CATASTROPHE DE TOULOUSE : POURQUOI TANT DE MYSTERES 2/2

samedi 11 septembre 2004
par  Henri Farreny
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Henri Farreny est professeur à l’Institut National Polytechnique de Toulouse
Ancien membre actif du Secrétariat Permanent pour la Prévention des Problèmes Industriels de Toulouse, organisme de concertation auprès de la préfecture de région. Ancien porte-parole du groupe Union des Écologistes du Conseil régional de Midi-Pyrénées.

Paroles d’inspecteurs généraux de l’environnement

Au lendemain de la catastrophe, le ministre de l’environnement a chargé l’Inspection Générale de l’Environnement (IGE) d’enquêter. Le 24/10/01, l’IGE a rendu un épais rapport. Il y est affirmé : « La SNPE a subi des dégâts notables dans ses installations générales... toutefois aucune installation technique n’a été endommagée, aucune fuite ne s’est produite ».

« Aucune fuite » ? C’est plausible. Mais « aucune installation technique endommagée » ?

J’ai visité la SNPE le 23/10/01 puis le 17/11/01.
Malgré la grande réticence du directeur à permettre l’accès à certains secteurs, j’ai pu constater que l’enceinte qui assure le double confinement des 5 cuves de phosgène avait été « déchirée » (expression du directeur) par l’onde de choc. Elle était encore en réparation plus d’un mois après la catastrophe.
L’atelier de phosgénation était gravement endommagé. La cheminée haute de 85 m qui surplombe cet atelier et l’enceinte des cuves avait perdu ses paratonnerres et balises pour avions. Pendant plusieurs mois l’usine a continué à être survolée par un tiers du trafic aérien toulousain, sans que ces balises soient replacées (ni les paratonnerres). Pourquoi ?

J’ai appris - mais en janvier 2004 seulement, malgré ma curiosité - que le chemisage intérieur de la cheminée était fissuré sur plusieurs dizaines de m. N’a-t-on pas risqué une chute sur les cuves, le 21 septembre et après (ce qu’on appelle un suraccident) ? Qui était au courant ?
En outre, les portes de l’enceinte de confinement réservée au dépotage des wagons de chlore avaient été soufflées. L’énorme cuve de méthanol (1500 m3) a été gravement abîmée.
De tout cela le rapport IGE ne dit mot.

Par contre, il se félicite « d’une façon de faire [à la SNPE] qui tient aux précautions appliquées aux poudres et explosifs. Elle tient en trois principes : le fractionnement, le cloisonnement et la surabondance de sécurités. ».
Et pousuit : « On peut noter par exemple que les réservoirs de phosgène du site sont fractionnés, enterrées [sic] et confinées [sic]. Ils ont pu résister à une agression majeure comme celle du 21 septembre... On notera aussi, que la canalisation de phosgène, à double paroi traverse le bras inférieur de la Garonne sur une passerelle parasismique et que sa sécurité de fermeture aux vibrations a fonctionné le 21 septembre. ».

Non : les 5 cuves de phosgène n’étaient pas « enterrées ». Ni séparées : elles étaient côte à côte (4 cuves de 10 t, 1 vide), dans la même petite enceinte légère, « déchirée » lors de la catastrophe. L’IGE ne semble pas au courant.
La SNPE disposait en outre d’un stock de conteneurs et bouteilles (144 t de phosgène autorisées sous cette forme) que l’IGE ne mentionne pas ; le 23/10/01, j’ai compté une soixantaine de conteneurs (950 kg chacun) comme d’habitude couchés sur le sol, en plein air, aucunement enterrés. Je n’ai pu m’en approcher. Le percement d’un seul de ces conteneurs pouvait entraîner la mort de milliers de personnes ; à titre indicatif, eu égard aux concentrations mortelles, on peut dire que le phosgène est 10 fois plus toxique que le chlore, ou 100 fois plus toxique que le gaz ammoniac.
L’IGE ignore la longueur de « la canalisation de phosgène » (1,7 km, donc très exposée) ; et qu’elle a reçu des projectiles : le cordon-capteur de vibrations a été sectionné. L’IGE le sait-elle lorsqu’elle affirme que la « sécurité de fermeture aux vibrations a fonctionné » ?.

Trois ans après, peut-on espérer que l’IGE ré-inspecte son propre travail ?

