Éric Brunet, très sarkozyste et peu journaliste

samedi 14 janvier 2012
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Par Ellen Salvi


La campagne 2012 se joue aussi en librairie. Si de nombreux ouvrages fustigent le bilan du quinquennat Sarkozy, une poignée de titres parient sur la contre-programmation en misant sur une nouvelle victoire du président sortant. Outre les éternels soutiens politiques (parmi lesquels l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui signera, début février, Je marcherai toujours à l’affectif, chez Flammarion), quelques auteurs font leur entrée dans le cercle fermé des farouches défenseurs du sarkozysme. En attendant le prometteur Foncez président ! de Louis Uberti (Éditions de l’Onde), c’est Éric Brunet, et son Pourquoi Sarko va gagner (Albin Michel), qui démarre la partie.

Depuis une semaine, celui qui anime une émission quotidienne baptisée « Carrément Brunet » sur RMC et aime à se présenter comme un « polémiste », se déplace de plateaux télé en studios radio pour prêcher la bonne parole du chef de l’État. Il y répète quelques-uns des arguments qu’il développe dans son nouveau livre, louant l’efficacité redoutable du président Sarkozy, victime, si l’on en croit Brunet, des « lestes déontologues sarkophobes » qui n’ont eu de cesse de s’acharner contre le personnage sans jamais se soucier de son action. Dans Pourquoi Sarko va gagner, l’auteur pointe du doigt les « maîtres censeurs » que sont, selon lui, les journalistes « sûrs d’eux, à la limite de l’arrogance, persuadés de leur mission salvatrice face au despote. Des cohortes de valeureux baveux menant la guérilla des mots » qui accusent sans savoir. Ce n’est pas la première fois qu’Éric Brunet étrille la profession. Dans un précédent ouvrage, intitulé Être de droite, un tabou français (Albin Michel, 2006), il s’attaquait déjà aux « 90 % de journalistes qui votent à gauche » et réduisent leurs confrères de droite au silence.

Aujourd’hui, il éreinte ces mêmes journalistes qui raillent à tort « l’inculture de Nicolas Sarkozy » – oubliant par ailleurs qu’il déclarait lui-même dans le magazine Transfuge en octobre 2010 que « Sarkozy n’est manifestement pas un intellectuel » – et atteignent « bien des fois, le point Godwin » – sans mentionner ces autres fois où les proches de Nicolas Sarkozy ont évoqué les « méthodes fascistes » de la presse. « Je n’ai pas souvenir de telles déclarations », assure-t-il aujourd’hui à Mediapart.
La prise de position « à contre-courant » de l’auteur de Pourquoi Sarko va gagner n’explique pas, à elle seule, l’aura médiatique dont il jouit depuis peu. Le 1er janvier dernier, soit quelques jours seulement avant la sortie de son livre, Éric Brunet a été promu chevalier de la Légion d’honneur en qualité de « journaliste et essayiste ; 24 ans de services ». « Une malheureuse coïncidence » selon lui, qui n’a pas échappée aux observateurs qui ont commenté la promotion ici ou là.

À ceux qui s’étonnent qu’un journaliste puisse accepter d’être décoré, Éric Brunet rétorque : « Je ne suis plus journaliste. J’ai quitté cette profession dans laquelle j’ai trop souffert au début des années 2000 en ne renouvelant pas ma carte de presse. Je trouvais que ce monde était un peu monotone, terne. Je souhaitais faire autre chose et RMC m’en a offert l’opportunité. D’ailleurs, les deux tiers des gens qui sont à l’antenne de RMC ne sont pas journalistes. »

Dans un billet publié sur Atlantico et sobrement intitulé « Pourquoi j’ai accepté la Légion d’honneur… Lynchage pour une médaille », Brunet explique que la récompense lui a été proposée en octobre 2010 par le député UMP de l’Oise, Edouard Courtial – devenu depuis secrétaire d’État aux Français de l’étranger – en remerciement de sa « contribution au rayonnement de la France à l’étranger ». Depuis quatre ans, Éric Brunet anime en effet l’émission « Le Plus Grand Musée du monde », sur France-3 Paris Ile-de-France. Lui-même avoue que ses précédents livres – Être de droite, un tabou français, Être riche, un tabou français (Albin Michel, 2007) ou encore Dans la tête d’un réac (Nil, 2010) –, dans lesquels il clamait déjà « son amour pour le territoire émotionnel et englouti de la droite », ne sont certainement pas étrangers à cette proposition.

« Polémiste » pour l’un, « journaliste » pour les autres

Éric Brunet se dit cependant « très embarrassé » que le ministre de la Culture qui lui a remis la Légion d’honneur n’ait pas fait la nuance entre « journaliste » et « polémiste ». Mais cette nuance, que l’auteur de Pourquoi Sarko va gagner s’emploie à marteler à longueur d’interviews, n’a visiblement pas échappé qu’aux seuls services de la rue de Valois. Sur Atlantico qui a publié les bonnes feuilles de son dernier livre, sur BFM TV où il tient une chronique, à l’Institut de formation politique (IFP) où il fut intervenant, sur les sites des responsables UMP qui l’ont invité à plusieurs reprises pour parler de ses derniers ouvrages... Partout, Éric Brunet est présenté en qualité de journaliste. Partout ou presque. Car il est un domaine, moins connu, où l’animateur de RMC revêt aussi la casquette de communicant. Depuis 2006, il travaille notamment pour Vitalia, propriétaire d’une cinquantaine de cliniques privées, comme l’a révélé Rue89. Ancien directeur de la communication du groupe, il se contente aujourd’hui, « faute de temps », de rédiger « tout seul » un magazine de 120 pages.

« C’est un magazine grand public, avec des interviews et tout, explique-t-il à Mediapart. Pas du tout un truc de lobbyiste du monde de la santé comme le sous-entend le papier de Rue89. » La preuve selon lui ? « J’ai également des activités de communicant avec d’autres organismes comme la Fédération française du bâtiment et l’Union sociale pour l’habitat. » Un tour rapide sur le site Internet de cette dernière permet d’ailleurs de constater qu’elle aussi a oublié de faire la nuance entre « journaliste » et « polémiste ».

« Je suis en train de considérablement réduire mes activités de communicant, précise Éric Brunet. Et dans tous les cas, je n’ai jamais été une sorte de Thierry Saussez ou de Jacques Séguéla. Je ne fais pas de lobbying auprès des parlementaires, je ne fréquente pas le monde politique. » Interrogé sur ce point par Rue89, l’auteur avait déjà assuré n’être « pas du tout dans le marigot politique droitier ». Certes. C’est pourtant auprès de ce marigot qu’il a assuré une partie de la promotion de ses livres...

Suite de l’article sur Mediapart.fr


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