Nouveaux horizons pour la gauche au Chili

Entrevue avec Jose Antonio Vergara
lundi 2 juillet 2007
par  Gwel@n
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Quelle est la situation globale du Chili ?

Le Chili a fonctionné comme un laboratoire du néolibéralisme, même avant Reagan et Thatcher, imposé via une redoutable violence d’Etat. La sortie de la dictature, obtenue par la résistance démocratique du peuple chilien et la solidarité internationale, s’est diffusée de manière uniforme parmi les secteurs despotiques, la droite économique et les nouvelles élites politiques de la coalition de centre-gauche qui avaient gouverné. Le modèle de développement est demeuré intact, avec un système politique exclusif, tracé pour donner la stabilité et la continuité à des relations sociales totalement marchandisées, déjà établies par l’hégémonie culturelle du néolibéralisme.

En est résulté une crise de la démocratie représentative, dont les limites propres s’aggravent avec la population aliénée à la vie politique, une abstention massive et des jeunes qui ne s’inscrivent plus sur les listes électorales. La politique est parvenue à perdre sa légitimité, perçue comme une activité oligarchique, un spectacle médiatique de la TV (« démocratie d’audience »), avec des partis dont le fonctionnement se limite aux conflits du sommet pour des quotas de pouvoir et des agences d’emplois pour occuper les responsabilités de l’appareil d’Etat. Un système politique identique à celui des USA avec 2 blocs qui occupent tous les espaces de pouvoir : d’un coté la Concertacion 1 qui gouverne et équivaut au parti de Clinton, et de l’autre une des droites les plus réactionnaires du monde, proche de Bush.

Comment apparait la gauche alternative ?

La gauche chilienne, depuis l’échec du projet d’« Unidad Popular »2 et la cruelle répression de la dictature, sort profondément divisée entre, d’une part, un secteur conduit par ses dirigeants exilés en Europe qui commence à se rénover en pôle social-libéral de gestion gouvernementale (Partido Socialista, Partido por la Democracia). A l’intérieur de cette gauche, on peut reconnaitre l´existence d’un secteur plus honnête et plus loyal aux valeurs de la gauche, comme l´égalité et la démocratie, secteur qui est aujourd´hui representé par la présidente Michelle Bachelet . Le bras communiste, quant à lui, sous le commandement autoritaire de Gladys Marin (en conditions objectives d’exclusion du système électoral binominal) réalise un pathétique repli autiste vers une identité communiste classique, dogmatique, sans prêter attention aux profonds changements sociaux et culturels survenus au Chili et dans le monde, dans un tragique processus régressif pour celui qui fut un des partis communistes les plus importants du monde capitaliste (le PC a repris rapidement ses bannières électorales malgré un discours ultra radical et orthodoxe).

Dans ce scenario d’adversité, des personnes de diverses origines tentent aujourd’hui de jeter les bases d’une gauche alternative en lien avec les mobilisations récentes telles que le Foro Social Chile, la résistance étudiante pour faire reculer les effets négatifs du Marché sur l’Education, et l’émotion populaire suscitée par les dégâts et les conséquences dramatiques sur l’environnement (ex. pollution industrielle du Rio Cruces) d’un modèle de croissance-capitaliste-productiviste particulièrement destructif.

Une gauche, radicalement démocratique, moderne et transformatrice, altermondialiste, non dogmatique ; une gauche qui s’ouvre aux nouvelles réalités sociales, à la diversité des références identitaires et aux expressions d’auto-organisation citoyenne à la base. Il s’agit de la convergence de trois regroupements ayant émergé ces dernières années (Mouvement Nueva Izquierda, Fuerza Social y Democratica, SurDA), auxquels participent des dirigeants comme Jorge Pavez, présidente du syndicat de professeurs, les animateurs de la Fédération étudiante la plus importante du pays (FECH), membres du monde de la culture et divers mouvements sociaux…

Quelle est ta vision de l’environnement politique sud-américain ?

Au Chili, le succès relatif du modèle néolibéral, sa promotion de l’aliénation des masses et de la destruction des solidarités liées à la consommation et à la concurrence individuelles, l’activité des mouvements n’atteint pas l’épaisseur ni la richesse qui s’observent en Bolivie, en Equateur et dans d’autres régions du continent. Un nouveau cycle de mobilisations est prévisible, et notre parti naissant a l’intention de s’ajouter à cette contestation, dans un cadre de respect de l’autonomie des mouvements, éloigné de la tradition léniniste. Nous sommes conscients que les partis n’ont pas de droit particulier pour agir dans le champ politique, comme le fait remarquer la camarade anglaise Hilary Wainwright. Tous les processus en cours en Amérique du Sud nous intéressent, et je me sens proche idéologiquement d’Evo Morales et du MAS, car il exprime un élan communautaire authentique de base autogestionnaire, loin du « césarisme bonapartiste » de Chavez, celui d’un Etat central, « par en haut ». Cependant, les idées comme la Banque du Sud nous paraissent stimulantes.

Quel espace existe t-il pour l’émergence d’une alternative rouge et verte ?

Malgré l’existence de graves crises écologiques et diverses formes de rapide destruction de la biodiversité, de pollution et d’épuisement des ressources naturelles, au Chili la sensibilité d’écologie politique ne s’est pas consolidée, malgré les candidatures présidentielles de Manfred Max Neef (1993) y Sara Larrain (1999). Accolés à un important marketing « vert » que met en avant la consommation de produits supposés sains et naturels, les partis de l’establishment intègrent parfois des consignes environnementales dans leur discours, sans conséquences pratiques. Notre regroupement peut avancer progressivement vers une identité rouge-verte, fondée sur des pratiques concrètes d’alterdéveloppement, par le biais de pratiques économiques coopératives et soutenables. Nous avons dépassé la vision ouvriériste et productiviste de la gauche classique du fordisme.

Interview réalisée par Gwel@n pour « Rouge et Vert »
Paris, le 15/05/07 avec Jose Antonio Vergara
http://www.alternatifs.org

1-coalition au pouvoir
2-coalition électorale de partis de centre-gauche et gauche qui porta à la Présidence de la République Salvador Allende.


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