Paroles de responsables de la SNPE

Donc, le 24/10/01, le rapport IGE a affirmé que la « sécurité de fermeture aux vibrations a fonctionné ». Le 28/11/01, Bernard Fontana, directeur général adjoint du groupe SNPE, accompagné de Daniel Surroca, directeur industriel SNPE-chimie fine, confirme devant la Commission parlementaire d’enquête : « Les mécanismes prévus ont parfaitement fonctionné, en particulier le « pipe » qui relie la SNPE à Tolochimie... Ce « pipe » a été fermé par un automatisme déclenché par une détection de vibrations... C’est une des sécurités prévues. Ainsi, si cette sécurité n’avait pas fonctionné, il se serait fermé par défaut d’alimentation électrique ».

Le 3/1/02, dans La Dépêche du Midi, Jean-Louis Galamel rapporte qu’ « une secousse tellurique... aurait eu pour effet d’activer les clapets de sécurité sur les vannes de phosgène de la SNPE voisine [d’AZF] trois secondes avant l’explosion [d’AZF] ».

La SNPE, qui a l’habitude de contrecarrer toute information qui pourrait lui nuire voir www.snpe.fr, ne réagit pas à l’article, si précis, de La Dépêche. Ni, au rapport, à caractère officiel, de l’IGE. Ni au rapport de la Commission parlementaire ; alors que chaque transcription a été soumise, pour validation, à chacune des personnes auditionnées.

Dix huit mois après la catastrophe, Daniel Surroca est entendu par le juge. C’est un grand technicien et un cadre expérimenté de la maison. Sa fonction du moment est « directeur de la SNPE-Toulouse ». Son audition est très attendue car la SNPE doit fournir, enfin, des documents concernant la chronologie des évènements. Malencontreusement, dans cette grande usine dont l’IGE a dit tant de bien, beaucoup de mémoires informatiques ont disparu, soit qu’elles aient été détruites notamment par « coupure électrique » lors de la catastrophe, soit que par la suite les appareils supportant ces mémoires sont tombés en panne ou ont été « recyclés ». Il ne reste aucune trace, sur papier ou informatique, du fonctionnement des protections du « pipe ». Du fait des coupures électriques le personnel n’a pu rien voir sur les écrans. Les documents de suivi des lots de phosgène, pour le 21/9/01 ont été détruits. Cependant, on dispose d’une copie d’écran, capturée à Tolochimie qui indique que la dernière livraison de phosgène aurait eu lieu à... 7 h 53, soit 2 h et demie plus tôt que ne l’avait déclaré Bernard Fontana. Le directeur explique que les informations émanant de la SNPE ont été mal comprises ou déformées. Par le journaliste, les inspecteurs IGE, les parlementaires ? Doit-on prendre ce propos de Daniel Surroca pour argent comptant ?

Si oui, comment expliquer la cohérence entre La Dépêche, l’IGE, la Commission et la passivité de la SNPE pendant un an et demi ?

Et si non ? Quel mobile ? Dissimuler que le séisme (dont la date aurait pu être enregistrée par le détecteur de vibrations) a eu lieu plusieurs secondes avant l’onde de choc (éventuellement datée par un autre dispositif, par exemple réagissant à la coupure d’alimentation) ? Ou bien, « simplement », dissimuler que la canalisation de phosgène n’a pas été fermée et qu’un grave danger a été encouru ?

MYSTERES DE LA GESTION DE CRISE

Trop peu d’attention a été portée aux carences et anomalies concernant l’alerte du 21/9/01, les mauvaises conditions de mobilisation des services de secours, les mesures de sécurisation trop circonscrites. Toutes les citations d’officiers présentées ci-après sont tirées des rapports d’intervention remis en janvier 2003 au juge par des responsables de sapeurs-pompiers. Pourquoi tant de retard à appliquer le PPI ?

Entre le 30/6/89, date de sa promulgation, et le 21/9/01, le Plan Particulier d’Intervention de la Zone chimique Toulouse-sud (PPI) avait fait l’objet de plusieurs centaines de réunions de travail, notamment avec des représentants des 3 usines (AZF, SNPE, Tolochimie), de la préfecture, des services d’ordre et de secours. Le PPI stipulait qu’en cas de sinistre dans la Zone, menaçant le voisinage, il était du devoir de n’importe lequel des 3 directeurs de déclencher illico les sirènes PPI ; il était du devoir de la préfecture d’appeler immédiatement la population au confinement et lancer le PPI.

