L’augmentation "raisonnable" du SMIC

vendredi 29 juin 2012
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Par Philippe Arnaud

Je n’ai plus le souvenir exact du jour où j’ai écouté l’information que je vais commenter : était-ce vendredi ou était-ce samedi ? En tout cas, c’était sur France 3, et il y était question de l’augmentation du SMIC prévue par le gouvernement. Il était dit que cette augmentation serait "raisonnable".


Que veut dire "raisonnable" ? Le dictionnaire historique Robert de la langue française (page 3074), nous apprend qu’il s’agit d’une chose qui est "conforme à la raison". Et, plus loin, que ce terme s’applique "aux personnes qui se conduisent avec mesure et de façon réfléchie, sens dont procède l’application à un commerçant /modéré/ (je souligne) dans ses exigences (1673) probablement d’après /prix raisonnables/". Plus loin on lit, à propos de l’adverbe "raisonnablement", conformément à la sagesse, spécialement, avec modération.

On aura donc compris qu’un SMIC augmenté de façon "raisonnable" est un SMIC très peu augmenté (en l’occurrence de 2 %), soit, en salaire net, un peu plus de 20 euros par mois. Qu’y a-t-il de "raisonnable" à augmenter le salaire d’un ouvrier (ou d’une ouvrière) de 20 euros par mois ? Par rapport à son loyer, par rapport au prix de son essence, au prix des vêtements de ses enfants, au prix de sa carte de bus, en quoi est-il "raisonnable" de n’augmenter son salaire que de 20 euros ?

On peut, au contraire, imaginer qu’une toute petite hausse des prix, de l’ordre de 0,1 % – et encore juste une seule hausse mensuelle – des produits de base du supermarché (huile, farine, sucre, pâtes, riz, savon, chocolat), ou des tarifs du coiffeur, ou des prix des carburants, "mange" très largement (et bien au-delà !) cette "raisonnable" augmentation de 2 %. En quoi est-il donc "raisonnable" de laisser dans leur gêne, dans leur détresse, des compatriotes qui comptent leur argent sou par sou ? Ce qui serait "raisonnable", ne serait-ce pas plutôt une augmentation du SMIC (à l’époque SMIG) telle qu’elle avait été entérinée par les accords de Grenelle de 1968, à savoir de 35 % ? Une valeur de 35 % sur un salaire brut de 1 400 euros, cela fait, en brut, 490 euros, soit (si on admet que la moitié est formée par des cotisations) une valeur en net de 250 euros. Voilà qui est raisonnable ! Voilà qui permet à une famille d’employés ou d’ouvriers de voir venir...

En fait, ce "raisonnable" ne se comprend que si l’on prend en compte de tout autres critères et de tout autres intérêts que ceux des salariés au SMIC : les critères (et les intérêts) de la Commission de Bruxelles, de la Banque Centrale Européenne (BCE), du Fonds Monétaire International, de l’OCDE, du Medef, etc. Pour tous ces doctes organismes, il n’est, en effet, pas "raisonnable" que les salariés soient rémunérés avec autre chose qu’avec des aumônes. Car, derrière l’augmentation du SMIC, il en va des "grands équilibres macroéconomiques", du déficit budgétaire, de la "compétitivité des entreprises hexagonales", et, à côté de ces intérêts grandioses, que pèse le salaire d’un ouvrier ? Que pèse son bien-être ? Que pèse sa dignité ?

Ce qui est révélateur, avec ce simple adjectif, c’est que les journalistes qui l’emploient (et dont on suppose qu’ils n’ont pas, eux, des salaires "raisonnables", ni des augmentations "raisonnables") s’avouent ainsi spontanément, ingénument, du côté des riches et des puissants...

legrandsoir.info


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