Katrina et le naufrage du pays de l’oncle de Sam

mercredi 21 septembre 2005
par  Gwel@n
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Le « ground zero » de l’Amérique - Sept. 11th 2005

Alertes à la tiers-mondisation américaine et au changement climatique

Katrina nous ramène au niveau 0 de la politique sociale et environnementale outre-atlantique, la catastrophe naturelle de Louisiane révèle l’ampleur de la misère sociale aux Etats-Unis. L’ascenseur social ne fonctionne plus aux U.S.A, la discrimination positive si chère aux « politiques » est en panne et les afro-américains le paient notoirement, la colère est noire.

Un cauchemar en Louisiane bien réel, que l’Amérique et l’Etat fédéral le plus riche du monde (ressource pétrolifère) ont refusé d’admettre, les secours ont été plus longs à mettre en oeuvre que dans les pays touchés par le tsunami. On découvre le visage caché d’une région, la pauvreté, une dégradation impressionnante du paysage social interne, des populations vulnérables. Le système génère des inégalités, de l’exclusion et les vulnérabilités augmentent avec la catastrophe qui n’est pas si naturelle, le commerce des armes y est flamboyant.

Les cataclysmes (cyclones, ouragans) dans la région des Caraïbes sont récurrents, la prévention des risques l’est moins. La gestion tardive, désordonnée et inefficace de la crise interpelle, les Etats-Unis peu préparés ont de faibles moyens civils pour faire face à une catastrophe naturelle. Katrina est devenu l’ouragan de destruction massive, témoin des impuissances américaines. Cette situation met en avant le paradoxe américain : la capacité d’un pays à produire de la richesse et une fracture sociale alignée sur la question raciale.

Les inégalités sociales et raciales de la riche Amérique ont été exposées, la crise est devenue politique, les populations en détresse ont été considérées comme des « réfugiés », la tension raciale s’est alors exacerbée. Majoritairement noire (près de 70%) la population de la Nouvelle Orléans a vu sa population blanche quitter la ville de longue date pour l’autre rive du lac Pontchartrain, la ségrégation est affirmée. Les Etats-Unis après 25 ans d’allègement d’impôt et de réductions ont privé le service public de sa capacité à oeuvrer pour le bien commun. Le mauvais entretien des infrastructures publiques, la destruction des services sociaux, le mythe de la privatisation accompagnent l’impuissance d’un gouvernement plongé dans une psychose antiterroriste. L’absence d’Etat et de service public lors d’une catastrophe aura montré la difficulté de la FEMA [1], l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence, à gérer un programme destiné à faire face au désastre, G. W. Bush, au plus bas dans les sondages doit répondre de cette crise. Les coupes budgétaires auront sans doute privé de protection les côtes du Sud au profit du désert irakien.

Scénario catastrophe annoncé ?

Comment dès lors surmonter la menace climatique dévastatrice pour les populations et l’économie locale ? Les caprices de "Mother Nature" ont des remèdes : une forte diminution des émissions de gaz à effet de serre et un réaménagement urbain. La disparition des marécages du littoral qui absorbaient la montée des eaux et le défaut d’entretien des digues ont accru la menace sur la ville. L’administration Bush minimise l’ampleur du phénomène climatique en refusant notamment de signer le protocole de Kyoto.

Les accords internationaux sont au point mort et les intérêts économiques du pays priment sur la stabilité climatique planétaire. Les scientifiques eux sont persuadés que la température plus élevée des océans et des eaux de surface, d’où l’ouragan a tiré sa puissance destructrice, est bien la conséquence du réchauffement global dû à l’homme. Les cyclones de ce type ont vu leur intensité augmenter de 50% au cours des dernières décennies, des effets plus violents sont à craindre. Les climatologues [2] démontrent que les grandes tempêtes dans l’Atlantique et le Pacifique s’intensifient et cette tendance est étroitement liée à l’élévation de la température moyenne de la surface des océans. Bush doit revoir sa copie, l’attitude irresponsable des plus grands pollueurs et des pays les plus développés a un coût très élevé aujourd’hui.

L’Europe n’est pas épargnée, comme le montrent les sécheresses, tempêtes et inondations de 2005 comme celles en Roumanie, en Autriche et en Allemagne. Sécheresse et feux de forêt au Portugal, ou tempêtes du début de l’année en Scandinavie et dans les pays Baltes. L’Europe doit relever le défi. L’inertie domine, les accords passés ne sont pas assez contraignants, les secteurs industriels et leur lobbys font la loi. Les émissions de G.ES des pays industrialisés devront avoir diminué drastiquement (min.30%) en 2020 par rapport à leur niveau de 1990, les pays riches doivent participer à l’aide financière et technologique sur la base d’énergies non polluantes.

Un défi écologique à relever pour un monde juste : contre l’érosion des ressources physiques de la Terre et pour les richesses culturelles de l’humanité. L’exploitation des littoraux [3] et les forêts, les espèces vivantes et des sous-sols malgré les alertes sont une menace pour les populations les plus exposées comme en témoignent les évènements, la diversité culturelle s’éteint aussi, des milliers de langues disparaissent.

La catastrophe du Mississipi est humaine, elle est de même culturelle pour la ville berceau du jazz et de la scène florissante actuelle (inclus le rap), des archives et documents ont été noyés, tout un héritage à sauver des eaux.

Force est de constater que le rêve américain perdure, il suffit de scruter la société de consommation contemporaine, nous ressemblons chaque jour un peu plus aux américains, la mondialisation libérale fait son oeuvre et nous sommes chaque fois plus démunis. Restaurer les services publics à travers les transports (qui auraient sauvé bien des victimes) et la solidarité (secours-santé) est vital pour sortir du sinistre modèle américain. Pour autant l’idée de contrer l’aventure capitaliste parait vaine, l’effet Katrina est limité (0,5 % de baisse de croissance d’ici à la fin de l’année), les dépenses de reconstruction vont avoir un contre-effet de relance, la croissance inégale et mortifère a de beaux jours devant elle à moins que le destin du choc pétrolier devienne apocalyptique.

Gwel@n pour Rouge Vert
www.alternatifs.org

[1] Federal Emergency Management Agency. Michael Brown (direction) a été limogé.

[2] Le réchauffement de la planète intervient dans ce type de phénomènes climatiques. Selon Kerry Emanuel, les tempêtes dans l’océan Atlantique et dans le Pacifique ont augmenté en durée et en intensité de 50 % depuis les années 1970. Des zones côtières de faible altitude très menacées avec l’augmentation du niveau de la mer, suite à la fonte de la calotte glaciaire.

[3] La Louisiane perd une surface importante chaque année du fait de l’érosion des digues, la construction de canaux pour le trafic maritime et des opérations d’exploration pétrolière


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