Selon le colonel P. : « Dès 10 h 24, la salle opérationnelle de la préfecture est activée... à 10 h 42, la demande de déclenchement des sirènes PPI est effectuée - le PPI est déclenché, à 11 h 15, les mesures de confinement sont demandées ». Une demi-heure pour demander le déclenchement des sirènes et lancer le PPI lui-même, près d’une heure pour appeler au confinement (avec un vent de 7 m/s, où en était la diffusion des fumées au bout d’une heure ?)...

Qu’est-ce qui a retardé (fait hésiter peut-être) la préfecture (voire le gouvernement) et les directions des 3 usines ?

Pourquoi le procureur n’a-t-il pas encore diligenté une enquête à ce sujet ?

Qu’ont su exactement les pompiers accourus à la SNPE ?

Le commandant H. évoque son « arrivée devant l’entrée de la SNPE où l’un des cadres de l’usine nous indique que l’explosion provient bien de la SNPE ». Quel est ce cadre « de l’usine » ? A-t-il été entendu ? Pas à ma connaissance. Le commandant ne consacre pas une ligne à expliquer ce qu’il a su ensuite (confirmation/infirmation) de cette « explosion [qui] provient bien de la SNPE ». Pourquoi ?

Le colonel P. rapporte : « Dès que la secousse sismique et le double bruit d’explosion sont ressentis, le directeur... l’adjoint opérations... le commandant de la compagnie de Toulouse... se rendent au CTA nord... SNPE : 4 officiers sur place dont deux dans les 20 minutes... L’action consiste à faire le tri des blessés, à organiser leur évacuation... à l’exception de 10 cadres et ouvriers restés sur place pour sécuriser le site. Cette évacuation sera décidée suite à une information donnée par un cadre de l’usine indiquant une possibilité d’explosion. Une fois l’évacuation terminée, le capitaine T. reste à la SNPE afin d’assurer la liaison industriel sapeurs-pompiers pour tout problème d’évolution de la situation et de sécurisation du site ». Quel est ce « cadre de l’usine » qui a indiqué « une possibilité d’explosion » ? A-t-il été entendu ? Pas à ma connaissance. Le colonel n’approfondit pas. Pourquoi ?

Pourquoi les pompiers n’ont-ils pu pleinement inspecter la SNPE ?

Le capitaine T. précise : « Entre 10 h 25 et 10 h 30 : départ vers SNPE (lieu présumé du sinistre). Arrivée à la SNPE vers 10 h 50 - 11 h 00. Prise de contact avec officiers présents sur place ». Mais le capitaine ne dit rien de ce qu’il a fait, vu, su à la SNPE. Pourquoi ?

Le colonel P. explique : « La sectorisation géographique a consisté à considérer deux grands secteurs, l’un regroupant les installations situées à l’intérieur de la limite de propriété d’AZF, l’autre à l’extérieur, englobant le tissu urbain de proximité... L’activité chimique ne s’appliquait que sur le secteur AZF ». La sécurisation de la SNPE n’est aucunement considérée alors que c’est là que se trouvent les stockages de très loin les plus dangereux : ceux du phosgène (outre du chlore, des perchlorates, etc.). Pourquoi ?

Le commandant F., principal expert en « Risques Technologiques » parmi les secours intervenant, raconte : « Deux explosions ressenties à la faculté Paul Sabatier de Toulouse où je donne des cours de sécurité industrielle... J’essaie de rejoindre la SNPE en traversant la passerelle reliant les deux établissements. Deux pipe-lines empruntent cette passerelle : celui du phosgène et celui de l’hydrogène. La protection anti-intrusion m’empêche d’atteindre la SNPE ». Finalement, le commandant-expert ne mettra pas les pieds à la SNPE. Pourquoi ? Il ne fait aucun commentaire à ce sujet. Pourquoi ?

On a vu précédemment que les installations techniques de la SNPE avaient subi de graves dégâts. Et que les risques de « suraccident » méritaient considération. Pourquoi les pompiers ne sont-ils pas venus en force à la SNPE pour la passer au peigne fin ?

Pourquoi la procédure de gestion des personnes décédées a-t-elle été changée ?

