Afrique du Sud : les mineurs de Marikana inculpés du meurtre de leurs camarades !

dimanche 2 septembre 2012
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Les 270 mineurs arrêtés le 16 août lors de la fusillade policière à Marikana, en Afrique du Sud, ont été inculpés, jeudi 30 août, du meurtre de 34 de leurs camarades, en vertu d’une clause technique de la loi, a indiqué jeudi le parquet. Plusieurs juristes sont surpris de l’utilisation d’une loi datant du régime de l’apartheid. Le ministre de la justice a, quant à lui, demandé des explications.


"La cour a inculpé aujourd’hui tous les mineurs de meurtre, conformément à la loi", a indiqué le porte-parole du parquet, Frank Lesenyego. Cette clause légale prévoit que soient inculpées de meurtre toutes les personnes arrêtées sur le site d’une fusillade impliquant la police, que les victimes soient des policiers ou non. Cette inculpation concerne les 259 mineurs arrêtés le 16 août et les blessés qui ont été arrêtés à leur sortie de l’hôpital. Le juge Esau Bodigelo qui les a entendus jeudi a fixé la prochaine audience au jeudi 6 septembre, et a ordonné leur maintien en détention. Étonné par cette inculpation, le ministre de la justice, Jeff Radebe, a demandé des explications vendredi. "Il ne fait aucun doute que la décision du parquet a induit un sentiment de choc, de panique et de confusion dans la société sud-africaine", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le jeune tribun populiste Julius Malema, expulsé de l’ANC, le parti au pouvoir, en avril, a assisté à l’audience de jeudi. "C’est de la folie", a-t-il dit en entendant prononcer l’inculpation, "les policiers qui ont tué ces mineurs ne sont pas en prison, pas un seul d’entre eux", mais une commission d’enquête spéciale a été créée. La plupart des juristes dénoncent l’utilisation d’une loi anti-émeutes qui date de 1956, alors que l’Afrique du Sud était encore sous le régime de l’apartheid et qui n’a pas été modifiée par les autorités depuis l’avènement de la démocratie multipartite en 1994.

UNE INCULPATION "BIZARRE ET CHOQUANTE"

"Toute personne qui complote avec une autre personne afin d’aider à la perpétration d’un crime ou incite ou provoque une autre personne à commettre un crime, est elle-même coupable d’un crime, comme s’il ou elle avait commis le crime réel lui-même, résume le constitutionnaliste sud-africain Pierre de Vos sur son blog. Le régime de l’apartheid a souvent utilisé cette disposition pour obtenir une condamnation pénale d’un ou de plusieurs dirigeants d’une manifestation, ou de dirigeants d’organisations de la lutte anti-apartheid telles que l’ANC (...), dont les membres (...) avaient pris part à des activités de sabotage, agressé ou tué des représentants du régime de l’apartheid." Pierre De Vos estime que dans le cas des mineurs le parquet n’avait aucune raison d’utiliser cette loi. Selon lui, aucun tribunal ne les condamnera pour meurtre. "Même s’il est vrai que les mineurs ont provoqué la police, cela ne pourrait jamais, jamais les rendre responsables de la mort de leurs camarades", dit-il, qualifiant l’inculpation de "bizarre et choquante". "Tout au plus, la provocation pourrait-elle être un facteur à prendre en compte pour juger si les policiers impliqués dans le massacre doivent être déclarés coupables d’assassinat ou pas."

"Je comprendrais si le cas avait à voir avec le meurtre de deux policiers (tués dans les jours précédents), mais les inculper pour la fusillade de la police sur leurs camarades est étrange", a renchéri Vincent Nmehille, juriste à l’université de Witwatersrand. La grève sauvage de la mine de platine de Marikana a fait au total 44 morts. Dix hommes, dont deux policiers et deux gardes de sécurité, ont été tués lors d’affrontements intersyndicaux entre le 10 et le 12 août, puis 34 mineurs grévistes ont péri lorsque la police a ouvert le feu sur une foule de manifestants, le 16 août.

lemonde.fr


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