Après le président blingbling, la droite cling-cling

mardi 8 novembre 2011
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Par Christian Salmon

C’est une émission qui aurait accablé – ou ravi, sait-on jamais ? – Federico Fellini, l’auteur de Ginger et Fred qui avait décrit, en 1986, la mue berlusconienne de l’Italie avant même que Silvio Berlusconi ne pensât à se présenter aux élections. Fellini décrivait les coulisses d’un monde dévoré par la télévision, où la politique, la religion, l’art sont convoqués sur le plateau d’une émission de prime time sous la forme d’un peuple de clones et d’imitateurs pour une dernière apparition, dans une sorte d’enterrement carnavalesque du monde réel. Nous y sommes...


On connaît l’amour du président pour les émissions de variétés et les jeux télévisés. Mais c’est l’UMP, tout à sa course à l’audience, qui a réalisé le cauchemar fellinien. Les jeunes de l’UMP avaient montré le chemin à leurs aînés dans un "lip dub" de triste mémoire, où l’on voyait une vingtaine de ministres et de personnalités du parti se dandiner et reprendre en choeur Tous ceux qui veulent changer le monde. Mais cette fois les ministres durent se plier à une mise en scène moins dansante. Intitulée "Le projet socialiste à la loupe : le grand malentendu", l’UMP organisait une convention politique contre le projet socialiste au Pavillon Gabriel, haut lieu mythique des émissions de variétés de Michel Drucker.

Jean-François Copé, candidat supposé à la présidence de la République en 2017, devait passer l’épreuve la plus difficile pour un homme politique : le test de l’animateur. Entouré des Plic et Ploc du "Petit journal", il présida à la mue périlleuse d’une convention politique en jeu télévisé, à mi-chemin de "La Roue de la fortune" et du "Juste prix". Ce jour-là, Plic avait composé un poème qu’il récita : "Avec un programme aussi flou et mou, où il y a des tas de loups et des tas de trous, la France va dans les choux." On applaudit poliment. Mais Ploc avait en réserve une flèche redoutable contre François Hollande qu’il lâcha sans plus attendre : "Prince de l’ambiguïté". C’était un peu court mais Lionnel Luca surenchérit : "Chamallow insaisissable". On rit. L’effigie de carton de François Hollande chancela sous le trait et se figea comme un saint Sébastien transpercé.

Clou du spectacle et bijou de scénographe : un compteur géant de Téléthon enregistrait en chiffres rouges les dizaines de milliards que coûteraient les mesures socialistes, pendant que se succédaient sur l’estrade, comme les candidats d’un jeu télévisé, les ministres et les dirigeants de la majorité éclairés par des spots bleu-blanc-rouge. A chaque nouvelle mesure du programme socialiste, Valérie Rosso-Debord, en speakerine survoltée, annonçait le montant de l’addition souligné par un "cling-cling" de caisse enregistreuse. "On en est déjà à 60 milliards !"... Cling, cling, cling. "On en est déjà à 68 milliards, ça fait cher pour le Parti socialiste", se gaussait Valérie Rosso-Debord. On sait gré à François Fillon et à Alain Juppé de s’être soustrait à cette mascarade. Pour conclure un quinquennat inauguré au Fouquet’s et célébré sur le yacht de Vincent Bolloré, quoi de mieux en effet qu’un compteur géant affichant des milliards ? Cling ! On n’a rien trouvé de mieux à l’UMP pour faire oublier le bouclier fiscal, les parachutes dorés et les rétrocommissions et pour déjouer le procès instruit par l’opposition contre le "président des riches" : un bruit de tiroir-caisse qui se referme.

C’est à cela qu’on reconnaît la fin d’un règne. Lorsque les signes se mettent à diverger, qu’ils échappent à leurs émetteurs et se retournent contre eux. Ainsi l’affaire des diamants qui marqua la fin du giscardisme. Bien au-delà du cadeau que Valéry Giscard d’Estaing avait accepté des mains d’un dictateur africain, les "diamants" devinrent le signifiant du giscardisme. Ils brillèrent comme un sceau infamant sur la fin de son mandat... Comme disent les linguistes : le signifiant déborde le signifié. Engagé sous le signe du bling-bling, qui marqua ses premiers mois, le mandat extravagant de Nicolas Sarkozy s’achève au son du cling-cling, le nouveau gimmick sonore de la droite. Le son du sarkozysme finissant. On s’étonne que cette innocente onomatopée n’ait pas encore inspiré les caricaturistes du Monde. J’en propose l’idée à Plantu, une caisse enregistreuse en guise d’urne électorale. Avec en titre : "Le président cling-cling".

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