Le colonel P. insiste sur « un problème de gestion des décédés qui... a déstabilisé la chaîne des secours. Il s’agit d’un changement de la procédure médico-légale en cours d’intervention... Un ordre est venu, identifié comme provenant de la salle opérationnelle préfecture, demandant de laisser les corps sur place. L’effet a été une déstabilisation immédiate des relations sapeurs-pompiers - officiers de police judiciaire liée à une incompréhension de cette procédure nouvelle. Ce n’est qu’environ 3 à 4 heures après que la procédure habituelle a été relancée ».

Le lieutenant-colonel G. et le docteur B., du SAMU 31, se plaignent de même : « Le recensement des décédés a été rendu difficile par le dispatching des corps dans les différents dépositoires de Toulouse plutôt que de les regrouper ».

Pourquoi cet ordre de la « salle opérationnelle préfecture » ? Pourquoi ce « dispatching » ? Ces mesures déconcertantes ont effectivement engendré des troubles. D’une part le nombre des personnes décédées a bizarrement fluctué et suscité beaucoup d’investigations ultérieures. D’autre part, l’identité d’une des victimes reste problématique.

Encadré n° 6

CONFIRMATION DES DEUX EXPLOSIONS PAR DES TEMOIGNAGES VISUELS

Au moins une dizaine de témoins ont non seulement entendu mais aussi nettement vu les 2 explosions, c’est-à-dire les jaillissements de 2 panaches de fumée, à partir de 2 lieux distincts, à plusieurs secondes d’intervalle.

Dans l’émission « Pièces à conviction » du 17/6/04, sur France 3, un tel témoin a été interviewé, impressionnant de netteté.

En recoupant les champs visuels (parfois très étroits) des témoignages disponibles, on peut délimiter une zone, de 2 hectares à peine, dans laquelle la 1ère explosion a eu lieu : elle se situe plusieurs centaines de m à l’Est du cratère d’AZF [voir notamment : Valeurs Actuelles du 2/4/04]. Elle correspond très bien à la zone cernée par l’analyse des enregistrements audio [voir encadré n° 4]

MYSTERES MÉDICO-LÉGAUX

Depuis trois ans plusieurs journalistes d’investigation (de l’Express, du Figaro, de Valeurs Actuelles, de l’Est Républicain...) ont attiré l’attention sur des énigmes relatives à l’identification et au décompte des personnes décédées.

Examen de corps à Purpan

Le 22/9/01, le lieutenant de police L. constate que : « Madame D. [médecin-légiste] débute à 12 h 05 l’examen d’un deuxième corps portant le n° 12... arrivé ici [Hôpital Purpan, l’un des deux grands hôpitaux publics de Toulouse, éloigné du lieu de la catastrophe] le 22 septembre 2001 à 00 h 30... trouvé sur le site N° 5 du cratère... Ses yeux sont noirs... A son poignet droit est attaché un bracelet hôpital marqué « D. J. [en toutes lettres] »... Le corps ne présente visiblement pas de tatouage ou de cicatrices... ». Aucune mention de brûlure.

Autopsie à Rangueil

Le 23/9/01, le capitaine de police B. assiste à l’autopsie du corps n° 12 [à l’Hôpital Rangueil, l’autre grand hôpital public de Toulouse, tout proche du lieu de la catastrophe et d’ailleurs sévèrement touché]. Il déclare que le corps « du nommé J. H. » parvenu du CHU de Purpan le 23 à 11 h 20, « présente plusieurs lésions cutanées sur le corps dues à des brûlures » et il constate « la présence sur sa main droite d’un tatouage bleu ». La couleur des yeux n’est pas indiquée. Un autre rapport, celui des médecins-légistes, Mme A. et M. C., mentionne en outre une « cicatrice d’appendicectomie ».

Incohérences

Comment expliquer qu’à l’hôpital Purpan on n’ait vu ni la cicatrice ni le tatouage observés à l’hôpital Rangueil. Ni évoqué des brûlures ?

Anne-Marie Casteret, médecin de formation, a décrit des photos du cadavre étiqueté H. J. [L’Express, 6/2/03]. Sur celles prises à l’hôpital Purpan, elle témoigne avoir vu « un tee-shirt gris en très bon état ». Sur celles prises ensuite à l’hôpital Rangueil, « les bras, le thorax, l’abdomen apparaissent carbonisés ». Comment le thorax a-t-il été brûlé sans que le tee-shirt le soit ? En outre, sur les photos de Purpan et de Rangueil, les yeux apparaissent bleus. Pourquoi sont-ils noirs selon le procès-verbal d’examen à Purpan ?

