant, d’un simple clic de souris, un site pourra disparaître des écrans (radar). Par qui, pour quoi, comment ? Mystère.

Que dire d’autre ?

Que plusieurs associations luttant contre la pédophilie - dont l’Ange Bleu - jugent cette mesure "inefficace", "contreproductive" et "dangereuse" ? Que des sites n’ayant aucun rapport avec la pédopornographie pourront être censurés sans aucun recours ? Qu’il suffira désormais d’un simple décret pour étendre la censure aux sites pornographiques, aux sites prônant la désobéissance civile, et plus généralement aux sites allant à l’encontre du pouvoir ? Plusieurs députés se sont d’ores et déjà exprimés en ce sens. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

D’ailleurs, c’est exactement ce qu’il s’est passé pour le fichier d’empreintes génétiques (FNAEG). Il y a un peu plus de 10 ans, celui-ci était réservé aux seuls pédophiles et violeurs. Promis, juré, craché, il ne devait pas être étendu. Aujourd’hui, aventurez-vous sur une pelouse interdite et vous pouvez vous retrouver fiché en deux temps trois mouvements ! Même tarif si par malheur, vous êtes simplement accusé d’un délit... qu’importe que vous soyez blanchi quelques heures plus tard, vos traces ADN resteront bien enregistrées. Un pur bonheur...

Que dire d’autre ?

Que les journalistes n’ont pas fait leur boulot ? Rappelez-vous cet épisode épique de décembre dernier. Des députés soumettent un amendement réduisant la portée d’une loi sur la transparence de leur déclaration de patrimoine. En quelques minutes, l’information fait le tour des gazettes, radios et télés, qui reprennent en cœur : c’est un scandale. Et hop, devant la fronde populaire, les amendements sont amendés, allégés. Aussi simple. Problème : après le vote de la Loppsi 2 au Sénat, beaucoup de journalistes n’étaient toujours pas au courant de la portée de cet article 4. À leur décharge, il faut dire qu’à cette époque là, ils avaient mieux à faire : plus d’un millier d’articles avaient été publiés sur la loi hongroise réduisant la liberté de la presse, pour à peine une centaine sur cet aspect de notre loi. Et aujourd’hui, moins d’une cinquantaine d’articles ont vu le jour, après le vote définitif.

Que dire d’autre ?

Laissons la parole à Jean-Jacques Urvoas (PS), qui s’exprimait ainsi lors des débats parlementaires : À l’article 4, parmi les techniques que vous entendez utiliser pour lutter contre la pédopornographie, figure le filtrage des sites. Nous partageons évidemment vos motivations mais le cocktail que vous proposez nous paraît explosif [...] Je crains que la lutte contre la pédopornographie ne soit un prétexte fallacieux, d’autant, les techniciens nous l’expliquent, qu’il ne sera pas compliqué de contourner le blocage. Dans les deux pays qui ont légiféré pour bloquer des sites, l’Australie et la Finlande, l’inutilité de la mesure a malheureusement été démontrée. La liste sera secrète et arrêtée par le ministère de l’intérieur, comme en Finlande. Or, dans ce pays, elle a en réalité été publiée rapidement et elle comportait une longue liste d’opposants à ce projet mais n’ayant rien à voir avec la pédopornographie. Le même phénomène a été constaté en Australie : sur la liste interdite par le Gouvernement, figuraient des sites de poker, des vidéos publiées sur YouTube, des pages de Wikipedia, des sites sur l’euthanasie ou anti-avortement. Les décisions seront prises à la discrétion du ministère de l’intérieur, sans contrôle d’une autorité judiciaire [...] cela revient, ni plus ni moins, à légiférer en faveur de l’arbitraire. C’est d’autant plus dommage qu’existent d’autres solutions ne présentant pas ces inconvénients, tout aussi aisées à mettre en œuvre mais plus respectueuses des libertés.



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