Il faut lire Pierre Athanaze !

(et vite)
vendredi 23 septembre 2011
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Par Fabrice Nicolino


À propos du livre de Pierre Athanaze, Le livre noir de la chasse (Le Sang de la Terre éditeur, 286 pages, 21 euros).

Pierre Athanaze est un ami. Je le considère comme tel en tout cas, bien qu’il ne soit pas un intime. Je l’ai vu agir, je l’ai entendu parler, je l’ai constamment apprécié. Qui est-il ? Un historique - bien que nullement vieillard - de la protection de la nature en France. Il a été un pilier de France Nature Environnement (FNE), fédération que j’ai froidement descendue dans mon livre Qui a tué l’écologie ?. Et puis il s’en est éloigné - tant mieux ! -, avant de devenir le président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ici), cette Aspas chère à mon cœur.

Pierre est un bagarreur et, me semble-t-il, une âme tendre. Il a joué le jeu de la discussion et des institutions fort longtemps. Bien plus que je n’en aurais été capable. Bien davantage que je ne lui aurais souhaité. Mais baste, il est comme cela. Il a ainsi siégé dix ans au conseil d’administration de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), où les chasseurs sont majoritaires. Je ne peux qu’imaginer le nombre de couleuvres de Montpellier - les plus grandes, en France du moins - qu’il a dû avaler. Bon, fin de l’amicale critique.

Il vient de publier un livre remarquable, que je vous invite à lire, à faire connaître autour de vous. Certes, je sais combien ce qualificatif de remarquable est galvaudé, mais il m’est venu spontanément, car l’on remarque fatalement, en ces temps de vide, un livre qui a quelque chose à dire. Et celui-là décortique le monde de la chasse en France, qui favorise tant le détestable univers des fédérations. Pierre raconte donc l’histoire, qui passe comme d’autres par Pétain, et pointe les invraisemblables avantages financiers - et autres - attribués à cette manne électorale supposée que représentent 1 230 000 permis de chasse accordés en 2011. 1 230 000, cela semble énorme, mais ils étaient près du double en 1974. Les chasseurs sont sur le déclin, mais les politiques les bichonnent comme jamais. Surtout depuis le surgissement d’un parti de la chasse, nettement favorable à la droite la plus raide, Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT).

Ce bouquin est concret, vivant, sensible. Pierre ne se contente pas de citer des chiffres et résumer des rapports. Il dépose son regard dans la balance, et quand il nous parle de l’incroyable, abominable déterrage des blaireaux - un exemple parmi quantité d’autres -, on sent une présence. Un refus radical. Un homme qui souffre. Peut-on souffrir pour un animal ? Pardi ! Il faudrait une belle indifférence à la vie vraie pour ne pas gueuler contre toutes les vilenies que l’homme - certains hommes - inflige à qui ne peut se défendre contre lui.

Je ne sais pas sur quoi insister. Le braconnage ? Le cas Gilles Pipien, que j’ai déjà abordé ici ? L’interminable combat sur les dates de chasse ? Les violences faites aux protecteurs ? Le constant scandale du col de l’Escrinet, en Ardèche ? Vraiment, je ne saurai décider, car tout est bon. Un mot peut-être sur les sangliers, dont la multiplication est un vrai problème dans de nombreuses régions françaises. On abattait en France, en 1975, 50 000 sangliers. On est maintenant à 700 000, et cela ne suffit pas. Le sanglier est partout, ou plutôt le cochonglier, hybride né des amours organisées entre le porc domestique et le véritable ongulé sauvage. Organisées dès les années 70 du siècle passé par des chasseurs qui voulaient multiplier les cartons et avaient donc décidé - et obtenu - de relâcher des animaux élevés dans des sortes de sinistres fermes. L’agrainage, qui consiste à attirer des animaux, en forêt, à proximité de sources de nourriture dûment préparées, aura fait le reste. La situation est pour l’heure incontrôlable.

Savez-vous combien d’animaux sont élevés dans le seul but d’être butés par des chasseurs trop ventripotents pour sortir de leurs 4X4 ? Chaque année, rapporte Pierre, les « éleveurs de gibier » vendent aux sociétés de chasse (chiffres 2002) 14 millions de faisans, cinq à six millions de perdrix grises et rouges, un million de canards colverts, 120 000 lièvres, 300 000 à 400 000 lapins de garenne. 800 000 chasseurs participeraient à ces chasses héroïques, parfois à l’intérieur de petits territoires enclos. J’ai appris - comment le savoir autrement ? - que les faisans flingués en ribambelle finissaient enterrés sur place, ou même sur des aires d’autoroutes. Si. J’insiste ? Une dernière fois : il faut lire Athanaze.

PS : Bonjour, grand bonjour à Roger Mathieu, auteur d’un livre qui m’avait marqué en son temps : La Chasse à la française (Quelle est belle company, 1987).

fabrice-nicolino.com


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