Disparition de Lucie Aubrac, signataire de l’Appel des Résistants aux jeunes générations.

jeudi 15 mars 2007
par  Luc Douillard
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Je remercie Luc d’avoir réagit aussi vite. En complément de son texte, je vous propose ensuite la lecture d’une conférence de Raymond Aubrac. (Voir les liens ci-dessous après l’hommage de Luc). C’est une autre manière de rendre hommage à Lucie Aubrac ; son amour pour Raymond était sans limites...

Jean Dornac
Trois extraits de ses souvenirs.

Disparition de Lucie Aubrac, signataire de l’Appel des Résistants aux jeunes générations, du 8 mars 2004 (ATTAC).

Nos amitiés à Raymond son mari, à sa famille, à tous ceux qui l’ont connue. (Il serait bien que le mouvement ATTAC et l’Appel des Résistants soient représentés lors des obsèques).

A l’annonce de la disparition de Lucie, figure lumineuse de la Résistance, entre toutes, nous relisons son ouvrage « Ils partiront dans l’ivresse » paru au Seuil en 1984, dont voici trois extraits choisis :

Jeudi 21 octobre 1943 [Départ définitif de la maison familiale, à la veille du coup de main visant à libérer Raymond, page 173.]

La porte refermée, je me demande si la maison a une mémoire. Se souvient-elle de nous deux, de notre bonheur ? De la détente que notre accueil procurait à tous ces résistants, amis de longues dates ou connus récemment ? Notre adresse ! Combien l’ont notée ? « Vous allez à Lyon, passez donc chez Lucie Bernard et Raymond Samuel, ils sont dans un Mouvement. Ils vous aideront, et il y a toujours de la place chez eux. » Chaque année à Noël, je décore un arbre. Trois Noëls depuis l’été 1940, avec des petites paquets cadeaux, modestes cartes, que je distribue à qui passe à cette période. La surprise de ces hommes rudes, engagés dans le combat clandestin, leur émotion et leur merci ! Un petit peu de chaleur, un souffle de vie normale au milieu des dangers de l’anonymat.

Dimanche 7 novembre 1943 [Sur les routes du Beaujolais, en route vers une cache pour un décollage clandestin vers l’Angleterre, page 208.]

En cette saison, les vignes sont désertes, vendanges faites, et c’est le moment de goûter le vin nouveau. Tout à coup, dans cette voiture, avec ces inconnus, il me semble réaliser pleinement pourquoi nous en sommes arrivés à cette situation insolite. Toutes mes racines sont là : cette terre avec son passé, ses traditions, ses habitants qui la travaillent puis qui dorment sous elle, c’est cela que je ne veux pas perdre. Notre gaîté, notre liberté, nos plaisirs, notre mode de vie, l’accueil que mes oncles font aux passants sur le pas de leur cave, leur tasse à dégustation à la main. Il n’est pas possible que tout cela disparaisse. La grisaille chevrotante, la servilité camouflée sous une morale de punition, c’est Pétain et Vichy. Ce n’est pas la France ! Et ces conquérants pillards, pleins de morgue, qui remplissent les trains de marchandises d’être de tous âges, de toutes races, et aussi d’ouvriers communistes ou de prêtres qui ont caché des enfants juifs, ils ne seront jamais nos alliés, et nous refusons qu’ils deviennent nos maîtres.

« Raymond, regarde cette campagne, cette harmonie. Nous ne pouvons pas perdre tout cela !

- Nous ne payerons jamais trop cher le droit de la garder », dit Raymond.

Jeudi 20 janvier 1944 [Lons, page 239].

Un médecin, le docteur Michel, qui soigne depuis longtemps les gars de la Résistance, m’examine. « Le bébé est engagé, constate-t-il. Vous n’avez pas même un petit mois devant vous. »

Je lui précise que je suis sûre de la date de conception : le 14 mai. « Alors, dit-il, l’accouchement aura lieu entre le 10 et le 15. »

Il sait que j’attends un départ pour Londres, connaît mes activités passées et le rôle de Raymond. Depuis nos pérégrinations, de cachettes en départs ratés, nous sommes accompagnés d’une espèce de légende : on fait inlassablement raconter à Raymond l’arrestation de Caluire, et moi je suis bien obligée d’enchaîner avec l’attaque de la camionnette allemande. Pendant un de mes rares moments de réflexion, je dis au docteur que c’est ainsi qu’ont dû naître les chansons de geste. J’arriverai sûrement en Angleterre comme la-femme-à-la-mitraillette-qui-a-sauvé-son-mari, et plus tard, la guerre finie, j’aurai du mal à échapper à ce cliché. Et pourtant, cette évasion qui a sauvé mon amour n’est qu’un fait divers dans la masse des actions héroïques accomplies à travers ces années de Résistance.

« Oui, me répond le docteur, mais ce sont des faits divers comme celui-là qui nous maintiennent le moral. (…) »


Lire la conférence de Raymond Aubrac



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