[Encadré n° 7]

CONFIRMATION D’INCIDENT A LA SNPE AVANT L’EXPLOSION D’AZF

Par communiqué du 31/1/02 publié sur son site internet, la SNPE a déclaré : « les informations fournies par RTE confirment que c’est 1 seconde 21 centièmes après l’explosion qu’une anomalie s’est produite sur la ligne éléctrique SNPE ».

La SNPE voulait prouver par là que les incidents constatés chez elle étaient consécutifs à l’explosion d’AZF.

Or la date de « l’explosion » qu’évoque ce communiqué est celle donnée par le RéNaSS, soit un peu plus de 10 h 17 mn 56 s, puisque la SNPE ne croit qu’à une explosion, celle détectée par le RéNaSS.

Comme il est prouvé que l’explosion d’AZF a eu lieu 8 à 9 s plus tard [voir encadré n° 3], on déduit que : l’ « anomalie [qui] s’est produite sur la ligne éléctrique SNPE » est antérieure à l’explosion d’AZF.

Quelle est donc l’origine de cet incident électrique à la SNPE ?

Une hypothèse évoquée : un effet de cisaillement dans le transformateur d’entrée de la SNPE, résultant de la secousse sismique associée à la 1ère explosion.

MYSTÉRIEUX HÉLICOPTERES

Une preuve matérielle audio

Le 22/3/04, Le Figaro révèle que : « France 3 a enregistré [en fond sonore] le bruit caractéristique d’un hélicoptère, 15 s seulement après la détonation, lors d’un tournage... à 2 km à l’ouest de l’usine sinistrée. Selon les experts du Bureau d’enquêtes de l’aviation civile (BEA), qui ont analysé la bande à la demande du juge... il s’agirait d’« un hélicoptère léger de la famille Écureuil (AS 350 ou EC 130) ou éventuellement d’un hélicoptère lourd de la famille Super Puma AS 332 » utilisé par l’armée. ».
Quel est cet hélicoptère ? Que faisait-il là ? Qu’ont vu le ou les pilote(s) et éventuel(s) passager(s) ? Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés ? Est-il difficile de les identifier ?

Des témoignages humains

Le 8/4/04, l’association des anciens salariés d’AZF, « Mémoire et solidarité » rend public un ensemble de témoignages récemment transmis au juge. Parmi eux, celui de deux personnes qui affirment avoir vu, au moment précis de la catastrophe, alors qu’elles se trouvaient à 1 700 mètres de la Zone chimique, « un hélicoptère avec une corde pendante » volant à proximité immédiate du site. L’appareil « a été fortement chahuté... il s’est trouvé un moment en péril et l’échelle de corde faisait alors des méandres ».
S’agit-il de l’hélicoptère enregistré par France 3 ? Pourquoi une échelle de corde pendante ?

Une preuve matérielle vidéo

Ce même jour M6 Toulouse, retrouvait une séquence dans laquelle, pendant 4 à 5 s on aperçoit un hélicoptère, mais pas son immatriculation, qui semble être un Écureuil 350. La sonnerie d’une école permet de dater les images : environ 10 h 25. S’agit-il de l’hélicoptère enregistré par France 3 ou celui vu par les témoins ?
S’agit-il de l’hélicoptère de la gendarmerie qui a décollé de la base aérienne, toute proche, juste après la catastrophe et dont le pilote déclare, en juin 2003, avoir survolé AZF à 10 h 26 ? Cela semblerait possible. Sauf que le pilote se trompe : selon le rapport (avec « trajectographie » jointe) émis par la Police Aéronautique de Toulouse le 28/9/01 : « l’hélicoptère de la gendarmerie... s’est rendu au-dessus des lieux entre 8 h 30 TU et 8 h 41 TU », soit à partir de 10 h 30 en temps local. »

D’autres objets volants non identifiés

Le 21/9/02, Marcel Gay rapporte dans l’Est Républicain le témoignage de Mme Y. M. qui a « vu un petit avion télécommandé qui semblait faire du sur-place au-dessus d’AZF » au moment précis des explosions. Il fait état d’ « une boulangère de la banlieue toulousaine et une employée d’un laboratoire pharmaceutique [qui] ont également entendu le moteur d’un avion qui faisait « un bruit de crécelle » ».
Et il pose la question : « ce « drôle d’engin » aperçu par plusieurs témoins ne serait-il pas un drône (avion sans pilote) utilisé pour les missions d’observation et de renseignement ? ».

