“Manif de droite ?, non merci...

... Humour pour humour
mercredi 27 juin 2007
par  Luc Douillard
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Les plaisanteries les plus longuettes risquent souvent de n’être pas les meilleures.
Lorsqu’on avait vu les premières vidéos sur les « manifs de droite » (conçues en 2003 par des intermittents du spectacle en lutte), j’avais trouvé que l’idée pas bête était à creuser, mais qu’en l’état, elle était un peu « surjouée », comme disent les pros du théâtre, et pas si agréable à mettre en scène.

Certes, il y a là un filon ironique à exploiter, par exemple, vers les parodies de dénonciation de voisins (et encore, avec précautions déontologiques), mais nous avions voulu dépasser un gag déjà trop vite éculé lorsqu’à Nantes le 30 mai nous avons entrepris de débaptiser un bateau militaire en yacht présidentiel de Nicolas Sarkozy, humour pour humour.

Une partie de l’après-midi d’hier samedi 23 juin, j’ai marché derrière un « carnaval des luttes » qui s’est avéré être une énième « manif de droite », la première du genre organisée à Nantes.

Certes, les passants s’arrêtent, et j’ai ramené un nombre incroyable de photos de promeneurs interloqués. Mais je ne vois pas l’intérêt de jouir de la stupéfaction politique de personnes profanes, exploitées et manipulées tous les jours comme vous et moi, non initiées, c’est-à-dire de bonne foi. (Un peu comme l’art contemporain dans sa version officielle des FRAC, biennales et compagnie, n’ayant rien à dire sauf à asseoir la résignation artistique, répète en boucle qu’il dérange le public, provoque et remet en cause, ce qu’il ne fait aucunement, bien entendu.)

En fait, après que Ségolène ait cru profiter de sa posture de droite surjouée, et que Sarko ait récupéré les icônes de Jaurès et de Guy Mocquet laissées si longtemps en jachère par la gauche, les « manifs de droite » entreprennent de parachever le brouillage idéologique ambiant.

Imaginons qu’après 1933, les derniers antifascistes allemands aient défilé dans les rues avec des croix gammées rigolardes en criant à bas les juifs, humour pour humour. On y est presque.

A Nantes, le brouillage était complet. Une partie seulement de la manif respectait la charte vestimentaire de droite, l’autre n’ayant pas été informée. Et cette manif de droite défilait derrière une grande banderole de gauche réclamant « La Résistance se conjugue au présent » de Lucie Aubrac. Allez comprendre ou cherchez l’erreur. D’ailleurs, le flic en civil de service en était malade d’humiliation.

D’autre part, la mixité des mots d’ordre est à terme criminelle (criminelle si le mot crime a encore un sens). On entend certes de beaux slogans qui relèvent du vieux génie frondeur et coluchien, qui véhiculent une vraie signification contestataire, parce que livrant clairement leur charge ironique et subversive : « Nous sommes plus à droite que vous », « TF1 sur toutes les chaînes », « Tous tous seuls, tous tous seuls, yeah ! ».

Malheureusement, à côté de cela, voici l’ignominie raciste implicite qui devient explicite, et c’est un vrai cauchemar linguistique et politique : « Chômeurs, profiteurs », ou pire « Pas d’allocs pour les dreadslocks ». Ou pire encore (crié plusieurs fois avec force sourires réjouis) : « Les manouches à la douche ». Quand je disais qu’on se rapprochait des années 1930 et 1940. (Moi j’ai marché à contre-coeur sur les trottoirs, avant de quitter cette manif avant la fin, alors que pendant cet après-midi, de vrais résistants nantais, eux, procédaient à des parrainages d’enfants sans-papiers.)

Ainsi, l’intériorisation de la victoire de la droite sarkozienne, qui en a sidéré plus d’un, conduit également à l’intériorisation intime des pulsions d’une droite surjouée, c’est-à-dire d’extrême-droite.

Et les « manifs de droite », on ne s’en contente plus d’une seule, il faut en rajouter encore et encore, jusqu’à satiété.

J’en parlais à un copain libertaire, qui me disait que dans une ville bretonne (fait à vérifier), des participants gauchistes d’une « manif de droite » avaient été verbalisés par la police républicaine, pour incitation au racisme. Et oui. Une situation inversée comme les aime Sarkozy.

Cette victoire du second degré n’est pas nouvelle. Nos ennemis aussi savent faire de l’humour. Dans le film « De Nuremberg à Nuremberg », on montre un dignitaire nazi affirmer avec finesse que « L’antisémitisme est la seule forme de pornographie autorisée dans le Reich ». Et si les « manifs de droite » étaient la seule forme d’humour que s’autorise un gauchisme à bout de souffle ? Peut-être faut-il passer à autre chose. Un peu plus de premier degré, finalement, ne ferait pas de mal.

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