Xavier Bertrand et Lidl

mercredi 22 juin 2011
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Par SuperNo


Vous avez aimé “Edouard Balladur prend le métro“ ? . “Christine Lagarde fait le plein” ? …alors vous adorerez forcément “Xavier Bertrand fait ses courses au Lidl“ !

Pour ceux, comme Xavier Bertrand, qui l’ignoreraient, je vais faire un bref rappel de ce qu’est un Lidl (ou un Aldi, ou tout autre magasin “Hard Discount”, souvent filiales d’autres groupes de la grande distribution) : c’est une espèce d’entrepôt standardisé (tous sont quasiment identiques), tout petit par rapport à un hypermarché, décoré par un ancien de l’URSS, où tout, à commencer par le personnel, est calculé dans un seul but : coûter le moins cher possible. En particulier, on n’y trouve aucune des fanfreluches qui rendent la fréquentation des centres commerciaux traditionnels insupportable : agression publicitaire, omniprésence de la pub, embouteillage de caddies, musique à la con, animatrices qui vous racolent pour vous faire acheter un produit de merde (mais en promotion), démesure du magasin et du parking toujours bondé…

Conséquence, les Lidl and Co sont les fournisseurs favoris des pauvres, chômeurs et assistés divers (ceux que Bertrand et l’UMP aiment tant), qui y trouvent tous leurs produits de “première nécessité”. Ces machins ont bien poussé dans les campagnes, là où les hypers ne vont pas, et ce sont désormais en quelque sorte les nouveaux “magasins de proximité”.
Les clients ne sont d’ailleurs pas que des pauvres, puisque sur le parking de celui qui a fleuri tout près de chez moi, on voit souvent des 4x4 immatriculés au Luxembourg. Ah oui, j’avoue à ma grande honte que j’y vais assez souvent. La principale raison, outre qu’il ne se trouve qu’à 2 km au lieu de 6 pour la grande surface, c’est qu’on n’y passe jamais plus d’un quart d’heure, au lieu d’une heure ou deux dans les cathédrales du con-sumérisme.

Autre intérêt, on n’y trouve quasiment aucun produit de “grande marque”, vous savez, ces multinationales qui nous overgavent de pub à longueur d’années et dont les actionnaires se frottent les mains tous les ans à l’époque du dividende en se gaussant de la connerie des acheteurs.
Mais en y regardant de plus près, et notamment en cherchant le code de l’usine sur les boîtes, on s’aperçoit que bon nombre de produits sont fabriqués par les susdites marques, et sont souvent totalement identiques. Un seul exemple : l’eau minérale. Même si la marque et le conditionnement sont différents, la flotte vendue chez Lidl est de la “Cristaline” rebadgée. Bon, évidemment, ce qu’il ne faut pas y acheter, ce sont toutes ces saloperies de “plats cuisinés”, bourrés de merdes diverses et variées, colorants, conservateurs, arômes artificiels, huile de palme, sel… Le rayon fruits et légumes fait la part belle aux fraises espagnoles et aux tomates marocaines : à fuir.

Les Lidl ont aussi quelques particularités néfastes : un rayon biscuits/sucreries démesuré, grand pourvoyeur d’obésité, et la présence continue de gadgets à 2 balles de provenance inconnue (mais asiatique) qui contribuent à alourdir inutilement l’addition et à mettre des porte-containers sur les océans. Quant à la bidoche, il faut être clair : mangez-en 10 fois moins, et allez l’acheter chez un bon boucher ! Tout le monde connaît les bons bouchers, demandez aux vieux de votre entourage ! Évidemment, ça coûtera 2 ou 3 fois plus cher, mais au final vous ferez des économies, votre santé ne s’en portera que mieux, et l’environnement vous remerciera, tant la production industrielle de bidoche est une des pires calamités ici-bas !
On imagine aisément par quel épouvantable chemin est passée la viande avant d’être vendue à moins de 50 centimes le steak au Lidl !

