Andalgalá, punta de lanza

lundi 12 décembre 2011
par  cath
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Par Catherine Le Manach

Un peuple se mobilise contre les ravages de l’exploitation minière à grande échelle. L’histoire d’une région sacrifiée sur l’autel des intérêts miniers internationaux et d’une lutte emblématique oubliée pour le droit des générations actuelles et futures à habiter sur le sol qui les a vu naître.


Andalgalá (province de Catamarca), petite ville d’un peu moins de 20 000 habitants, se niche au pied du massif de l’Aconquija dans le Nord-Ouest Argentin. C’est au cours du XIXème siècle que l’on découvre des gisements d’or et de cuivre dans ces montagnes qui deviennent l’objet de toutes les convoitises. Ainsi débute l’histoire minière d’Andalgalá. De nos jours, les droits de propriété du site de la mine sont aux mains de l’entreprise étatique Yacimientos Mineros Aguas de Dionisio (YMAD) conjointement administrée par l’État argentin, la province de Catamarca et l’Université Nationale de Tucumán. Cette même société octroie en 1997 une concession de 20 ans pour l’exploitation du site à l’entreprise Alumbrera Ltd, coentreprise formée par les canadiennes Golcorp Inc. et Northon Orion Resources Inc. ainsi que la suissesse Xstrata majoritaire à 50 %.

La mine Bajo de La Alumbrera est aujourd’hui un des sites d’extraction à ciel ouvert les plus grands au monde. Elle couvre une surface d’environ 4 kms sur 2.5 kms pour 450 mètres de profondeur selon les dernières estimations connues. Pas facile en effet de se faire une idée de l’ampleur du site, les images sur Google Earth ne sont plus actualisées depuis 2006. Rien de plus parlant donc que les chiffres ; la mine consomme chaque jour 50 millions de litres d’eau et 25 % de l’énergie produite par la région NOA (Noroeste Argentino). Ici, on ne boit pas l’eau du robinet à cause des fortes suspicions de pollution qui pèsent sur les rivières de la région. Le bassin où se déverse les déchets produits par la mine n’a pas été imperméabilisé correctement. Les conséquences sur la santé publique sont encore incertaines en l’absence d’étude officielle connue. Une enquête menée de façon indépendante par un groupe de médecins de la région révèle cependant l’augmentation des cas de maladies respiratoires, l’apparition de maladies rares et une explosion des cas de cancer dans une proportion de 800 %. S’il ne s’agit pas d’être alarmiste, la population locale est cependant en droit de s’inquiéter de son sort en 2017 lorsque la concession prendra fin.

Car c’est une région toute entière et même un pays qui se sont compromis aux côtés de l’industrie minière. Si plusieurs gouvernements latino-américains mènent aujourd’hui une politique en faveur de la réappropriation nationale des ressources naturelles, rien de tout cela ici. La mine est un sujet absent des débats et des médias. Toutes les instances de pouvoir régional ont appuyé l’implantation de la mine et continuent aujourd’hui de la soutenir [1]. Preuve en est, le système universitaire argentin est largement arrosé par l’argent de la mine. En 2009, ce sont 86 millions de pesos qui ont été répartis entre les universités publiques du pays. En tête de file, l’Université Nationale de Tucumán présente au conseil d’administration de l’YMAD, a fait peau neuve et laissé libre cours aux délires futuristes des architectes de la région.

Mais alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Voici que se dessine un autre projet répondant au doux nom d’Agua Rica [2] (avouez qu’il faudrait être mauvais esprit pour y voir une quelconque ironie), à 17 kms d’Andalgalá. Cette fois-ci, la population civile adopte dès le départ une stratégie frontale de résistance au nouveau site d’extraction. La Asamblea El Algarrobo [3] s’organise pour maintenir une veille permanente sur le projet et pour informer par le biais de sa radio communautaire. Le 15 février 2010, les membres de l’Assemblée qui coupaient depuis décembre 2009 la seule voie d’accès au site d’Agua Rica sont violemment réprimés. Mais impossible de déloger l’Assemblée qui occupe le terrain de l’un des leurs. Les faits sont largement médiatisés et la lutte est rendue visible au niveau national voire continental.

Deux ans plus tard, l’Assemblée continue de veiller jour et nuit sur la piste qui mène au gisement d’Agua Rica et le peuple d’Andalgalá de défiler tous les samedis soirs sur la place principale en signe de résistance. Ils sont plusieurs hommes et femmes à avoir fait de cette résistance non violente leur raison d’exister. C’est toujours un moment empreint d’une sincère émotion que de rencontrer des personnes qui mettent ainsi leur vie au service de leurs convictions. Un tel engagement impose le respect et réduit à néant le fatalisme de ceux qui voient là une cause perdue.

hablandodeciertascosas.bogspot.com


[1Mapa de conflictos mineros, proyecto “Plataformas de Dialogo para el Desarrollo Minero Responsable en Argentina” apoyado por el PNUD
mapaconflictominero.org

[2Communiqué de presse Xstrata Copper, le 8 mars 2011, Buenos Aires
xstratacopper.com

[3Asamblea El Algarrobo, prensaelalgarrobo.blogsopt.com


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