L’agro-industrie au Costa Rica : une agriculture esclavagiste et dévastatrice

mercredi 29 juin 2011
par  Sophie Miranda
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Plantation bananière, Sixaola, Costa Rica
Au risque d’écorner les bonnes consciences, je vais à nouveau évoquer les pratiques des multinationales qui œuvrent au Costa Rica (Dole, Del Monte, Chiquita et bien d’autres) et qui, avec le soutien des gouvernements respectifs, inondent le marché européen de produits agricoles cultivés dans des conditions plus que douteuses, remettant en question la sécurité alimentaire.

Autrefois, le Costa Rica subvenait en grande partie à ses besoins alimentaires. Aujourd’hui, les denrées principales doivent être importées car la monoculture imposée par l’économie mondiale ne permet plus l’auto-suffisance. Et ici comme ailleurs, des milliers d’hectares de forêts ont fait place à la production industrielle destinée à l’exportation. Les terres empestent de produits agro-chimiques tandis que les fleuves charrient ces substances toxiques jusqu’aux océans.

Dans ce petit pays, à des milliers de kilomètres des assiettes des consommateurs, citoyens, syndicalistes, écologistes et agriculteurs livrent une guerre à la monoculture planifiée par l’industrie agricole. Tous sont conscients que leurs luttes pour améliorer les conditions des travailleurs et la responsabilité environnementale seront inutiles tant que les consommateurs occidentaux ne seront pas informés sur le coût réel des produits qu’ils achètent.

Après la banane, l’ananas

enfant d'indignés, Costa Rica
Le 22 juin dernier lors d’une conférence de presse, la ANEP (Asociación Nacional de Empleados Públicos y Privados) a dénoncé les conditions de travail des employés dans deux plantations d’ananas. La majorité des salariés ne bénéficient pas du système de sécurité sociale, des primes et vacances prévus par la loi. Leur salaire est en dessous du salaire social minimum et les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées. L’ANEP a de plus dénoncé l’utilisation du Furadan (marque commerciale du Carbofuran), un pesticide qui s’est révélé être hautement toxique pour les humains, les oiseaux et les poissons et qui est aujourd’hui interdit aux États-Unis, au Canada et en Europe.

« Durant une inspection de certification dans l’entreprise, un travailleur a refusé de dissimuler l’utilisation de ce produit aux inspecteurs, ce pourquoi il a été licencié le jour suivant. Quand arrivent les inspecteurs du Ministère du travail, ils font monter les travailleurs clandestins dans des camions et les emmènent se cacher, ils font la même chose avec les produits chimiques. Pour tout cela, nous avons décidé de nous réunir pour nous syndiquer, la réponse de l’entreprise a été le licenciement immédiat de tous » a déclaré Gerardo Barba Hurtado, un travailleur qui s’est risqué à dénoncer son ex-employeur et qui doit aujourd’hui supporter des menaces et intimidations.

De son côté, le député José María Villalta Florez-Estrada, que j’apprécie grandement pour son humanisme et son intégrité, s’est compromis a intervenir à l’Assemblée législative afin que les ministères du travail, de la santé et de l’environnement apportent des réponses quant à leur inefficacité en matière de protection de l’environnement, des droits humains et du travail ; ceux-ci devront s’exprimer quant à l’utilisation de produits agro-chimiques toxiques qui sont interdits dans la plupart des pays du monde et en particulier dans les pays où s’exporte l’ananas. Depuis, une solidarité entre les travailleurs de ces exploitations agricoles s’est établie en dépit d’une forte pression des employeurs. Malgré les menaces qui pèsent sur leurs emplois, ils sont prêts à dénoncer les violations de leurs droits et l’usage de pesticides interdits qui contaminent l’environnement et affectent la santé des communautés avoisinantes dont certaines sont ravitaillées en eau par camion citerne car elles ne peuvent plus utiliser leur source d’eau, hautement polluée. La contamination des sols et des réserves aquifères est très préoccupante.

Cet appel à la justice sociale nous concerne tous. Acheter des ananas provenant du Costa Rica, c’est renforcer le pouvoir de ces entreprises qui exploitent sans vergogne les travailleurs, contaminent l’environnement et trompent les consommateurs. La course aux profits des multinationales n’engendre que misère, désolation et injustice sociale dans le monde entier, et les consommateurs des pays occidentaux sont les acteurs de ces tragiques circonstances. L’égoïsme, la naïveté et la confiance des consommateurs sont les facteurs clés de la prospérité de ces lobbies qui abandonnent à la faillite les producteurs locaux.

Arrêtons de croire tout et n’importe quoi

En 2006, une coalition de 70 syndicats et ONG accusait la multinationale Dole de ne pas respecter les droits humains dans les plantations d’Amérique latine, un sujet malheureusement toujours d’actualité. Du côté des consommateurs, Dole prétend mettre tout en œuvre pour satisfaire ses clients et leur offrir des produits de qualité. Elle affirme aussi avoir réduit significativement la quantité de produits chimiques depuis 1980, voir même éliminé complètement certains poisons. La compagnie propose également une gamme de produits bio certifiés qui répondent aux mêmes exigences de qualité que ses produits conventionnels, à la différence que ceux-ci sont cultivés sans produits chimiques et engrais de synthèse. C’est ainsi que, par le biais de son site internet, cette même compagnie qui viole les droits humains et empoisonne l’environnement, souhaite gagner notre confiance, qu’en pensez-vous ? Ne vous est-il jamais arrivé de dire à une personne ce qu’elle avait envie d’entendre, tout simplement pour lui faire plaisir ou pour la rassurer ? Bien sûr, ça ne rapporte rien mais maintenant, imaginez que cela puisse vous faire gagner des millions…

Pourquoi donc devrions-nous nous sentir en sécurité avec l’homo industrialis ? L’avarice qui le ronge n’est-elle pas la pire des dégénérescences ? Faites-vous confiance à un inconnu ? Confieriez-vous un secret à un fabulateur ? Confieriez-vous votre porte-monnaie à un voleur ? ou votre santé à un charlatan ? En toute logique non. Alors pourquoi faire confiance aux compagnies qui dépensent sans compter en opérations de marketing et dont l’unique objectif est de satisfaire leur conseil d’administration en fin d’année ? Couleurs et slogans sont adaptés pour stimuler nos désirs mais en aucun cas pour motiver notre confiance.

Aucun lobby ne peut prétendre collaborer au commerce équitable, nous devons être capable de percevoir la tromperie, nous ne devons pas nous laisser bercer par les messages publicitaires mystificateurs au risque de nous endormir sur des idées préconçues, des opinions infondées. Nous ne sommes pas plus stupide que ces politiciens à qui nous confions nos convictions citoyennes, nous ne sommes pas moins dignes que ces savants qui bouleversent notre existence, notre destinée et notre évolution, et surtout nous sommes incontestablement plus généreux que tous ces nantis qui asphyxient le monde. Alors faisons en sorte que notre pouvoir de décision bénéficie à l’humanité et à notre planète, le temps est venu d’évoluer en consom’acteurs.

Source : UCR - Empresas piñeras violan derechos laborales y contaminan

pour en savoir plus :
Chiquita ou le régime de fer
Costa Rica : Répression au pays de l’ananas
Les ananas de la colère

nature-environnement.com


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