La question semble d’autant plus pertinente que, parmi les témoignages recueillis au printemps 2004 on trouve ceux de deux femmes qui ont aperçu, un quart d’heure avant la catastrophe, « une espèce d’engin de couleur qui flottait dans le ciel au-dessus d’AZF. Il avait la forme d’un huit dont l’extrémité du bas était ouverte ».

REMARQUES DE CONCLUSION

Nous n’avons pas évoqué tout ce qui fait problème dans cette affaire.

Notamment les violations patentes de la législation Seveso dont s’est rendue coupable l’administration d’État dans la Zone chimique de Toulouse : si la légalité avait été respectée la catastrophe n’eut pas été aussi meurtrière et dévastatrice.

Mystères administratifs préalables à la catastrophe, comme mystères postérieurs, il faudra tout expliquer.

Mais ces explications dérangent ceux qui par négligence, si ce n’est par intérêt, ont permis que se constituent en France de nombreux sites aussi dangereux que celui de Toulouse.

Des faits bien établis

On entend dire : « On ne connaîtra jamais la vérité ». Mieux vaut persister à la chercher, prendre acte des progrès accomplis, soutenir de nouvelles investigations.

Aujourd’hui il est établi qu’il s’est produit deux explosions (par précaution, disons principales). La 1ère, à l’origine de l’unique trace sismique publiée, s’est produite vers 10 h 17 mn 56 s, quelques centaines de m à l’Est de l’actuel cratère AZF. La 2ème, 8 à 9 s plus tard, dans le hangar 221 d’AZF.

Il est établi que, 3 semaines avant la catastrophe, les autorités redoutaient une attaque terroriste contre la SNPE ; cette inquiétude n’a pu que croître à la suite des attentats de New-York.

Il est établi qu’au moins un hélicoptère était présent au voisinage immédiat du site chimique au moment de la catastrophe. Et que les gens qui savent pourquoi cet hélicoptère était là se sont tus depuis 3 ans.

Le nouveau camp de base pour la recherche de la vérité doit être planté à cette altitude.

Partant de là on peut travailler à répondre aux questions bien fondées (liste non exhaustive) formulées ci-après.

Des questions bien fondées

1) Quelles sont les causes et les circonstances de la 1ère explosion ?

2) A-t-elle entraîné l’explosion d’AZF ? si oui comment ?

3) Si non, pourquoi et quelles furent alors les causes propres de celle-ci ?

4) Identité de l’hélicoptère ? Mission ? Informations recueillies ? Pourquoi et comment ce long incognito ?

5) Quelles furent les mesures antiterroristes autour de la Zone chimique à partir du 31 août, puis du 11 septembre 2001 (données, missions, effectifs, moyens, résultats) ?

Répondre aux questions des 4e et 5e groupes n’est qu’une affaire de volonté politique.

Des présomptions à éprouver, des pistes à explorer

L’analyse générale des témoignages conduit à associer les vibrations du sol à la 1ère explosion et l’onde de choc aérienne à la 2ème. En outre la 1ère explosion ne semble pas avoir creusé de cratère. D’où l’hypothèse d’une 1ère explosion souterraine.
Le sous-sol de la SNPE est aussi pollué que celui d’AZF. On a plusieurs fois découvert des fûts chimiques jadis enfouis, oubliés, voire des bombes lâchées en 1944. Le passé militaire de la SNPE pousse à considérer aussi l’éventualité d’anciennes galeries ou installations enterrées. On pourrait donc songer à une lente dégradation chimique et une amorce spontanée ; ou fortuite, par choc mécanique ou électrique, éventuellement masqué par un autre événement.
En d’autres lieux, il est déjà arrivé que d’anciens puisards, des canalisations, d’égouts par exemple, occasionnent des problèmes, par combinaison malencontreuse d’effluents, formation et accumulation de gaz...

D’un autre côté, on ne peut exclure qu’une explosion de surface laisse une trace sismique. Ce cas a été observé lors d’explosions impliquant des nappes de gaz.