La viande devrait être une fête, et bouffer quotidiennement du jambon, de la saucisse ou du steak haché est une aberration, une perversion de notre société de con-sommation. La viande pourrie à l’origine de l’intoxication alimentaire dans le nord venait de chez Lidl, elle aurait pu venir de n’importe où ailleurs ! C’est la conséquence logique du “serrage des coûts”. Les acheteurs de la grande distribution, Lidl comme les autres, pressurent, rackettent les fournisseurs, c’est une des clés du système.
Et pour pouvoir suivre les exigences de Lidl, les fournisseurs sont obligés à leur tour de serrer les coûts. Quand le fournisseur est un fabricant de steacks hachés, il ne va sûrement pas acheter des vaches charolaises qui broutent dans le pré d’à côté. Il va sur Internet, où il doit exister un site du style “bidoche-moins-chere.com”, où il peut se fournir au prix le plus bas. Ici, la bidoche venait d’Allemagne, ou de Pologne. Je suppose que si elle venait de Zanzibar ou du Turkménistan, ce ne serait pas un problème, du moment qu’elle est moins chère. Evidemment, plus on s’éloigne et moins on a de visibilité sur la qualité et le respect de règlementations plus ou moins exotiques…

Dans Fast Food Nation”, le journaliste américain Éric Schlosser décrit les conditions de travail dantesques dans les abattoirs. Une bonne partie du personnel, d’origine immigrée, est incapable de lire les consignes de sécurité. Soumis à des cadences infernales, ils leur arrive souvent de se blesser gravement, ou, plus prosaïquement de perforer les intestins du bestiau, souillant le reste de la bidoche. C’est la manière la plus fréquente de répandre la bactérie E-coli. Ensuite, le principe du steak haché, c’est de mélanger des tonnes de carcasses et de les broyer ensemble, ce qui fait qu’un seul steak peut être constitué de viande de dizaines de vaches, et qu’une carcasse infectée va contaminer des tonnes de steaks. Aux États-Unis, il y a eu de nombreux cas de maladies et de décès dûs à la consommation de steaks pourris dans les fast-foods (le cas le plus connu étant celui de Jack in the box en 1993, 4 enfants morts et des centaines de malades) et dans ce cas les autorités peuvent écarter d’un coup des montagnes de bidoche.

    Several state health departments, CDC, and the United States Department of Agriculture’s Food Safety and Inspection Service (USDA-FSIS) are investigating a multi-state outbreak of Escherichia coli O157:H7 infections. On September 29, USDA issued a notice about a recall of 21.7 millions pounds of frozen ground beef patties.”
    Les départements de santé de plusieurs États, les centres de contrôle des maladies et le service d’inspection et de sûreté alimentaire du ministère de l’agriculture enquêtent sur une épidémie d’infections à la bactérie Escherichia coli O157:H7 sur plusieurs États. Le 29 septembre, le ministère a ordonné le rappel de 21,7 millions de livres (9 800 tonnes !) de pièces de viande de bœuf surgelée.”

Enfin, chez Lidl comme ailleurs, le personnel est traité comme du bétail. Pire que dans la grande distribution traditionnelle, c’est dire. À l’heure où Carrefour est au tribunal pour non-respect du SMIC, le personnel des hard-discount est soumis à un traitement de choc : les caissières y passent les produits 2 fois plus vite qu’ailleurs, et doivent aussi (et surtout) courir pour déballer les produits, les mettre en rayon, nettoyer les magasins... Non respect des horaires de travail, flicage du personnel, harcèlement moral, le tout pour un salaire de misère : le problème est endémique.

C’est la conséquence directe de l’application stricte du système libéral, si cher à Xavier Bertrand. Toute la chaîne est organisée pour “produire de la richesse”, en exploitant à l’extrême tous ceux qui se trouvent en bas (salariés, fournisseurs, clients) pour le seul profit des actionnaires.
Lisez ça, c’est particulièrement révélateur : si les clients des hard-discounts sont généralement parmi les plus pauvres de la population, leurs patrons sont au contraire parmi les plus riches : le patron de Lidl, Dieter Schwarz, est la troisième fortune d’Allemagne avec 10 milliards d’euros… Les deux premières places sont occupées par la famille des frères Albrecht (l’un est mort en 2010), fondatrice d’Aldi, le clône de Lidl. L’addition des trois donne 44 milliards d’euros… (et le tournis en même temps).

Le principal grief de Xavier Bertrand à l’égard de Lidl, c’est de ne pas mettre assez d’affiches dans les magasins pour mettre en garde contre les steaks pourris… N’y-a-t-il vraiment rien d’autre à dire ?

superno.com


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