Au pays du soleil, le Vent !

vendredi 1er avril 2011
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Par Olivier Cabanel


Pendant que des millions de Japonais tentent de survivre sur leur île, toujours menacés par la centrale nucléaire, force est de constater que ce pays est assis sur un véritable trésor d’énergies propres et inépuisables dont il n’a pas, semble-t-il, pris la juste mesure. En effet, paradoxalement, le Japon a préféré privilégier l’énergie désuète, dangereuse et polluante, qu’est le nucléaire, plutôt que de s’intéresser à cette source gratuite et formidable d’énergie sur laquelle il est assis : la géothermie.

Même s’ils ne comptent pas moins de 16 centrales électriques géothermiques, cela ne représente que 20% du potentiel disponible.
L’argumentation pour justifier ce choix limité est « le paysage gâché » par les énormes nuages de vapeur, et le prix.
Ces « énormes nuages », que sont-ils face à d’autres nuages qui sont en train de polluer tout leur pays et au delà ?!
Quant au prix, quel sera celui à payer pour réparer la catastrophe nucléaire en cours ? Face aux dégâts humains et financiers provoqués par la récente catastrophe de Fukushima, ils devraient peut-être réfléchir à deux fois à la question.

En effet, question géothermie, il semble que le Japon ait baissé le pied. En 1999, ils étaient à 547 MW de puissance, et pour les années à venir, aucune projection n’était prévue pour le développement de cette énergie renouvelable et sans dangers. Pourtant, le Japon est, à 70%, le premier producteur mondial d’équipements géothermique et paradoxalement, en vendant du géothermique dans le monde entier, il n’en voit l’intérêt pour lui-même qu’assez modestement. Ceci dit, en France, nous ne produisons que 326 MW issus de la géothermie, alors que, tout comme pour le Japon, notre potentiel est très important. Il y a sous Paris et sa banlieue une immense nappe d’eau chaude de 15 000 km2, celle du Dogger, qui pourrait répondre aux besoins de millions d’habitants.

Si on y ajoute la nappe Alsacienne, celle d’Aquitaine, et celle des Dombes, près de Lyon, on constate que cette énergie est largement sous-exploitée. Dans la foulée, le Japon néglige une autre richesse énergétique, gratuite, et inépuisable aussi, qui a pour nom le vent. En effet, à la surprise générale, les quelques éoliennes offshore installées au Japon ont remarquablement résisté au séisme et au tsunami. Elles ont produit, en 2010, un peu plus de 2300 MW ce qui place le Japon en 18ème position au rang mondial. Ce chiffre qui semble important, est à relativiser si on le compare avec l’essor de son voisin chinois qui a fait un bond de 232% en 2007, alors que le Japon, quant à lui, n’a progressé que d’un petit 1%.

Et pour continuer sur le chapitre des énergies renouvelables disponibles au Japon, ce pays manie décidément le paradoxe : tout en étant le leader mondial de l’énergie photovoltaïque (la moitié des modules solaires produits dans le monde sont fabriqués au Japon) il préfère les vendre plutôt que d’en installer beaucoup plus sur son territoire.
En effet, s’il est vrai que le Japon à décidé que d’ici 2030, 10% de son énergie serait photovoltaïque, il en est encore loin du compte aujourd’hui. Evoquons aussi la production de méthane d’origine animale, ou humaine. En France, ce méthane fabriqué pourrait répondre à la totalité de la demande de notre parc automobile, poids lourds y compris. Le Japon pourrait sans nul doute produire lui aussi de quoi faire tourner une bonne partie de son parc automobile, d’autant que les professionnels japonais dans ce domaine sont en pointe en matière de véhicules hybrides avec plus d’un million de véhicules produits, lesquels sont beaucoup moins gourmands en carburant. lien

Et pourtant tout comme en France, le Japon, en 2007, ne voyait dans les énergies renouvelables comme l’éolien, la biomasse, ou le solaire, que des compléments, estimant n’avoir d’autres solutions que la filière nucléaire. Pour 2010, les prévisions pour le Japon étaient de 271 mtep pour le pétrole, (millions tonnes équivalent pétrole), de 114 mtep pour le charbon, de 83 mtep en gaz naturel, de 93 mtep pour le nucléaire, de 40 mtep pour les énergies renouvelables, de 20 mtep pour l’hydroélectrique, de 1 mtep pour la géothermie, et de 20 mtep pour les autres énergies, pour un total de 602 mtep, l’objectif fixé étant d’atteindre seulement les 7% d’énergie propre et renouvelable. Aujourd’hui, suite à la catastrophe que nous savons, il est possible que le Japon change son fusil d’épaule. Plus près de nous, l’Union Européenne demande à ce que des tests soit menés dès cet été sur les 143 réacteurs nucléaires européens, et Gunther Ottinger, commissaire européen en charge de l’énergie, souhaite que ces expertises soient menées par des équipes de contrôle internationales, mais la France et l’Angleterre refusent ces équipes internationales. De quoi auraient-ils peur ?

Au mois de février dernier, l’ASN a révélé des « anomalies » sur 9 sites nucléaires français, ceux du Blayais, de Bugey, de Chinon, de Cruas, de Dampierre, de Fessenheim, de Gravelines, de Saint Laurent des eaux, et du Tricastin.
Et enfin, pour terminer sur le chapitre nucléaire, on apprend que la France avait décidé d’envoyer au Japon le 24 mars 2011, du Mox contenant 1 198 kg de plutonium, mais devant la communication faite par Greenpeace de cet envoi scandaleux, Areva aurait préféré repousser à 2013 cette décision. Car comme dit mon vieil ami africain : « Seule la chaussure sait si la chaussette a des trous ».

agoravox.fr


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