Certains lieux de la SNPE méritent une attention particulière. Par exemple : le transformateur électrique 63 kv, la chaufferie, ... mais aussi divers bâtiments du Sud de la SNPE qui ont été rasés si vite que le juge s’est enquis des raisons.

Divers éléments plaident en faveur d’une activité policière ou militaire autour de la Zone chimique, avant, pendant et même après la catastrophe. Une telle activité ne pourrait étonner dans les circonstances politiques dramatiques que connaissait la planète à ce moment là. Beaucoup de témoins font état de phénomènes lumineux avant les explosions. Il est donc pertinent d’envisager des scénarios tels que : fausse manœuvre (par exemple : un drone frappant une installation au sol, ou une ligne électrique aérienne, ou deux lignes en même temps), acte préventif justifié ou non, riposte à une agression réelle ou supposée.

Accident, attentat, bavure militaire ?

La catastrophe ne fut peut-être qu’un accident industriel... Dans ce cas, elle n’a pas démarré au hangar 221 d’AZF, comme on a voulu nous le faire croire depuis le début. Il convient alors de comprendre la relation entre la 1ère explosion et la 2ème. Voici des éléments hypothétiques.
Les incidents électriques côté SNPE pourraient avoir été répercutés par le câble électrique à 6,2 kv qui traverse le bras de Garonne séparant la SNPE et AZF. Au niveau du poste électrique auquel est relié le réseau 6,2 kv d’AZF, a été constaté un très grave incident électrique : 18 000 A pendant 900 ms, ce qui laisse supposer un énorme dégagement énergétique pouvant engendrer des phénomènes variés alentour. Dont divers témoignages font état.
Une partie de cette énergie pourrait avoir été captée par une des installations d’AZF, éventuellement la tour de fabrication du nitrate d’ammonium. Selon plusieurs témoignages, cette tour a « décollé » avant l’explosion du hangar 221. Certains experts envisagent que du nitrate fondu, en cours de fabrication dans cette tour, ait été ainsi porté à très haute température, puis soit venu frapper le stock du hangar 221, provoquant l’explosion.

La catastrophe a peut-être résulté d’un attentat... En dépit de certaines préventions irrationnelles, il est légitime d’étudier la piste d’une malveillance voire d’un attentat. « La piste odieuse de l’attentat » avons-nous pu entendre ou lire ! Il n’y a pas de piste a priori odieuse. Ce qui est odieux c’est de brider la recherche de la vérité. Ce qui serait odieux c’est que la découverte de cette vérité soit imputée à des boucs émissaires.
La piste de l’attentat doit être étudiée parce que le dossier comporte des faits qui lui confèrent une certaine crédibilité. Et qu’il faudra de toutes façons élucider, pas éluder. Nous en avons évoqué quelques uns, il en est d’autres.

Que la 2ème explosion, chez AZF, résulte d’un attentat, ne serait pas incompatible avec l’occurrence d’une explosion préalable à quelques centaines de m. Car l’événement déclencheur de cette 1ère explosion pourrait être une autre composante de l’agression ou un acte défensif.

Enfin, la catastrophe pourrait avoir été déclenchée par une bavure militaire, sans attentat... Peut-être une erreur de guidage ou une panne d’un engin de surveillance ? Peut-être un tir préventif inopportun ?

La vérité : un droit, un besoin, un devoirQuelle que soit la vérité, il faut la connaître. Et donc la chercher. C’est un dû pour les victimes, pour tous ceux qui ont souffert. C’est un droit pour tous dans un pays démocratique.
C’est un besoin pour mieux se prémunir dans l’avenir contre de tels drames.
C’est un devoir éthique pour ne pas tromper la jeunesse qu’on éduque justement dans l’effort pour un monde meilleur.


Remerciements

L’auteur exprime sa cordiale gratitude à tous ceux qui l’ont aidé, de moultes façons, quelles que soient leurs opinions, à travailler sur ce sujet, notamment :
Jean-Marie Arnaudiès, Agnès Casero, Anne-Marie Casteret, Pierre Cohen, Guillaume D’Alessandro, Marie-Christine Etelin, Charles Farreny, Marcel Gay, Jean-Paul Krivine, Jean Mahenc, Marc Mennessier, Jacques Mignard, Patrick Mignard, Christian Moretto, Roch Saüquère, Jean-Christian Tirat, Jean Vilotte.


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational