Un article d’Arrêt sur images

(sur les gaz de schistes)
mercredi 9 mars 2011
popularité : 2%

Par Fabrice Nicolino

Après accord du site Arrêts sur images (ici) - merci -, je publie ci-dessous l’enquête signée Sébastien Rochat. Elle rebondit sur l’article dont le titre était : « La bande des Quatre se fout des gaz de schistes »

<font size=3 color=Gaz de schiste : pourquoi les écolos officiels ont réagi avec retard
WWF, FNE, Greenpeace et la fondation Hulot répondent

Par Sébastien Rochat

La bande des Quatre se fout des gaz de schiste”. L’accusation de Fabrice Nicolino, journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur l’écologie, est directe : WWF, France Nature environnement, Greenpeace et la Fondation Nicolas Hulot ne seraient pas suffisamment mobilisés contre les gaz de schiste, dont la technique d’extraction est particulièrement polluante. On avait déjà constaté qu’une bonne partie de la presse était passée à côté de ces gaz de schiste alors que l’exploration avait été autorisée en France par le ministère de l’Écologie en mars 2010.

Mais comment expliquer que les grandes associations écologistes ne se mobilisent que mollement ? À la tête de la contestation, on trouve en effet des groupes locaux, le député européen José Bové, mais pas ces associations écologistes, plutôt en retrait. Pour Nicolino, qui a été le premier à sonner l’alerte en octobre dernier, ce silence coupable est lié aux structures mêmes de ces associations : trop proches du pouvoir, des industriels ou simplement paralysées par leur bureaucratie. Face à ces accusations, les associations avancent plutôt leur spécificité pour justifier leur temps de réaction.

C’est par lui que l’affaire des gaz de schiste a éclaté en France. Comme nous vous l’avions expliqué, dès le mois d’octobre 2010, le journaliste Fabrice Nicolino avait publié un article dans Charlie Hebdo pour dénoncer les permis d’exploration de gaz de schiste octroyés en catimini par Jean-Louis Borloo en mars 2010. C’est Nicolino qui avait alerté José Bové, devenu par la suite le porte-voix de cette mobilisation jusqu’alors locale.

Après la période d’alerte et le moratoire décrété par le gouvernement, l’heure est visiblement aux règlements de compte. Sur son blog, Nicolino, qui doit publier un livre sur les associations écologistes, accuse ces dernières de ne pas être engagées dans ce combat contre le gaz de schiste. Ou du moins de le faire avec un retard suspect et un impact limité. Se disant “écœuré” par l’inertie de WWF, France Nature environnement, Greenpeace et la Fondation Nicolas Hulot, Nicolino attaque fort.

Un membre de WWF était censé participer à une réunion des industriels du gaz de schiste

Première association sur le banc des accusées : WWF France. Le 31 janvier, Nicolino annonce que des politiques et des industriels du gaz de schiste doivent se réunir à l’hôtel Marriott à Paris. “Les transnationales du pétrole et du gaz veulent mettre la France et l’Europe en coupe réglée, et tuer ce qui reste encore à peu près vivant” accuse Nicolino qui révèle au passage la participation d’un certain Stephan Singer à cette réunion, “le responsable de la politique de l’énergie au WWF, cette association internationale qui n’a plus d’écologiste que le nom”. Que venait faire le WWF à une réunion d’industriels du gaz de schiste ? Mystère. Mais Nicolino assure que “le WWF des États-Unis, lié de fort près à l’industrie, n’a rien tenté pour contrarier la réalisation des 500 000 puits de forages existant là-bas”.

Trois jours après les révélations de Nicolino, hasard ou coïncidence, Serge Orru, le directeur général du WWF France consacre sa chronique dans Terra Eco au gaz de schiste pour s’y opposer fermement et encourager la signature de la pétition “Gaz de schiste : non merci !” lancée le 11 janvier. Mais pour Nicolino, c’est un peu court : “La bagarre est en route depuis au moins deux mois en France, et le WWF, qui dispose de moyens financiers très importants, ne fait strictement rien”.

WWF n’intervient sur le gaz de schiste qu’en février

Contacté par @si, Orru répond point par point. D’abord sur la présence d’un responsable de WWF à une réunion d’industriels du gaz de schiste : “Ce n’est pas vrai, Singer n’a jamais été à cette réunion. Il a refusé cette invitation, il n’y est pas allé. Il était bien dans le programme, mais en petit”. Selon lui, les organisateurs ont mis son nom alors qu’il n’avait pas donné suite à cette invitation sentant le piège.

À propos du retard à l’allumage du WWF dans la mobilisation, Orru explique : “On ne peut pas être sur tout. C’est clair et net, nous sommes contre. Peu importe que Nicolino ait avancé le thème avant nous, l’important, c’est qu’on se coalise. En France, les industriels se régalent des divisions des écologistes”. En l’occurrence, le WWF n’est pas la structure forcément la mieux adaptée pour lancer des alertes de ce type : “Lorsque vous faites un budget, il est clos six mois à l’avance, vous définissez vos actions à ce moment-là. On ne réagit pas en fonction de ce que fait la presse, explique-t-il. Il faut une stratégie, ce n’est pas simplement de l’incantation. Il y a l’alerte mais surtout la proposition d’alternative, et pour ça, il faut une expertise scientifique. Tous les jours, je reçois 5 à 6 coups de téléphone pour des combats locaux, des demandes de soutiens financiers pour telle ou telle cause. Mon boulot, c’est d’éviter la dispersion. Aujourd’hui, il n’y a pas une équipe qui travaille sur les gaz de schiste. Par contre, nous sommes engagés contre les extractions de pétrole. Toute extraction est dangereuse pour l’environnement, notamment l’extraction en mer, ce qui est le cas au large de Marseille”.

S’agissant du WWF États-Unis, Serge Orru assure qu’ils “sont opposés au gaz de schiste, il y a suffisamment de dégâts pour l’être”. Etant donné la puissance de feu du WWF outre-Atlantique, on peut tout de même s’étonner de la facilité avec laquelle 500 000 puits ont été creusés. Mais Orru assure que le WWF France est mobilisé : l’association demandera “que les candidats à la présidentielle interdisent la fracturation hydraulique”, technique d’extraction du gaz de schiste.

Pourquoi Greenpeace n’a pas organise de campagne nationale





Greenpeace est la deuxième association écologiste pointée du doigt par Nicolino : “Dans cette association verticaliste, nul ne bouge tant que la bureaucratie internationale qui dirige tout depuis Amsterdam ne le décide, s’agace-t-il. Et, donc, Greenpeace France ne fait rien. Encore bravo, les vaillants défenseurs de la planète !”

Greenpeace a pris position contre les gaz de schiste, dans un article publié sur son site le 13 janvier 2011, c’est-à-dire au moment où l’affaire avait déjà éclaté médiatiquement. Pourquoi pas avant ?

On ne peut pas ouvrir des fronts sur tout, on est sollicité tous les jours par nos adhérents, nos associations, on a beau être une grosse association, on ne travaille pas sur tout, se défend Sylvain Trottier, chargé de communication de Greenpeace sur le pétrole. On a une expertise sur le pétrole, à l’international et en France, mais pas sur le gaz”. Trottier avance aussi une autre raison, plutôt curieuse. Ce serait une question de stratégie : “On ne va pas se mobiliser uniquement sur des problèmes locaux”. Et Trottier de donner un exemple bien connu des @sinautes : “sur les algues vertes, on n’a pas développé de campagne car c’est très localisé, ça ne s’inscrit pas dans une campagne plus large. Or, pour nous, les enjeux doivent être locaux et globaux. On essaye de faire campagne avec plusieurs pays en même temps, car avec cette logique globale, on a plus d’influence”. Et ce ne serait pas le cas du gaz de schiste ? Alors que les États-Unis ont développé cette technique depuis près de dix ans, que les dégâts écologiques sont connus et que les industriels se ruent maintenant vers l’Europe ?

À propos du gaz de schiste, on s’est demandé si c’était aussi grave que le pétrole, tente de se justifier ce responsable de Greenpeace France. Mais les choses ne se font pas en deux jours. Et en général, en France, les associations locales n’aiment pas que ce soit récupéré par des grosses associations”. Pour autant, il soutient que Greenpeace n’est pas absent du débat : “on a une campagne internationale sur le pétrole non conventionnel (dont fait partie l’huile de schiste). Pour nous, c’est notre priorité parce qu’on construit nos campagnes de manière globale”. Greenpeace centre plutôt sa campagne sur la dépendance au pétrole

À France Nature Environnement : “avant de sortir un truc, on vérifie





Dans “la bande des Quatre” dénoncée par Fabrice Nicolino, il y a également France Nature Environnement, qui rassemble près de 3 000 associations réparties sur l’ensemble du territoire. Cette structure délocalisée apparaissait comme la plus à même de faire remonter les contestations au niveau local. Et pourtant, Nicolino accuse le FNE de n’avoir rien fait, pour des raisons politiques : FNE “qui tire sans doute plus de 65 % de ses ressources de fonds publics, joue son rôle traditionnel de tranquillisant social, si utile en ces temps troublés. Elle ne conteste pas les gaz de schiste pour ce qu’ils représentent d’évidence, elle réclame que les formes soient mises (…) Le message de FNE au pouvoir est clair : servez-nous une sauce acceptable”. France Nature Environnement, qui a participé au Grenelle de l’environnement, est-elle dans la main du gouvernement ?

C’est un procès d’intention, la théorie du complot fait vendre du papier”, dénonce Benoît Hartmann, porte-parole de France nature environnement. Et d’expliquer : “On a commencé par faire remonter les informations de nos associations locales. Dans les arrêtés, il n’était pas écrit gaz de schiste mais simplement hydrocarbures. Il a fallu faire le tri de toutes les autorisations. Ça a commencé à monter il y a un an, en Ile de France en particulier. Mais on pensait que ces associations locales nous alertaient à propos d’hydrocarbures classiques”.

FNE se prononce contre les gaz le 17 janvier

Jointe par @si, la responsable du réseau énergie, Maryse Arditi, nous explique pourquoi tout ce travail prend du temps : “Il faut être honnête, on n’était pas branché sur les hydrocarbures. Il n’y a pas d’hydrocarbures, plus de mines en France. On a tellement de sujets sur le feu”. Et l’association ne peut pas se lancer sans être certain de ce qu’elle avance : “Si je suis José Bové, si je me trompe, ce n’est pas grave. Nous, avec toutes nos associations partenaires, avant de sortir un truc, on vérifie si on est tous sur la même ligne. La démocratie, ça prend du temps. Tout seul, c’est plus facile”.

En outre, comme WWF et Greenpeace, FNE explique qu’il ne peut pas être partout : “ce n’est pas de la mauvaise volonté, il y avait plus d’urgence. De mars à juin, j’ai par exemple travaillé exclusivement sur la question de l’EPR. Actuellement, je travaille sur les plans de prévention des risques technologiques. Certains particuliers vont être expropriés”, explique Maryse Arditi.

Du côté de la Fondation Nicolas Hulot, qui a pris position contre les gaz de schiste sur son site avec deux articles les 3 et 22 février, on justifie la réaction tardive par le manque d’information : “On n’était pas au courant des autorisations Borloo. Comme les populations locales”, nous explique-t-on. Aujourd’hui, la Fondation veut resituer l’affaire dans un contexte plus large : “Nous, notre entrée, c’est plutôt sur l’énergie. Mais c’est plus en terme de réflexion sur le long terme, le manque d’investissement dans les énergies renouvelables”.

Comme une grande partie de la presse, les gaz de schiste ont donc échappé aux radars des grandes associations écologistes. Toutes les quatre assurent aujourd’hui qu’elles suivront le dossier de près, même si elles ne sont pas à la pointe de la contestation. En attendant, au moment où le New York Times vient de révéler que l’eau rejetée par les puits de gaz de schiste était radioactive, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a confié ce matin à Jean-Jacques Bourdin qu’elle a demandé l’abrogation des permis d’exploration de gaz de schiste à François Fillon.

fabrice-nicolino.com


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